CHRONIQUE DU JEUDI : La Mélancolie de Haruhi Suzumiya

La chronique du jeudi #88 – Suzumiya Haruhi no Yûutsu

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Nous avons souvent évoqué les adaptations de light novels dans le cadre de cette chronique, et il est vrai que le nombre d’animés qui adaptent ce support ne va pas en s’épuisant. Ce n’est pas quelque chose de nouveau ou de soudain puisque l’on trouve des adaptations de light novels dès les années 90 avec, par exemple, la franchise des Slayers ou, quelques années plus tard, Full Metal Panic!. D’ailleurs, ce second cas est intéressant puisque les livres initiaux ont été adaptés en trois saisons, dont un spin-off particulièrement cocasse et presque autoparodique nommé Full Metal Panic! Fumoffu?. Le studio responsable de ce spin-off ? Kyoto Animation.

 

Alors, c’est sans doute normal qu’on le retrouve une poignée d’années plus tard à l’adaptation d’un autre light novel, qui va lui apporter la gloire et la reconnaissance, en plus de marquer une certaine génération de passionnés. Cette œuvre, c’est La Mélancolie de Haruhi Suzumiya.


De gauche à droite : Yuki, Haruhi, Mikuru, Kyon.

 

En toute kyonsidération

 

Le héros de notre histoire se nomme Kyon. Ce n’est pas vraiment son vrai nom, mais c’est celui par lequel tout le monde l’appelle. Son objectif, alors qu’il entre au lycée, est d’avoir une scolarité paisible et ordinaire. Bref, un homme ambitieux que voilà. Sauf qu’il est assis devant Haruhi Suzumiya, une camarade de classe qui déclare dès le premier jour vouloir rencontrer des extraterrestres, des voyageurs temporels ou des espers, et que toutes les personnes « normales » ne l’intéressent pas le moins du monde. Ce n’est pas la seule excentricité du personnage puisque, par exemple, elle change de coupe de cheveux en fonction du jour de la semaine.

 

Les deux voisins discutent un peu, et quand Haruhi décide de créer un club scolaire, Kyon se retrouve un peu embrigadé contre son gré. Le nom du club ? La Brigade SOS. Son objectif ? Flou : « inonder le monde de fun », « partir à la recherche d’éléments surnaturels », ça dépend de l’humeur de sa présidente. Le club occupe donc plus ou moins légalement le local du club de Littérature, dont le seul membre est la très discrète Yuki Nagato, tandis que Haruhi va s’occuper de recruter quelques membres supplémentaires, comme la très mignonne et timide Mikuru ou bien le souriant et affable Itsuki. Dès lors, la Brigade va commencer à s’impliquer dans des activités très variées : réalisation d’un court-métrage, participation à un match de base-ball, murder party dans un manoir sur une île déserte, etc.

 

Mais très vite, des choses ne semblent pas tourner rond. Et Kyon est rapidement pris à part par les trois nouveaux membres de la Brigade qui vont tous, un par un, lui expliquer la vérité : Mikuru est une voyageuse temporelle venue observer Haruhi qui serait, semble-t-il, la cause d’une importante crise dans l’espace-temps. Itsuki est lui un esper, qui doit parfois affronter des monstres en monde fermé, monstres créés par les frustrations et les sauts d’humeur de Haruhi. Quant à Yuki, elle est une interface humanoïde d’origine extraterrestre envoyée sur Terre pour observer l’adolescente…

 

Haruhi aime étrangement beaucoup embêter Mikuru.

 

Car oui, Haruhi, sans s’en rendre compte, semble être capable de modifier la réalité selon ses désirs… Dès lors, Kyon et les autres membres de la Brigade SOS vont devoir essayer de suffisamment divertir la jeune fille pour qu’elle ne fasse pas de bêtises en utilisant son pouvoir de manière inconsidérée, tout en essayant d’identifier la source de son pouvoir et de déterminer si elle est véritablement une sorte de divinité sur pattes.

 

On a une série qui va donc mélanger énormément de genres, et ce pour une raison simple : la variété des situations est ce qui aidera le plus Haruhi à se divertir. C’est pour ça que la série va adopter une construction assez linéaire, où chaque épisode sera – en gros – l’occasion de voir la Brigade s’essayer à diverses activités. La série mélange donc habilement le fantastique, la science-fiction, la comédie, la romance et la tranche de vie pour nous conter le quotidien d’un groupe pas comme les autres.

