CHRONIQUE DU JEUDI : No Game No Life

La chronique du jeudi #86 – No Game No Life

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Les adaptations animées de light novel sont loin d’avoir débuté récemment. Déjà, en 1994, la série Slayers en faisait l’objet, mais il faut avouer que ces dernières années le support semble vraiment avoir le vent en poupe. En 2014, une série s’était ainsi fait particulièrement remarquer par le biais d’une adaptation réussie, qui boostera de près de 550 % les ventes du light novel original ; un succès que peu de gens avaient pu aisément prédire. Cette fameuse réussite c’est No Game No Life.


De gauche à droite : Stéphanie, Shiro, Sora, Tet (en haut) et Djibril (en bas)

 

Dans No Game No Life, on suit deux héros. Il s’agit d’un duo frère/sœur nommés Sora et Shiro qui vivent tous deux reclus du monde réel depuis maintenant de nombreuses années. Passionnés de jeux de toutes formes et sous tous supports, ils forment sur Internet un mystérieux duo sans pseudonyme, connu sous le nom imprononçable de『  』(Blank). Après avoir terminé un énième MMORPG, le duo reçoit un mystérieux e-mail l’invitant à se rendre dans un monde qui leur conviendrait parfaitement. Acceptant l’invitation, les deux personnages sont alors téléportés dans un monde parallèle.

 

Ce monde, c’est Disboard. Un monde de fantasy où toutes violences sont interdites et où tout conflit se règle à coup de jeux. Un monde donc parfait pour les『  』qui vont pouvoir utiliser leurs dons de joueurs pour s’élever dans cette société divisée entre seize races qui se livrent des guerres permanentes pour contrôler des territoires. Guerres réglées, bien évidemment, sous forme de jeux… Alors, quand ils vont prendre le contrôle de l’humanité, race jugée la plus faible de toutes, ils doivent tout faire pour restaurer sa gloire passée et ainsi peut-être pouvoir affronter le plus fort de tous les adversaires : le dieu à la tête de ce monde !

 

Ce qui marque immédiatement en jetant un œil à No Game No Life c’est à quel point la série est colorée, dans tous les sens du terme. Ainsi, on retrouve visuellement une série extrêmement animée, avec un usage particulièrement prononcé du pourpre, qui est presque décliné à toutes les sauces dans l’univers de la série. On a affaire à un visuel tout de suite assez unique, que la série doit à Atsuko Ishizuka, une très talentueuse réalisatrice ayant déjà travaillé sur des séries chamarrées comme Hanayamata ou Sakurasô no Pet na Kanojo et qui semble avoir fait de sa gestion très personnelle des couleurs sa petite spécialité.

 

Sans oublier de placer des références SUBTILES

 

Du point de vue de l’écriture, la série est tout aussi riche en couleurs, oscillant en permanence entre de forts enjeux et une légèreté dans le ton qui tourne parfois à la débilité. Le fanservice est aussi présent que l’intrigue et les personnages vont passer leur temps à accorder de l’importance à des choses qui, hors contexte, peuvent paraître triviales. Vous aimez les échecs ? Dans No Game No Life, on joue avec des pièces VIVANTES qu’on peut donc manipuler aussi bien physiquement que mentalement. C’est une série assez casse-cou, qui trouve donc son accomplissement dans une certaine forme d’audace et d’envie de montrer des choses bien délirantes.

 

Et assumer son délire, la série le fait suffisamment bien pour que l’on ne soit jamais rebuté par cet aspect over the top. Et contrairement à beaucoup de séries délirantes à base de jeux qui nécessitent de son lecteur qu’il fasse l’effort de vouloir y entrer, No Game No Life est étrangement accessible. Les jeux présentés sont ainsi généralement connus des Occidentaux et même le jeu le plus japonais de la série – un shiritori aux règles astronomiques de folie – reste suffisamment bien expliqué pour que l’on comprenne exactement ce qui se déroule sous nos yeux.

 

On vous l’accorde, le pierre-papier-ciseaux de l’épisode 2, il faut suivre

 

Ce mélange d’un humour et des délires très japonais avec un univers et des jeux très occidentaux, peut-être le doit-on à l’auteur du light novel original, Yû Kamiya. Malgré son pseudonyme japonais, on parle ici d’un homme qui possède des origines sud-américaines : il est né sous le nom de Thiago Furukawa Lucas dans le sud-est du Brésil avant de déménager au Japon à l’âge de sept ans. À vous de voir si l’on ressent donc dans No Game No Life des petites influences latines qui le font se distinguer du reste de la production de light novel de l’Archipel !

 

Pour continuer sur le travail d’adaptation, on remarque en plus du visuel chaleureux une très bonne bande-son, composée par un quatuor de compositeurs, qui fonctionne extrêmement bien du début à la fin : SuperSweep. Sans évidemment oublier l’excellent générique d’ouverture, interprété par Konomi Suzuki.

 

Quand le stress gagne l’équipe


Mais en fin de compte, bien que l’adaptation soit quasiment irréprochable et que l’œuvre de base se révèle suffisamment fun et bien pensée pour livrer de très bons épisodes, le véritable défaut reste sa condition d’adaptation incomplète qui ne dispose, en quelque sorte, d’aucune fin. Le dernier épisode de la saison se conclurait presque comme un épisode normal, sauf que la suite, bien évidemment, n’est pas encore d’actualité. Comme manière de nous inciter à aller acheter les bouquins, on a connu plus subtil. C’est évidemment d’autant plus frustrant que ça oublie complètement le public international, qui n’avait théoriquement pas encore accès aux livres. Cela dit, une édition américaine est en cours de publication chez Yen Press, ce qui devrait régler ce problème pour tous les anglophones.

 

C’est tout de même dommage, parce que ça ruine l’élan de la série. Pendant douze épisodes, on découvre une histoire vraiment fun, avec des jeux assez intéressants à suivre, des personnages vifs, un univers visuel incroyable, des décors parfois magnifiques (souvent conçus par le français Yann le Gall), une bonne bande-son, des délires bienvenus, bref la série reste mémorable et très divertissante… mais cette absence de véritable conclusion nous brise le cœur.

 

On espère donc qu’une suite est envisagée quelque part dans un bureau japonais et que le studio Madhouse et la réalisatrice Atsuko Ishizuka comptent se replonger dans Disboard, car on doit avouer être toujours un peu en manque un an et demi plus tard.

 

En attendant, jouons à Destins

 

Jeune adulte responsable pas mauvais à Richesses du Monde, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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