 

La série est donc déjà suffisamment difficile à décrire, mais rajoutez à cela la manière dont elle a été conçue et construite. Le premier épisode diffusé à la télévision nous montrait ainsi, simplement, un court-métrage animé extrêmement mal filmé et mal monté, avec une héroïne un peu idiote et une intrigue qui aurait pu être écrite par une lycéenne. Les personnages étaient vraiment introduits à la toute fin et le spectateur se demandait ce qu’il venait de voir. Les deuxième et troisième épisodes apportent alors des réponses et introduisent les personnages principaux plus en détail, commençant même à apporter une intrigue… que l’épisode 4 oublie complètement, préférant partir sur une tout autre histoire qui semble située bien plus loin dans le temps. Une ellipse ? Pas vraiment, l’épisode 5 retourne là où on avait laissé l’intrigue, puis l’épisode 6 nous emmène dans un autre scénario, suivi par l’épisode 7 qui nous emmène encore ailleurs… et l’épisode 8 nous ramène dans la suite de ce qui se passait dans l’épisode 6… etc.

 

La scène de concert de l’épisode 12 aura mis beaucoup de personnes sur le cul.

 

Perdu ? C’est normal ! La série a été intentionnellement diffusée dans un ordre non chronologique. Cela était mis en emphase par les previews situées après le générique de fin où les deux personnages donnaient chacun un numéro d’épisode différent selon l’ordre de diffusion ou l’ordre chronologique. Ainsi le premier épisode – le court-métrage – est en réalité le onzième épisode. Un effet de style amusant qui, finalement, non seulement ne nuit pas vraiment à la compréhension de l’ensemble – le second épisode de la diffusion pose suffisamment bien les bases pour qu’on ne soit pas perdu par la suite –, mais a très vite permis à la série d’attirer les curieux séduits par cette idée originale.

 

Mais ce ne fut pas le seul atout de la série au moment de la diffusion : la série était plutôt réussie techniquement, très colorée, très bien mise en scène, ce qui aidait beaucoup à attirer l’œil. Et, surtout, La Mélancolie de Haruhi Suzumiya avait un générique de fin qui n’attendait que d’être connu. Celui-ci, intitulé Hare Hare Yukai, met en scène les différents personnages de la série danser sur un titre entraînant, le tout avec une chorégraphie amusante et techniquement réussie. À l’heure où YouTube et Nico Nico Douga faisaient leurs premiers pas, inutile de dire que cette danse fut reprise tout autour du monde, participant énormément à la popularité de la série.

 

Ils ont bien changé, Mulder et Scully.

 

Kyon-kun, denwa

 

Derrière la série, on retrouve donc le studio Kyoto Animation. Si, aujourd’hui, le studio est connu pour son exigence de qualité technique, en 2006, le studio était principalement renommé pour son travail sur l’adaptation de Full Metal Panic! et du visual novel Air. Inutile donc de dire que La Mélancolie de Haruhi Suzumiya, qui remportera par exemple un prix de « meilleure série de l’année » au festival de l’animation de Kobe, va soit confirmer les bons échos qu’on avait des premières productions du studio, soit tout simplement permettre à un très large public de le découvrir.

 

Car avec du recul, il faut rappeler à quel point la « Haruhimania » était présente sur Internet en 2007/2008. La série a non seulement énormément séduit les otakus japonais, entraînant une explosion des ventes du livre, mais aussi les passionnés occidentaux, qui trouvent en cette série des choses encore jamais vraiment vues ailleurs. Si l’on ajoute le fait que les années 2006 à 2008 produiront une grande quantité de titres marquants et accessibles, on peut facilement théoriser que la série aura été un des marqueurs d’une nouvelle génération d’otakus.

 

Évidemment, une suite était attendue de pied ferme, d’autant que cette première saison de 14 épisodes ne couvrait finalement qu’une partie infime des huit romans sortis jusque-là. La principale requête était même très spécifique : une adaptation du roman La Disparution de Haruhi Suzumiya qui se déroule chronologiquement très tardivement dans le récit, mais qui apporte d’importants rebondissements et termine de développer certains personnages, dont Yuki Nagato. Et vu la popularité et les ventes de la première saison, il est évident que cela allait vite arriver, non ?

 

Jouer aux jeux vidéo est l’occasion de voir Haruhi en capitaine de vaisseau un peu tyrannique.

 

Eh bien, pas tant que ça. Non seulement Kyoto Animation commence à confirmer de plus en plus de projets qui ne sont pas du Haruhi (Lucky Star, K-On!, Clannad) mais, en plus, peu de communication est faite sur l’avenir de la série en animation. Reverra-t-on seulement un jour Haruhi ?

 

En 2009, une annonce est effectuée : la série allait être rediffusée à la télévision japonaise. Et en version refaite, s’il vous plaît ! Joli cadeau pour les fans, d’autant plus que nombreux sont ceux à se douter que cette rediffusion cache une surprise… Et donc, logiquement, quand fin mai 2009 déboule dans cette rediffusion un épisode inédit, les fans ne sont pas forcément surpris, mais restent encore une fois admiratifs du culot des producteurs de la série qui auront lancé un nouvel épisode inédit comme si de rien n’était, sans une seule seconde lancer une campagne de promotion autour de ce fait et alors que Kyoto Animation était censé travailler à 100 % sur K-On!, diffusé en parallèle. Une véritable surprise qui va marquer le lancement de cette version « 2009 » de Haruhi Suzumiya, qui contient les 14 épisodes d’origine plus 13 supplémentaires.

 

Les yeux les mieux avisés constateront la différence visuelle entre les épisodes de 2006 et ceux de 2009 :

elle peut s’expliquer par le fait que les épisodes ont été vraisemblablement produits dans ce laps de temps,

pendant que le studio travaillait sur d’autres oeuvres, et mis en « réserve » en attendant le feu vert.

 

C’est d’autant plus culotté que parmi ces nouveaux épisodes, huit marqueront vraiment les esprits, et pour cause : tous intitulés Endless Eight, ceux-ci racontent l’histoire d’une boucle temporelle dans lequel les personnages principaux se sont enfermés sans le savoir – à l’exception de l’un d’entre eux. S’ils tâchent à la fin de chaque épisode de sortir de cette boucle, ils n’y arriveront pas avant le huitième – sachant que celui-ci correspond à la 15 532e boucle ! Et afin de bien nous faire ressentir l’aspect répétitif de cette intrigue, les petits gars de Kyoto Animation ont tout simplement… animé huit fois le même épisode.

 

Mais attention, par « animé huit fois le même épisode », nous entendons une chose bien précise : chaque épisode raconte la même période de temps, montre des événements toujours très similaires, mais des détails changent. Parfois infimes (la couleur des yukatas des héroïnes), souvent négligeables (la couleur des maillots de bain des héroïnes), ces huit épisodes sont d’autant plus impressionnants que chacun n’est pas un copié/collé d’un autre : ils sont tous refaits de zéro un par un. Il n’y a pas que le spectateur qui voit huit fois la même chose : il y a également tout le staff technique qui a dû s’amuser à recréer huit fois le même épisode, en modifiant à chaque fois de simples détails.

 

Même si l’autre grand arc de cette version 2009 (Les Soupirs) a séduit, il reste inutile de dire qu’Endless Eight a été très mal reçu à l’époque, quitte à créer des grands regrets sur ce remake. Car si certains ont trouvé ça amusant et audacieux, d’autres grognaient vis-à-vis de la place prise par cet arc, alors qu’on aurait pu avoir d’autres histoires inédites avec la Brigade SOS, par exemple La Disparition !

 

Mais ceux-là seront vite rassurés, car, à la fin du dernier épisode, une petite annonce est faite : La Disparition sera adapté. Et ce sera un film ! Il sortira donc moins de six mois plus tard, au printemps 2010, et inutile de dire que ceux qui étaient partis fâchés de l’Endless Eight se réconcilieront illico avec Kyoto Animation, tant cette adaptation sera au-dessus de leurs attentes. Techniquement superbe, le film adapte, avec ce mélange de fidélité et de créativité qui est la marque du studio, ce qui est sans doute le meilleur roman de la franchise.

 

Le film reste visuellement incroyable

 

Mais ce sera ensuite l’heure des adieux pour Haruhi et l’animation japonaise : depuis 2010, Kyoto Animation et l’éditeur Kadokawa – qui édite le livre original – semblent s’être séparés et nul ne sait si la suite sera un jour adaptée, et par qui. Alors, il y a bien eu quelques spin-off par-ci, par-là – dont le très étrange La Disparition de Yuki Nagato qui fut adapté en série animée au début de cette année –, mais jusqu’à présent, l’actualité autour de Haruhi Suzumiya semble s’être éteinte, tout comme le rythme de sortie des romans qui a commencé à devenir dangereusement irrégulier. Le dernier tome sorti date ainsi de 2011, et le temps commence à devenir long pour les fans…

 

C’est finalement le seul gros regret qu’on aura vis-à-vis de la carrière animée de Haruhi Suzumiya : cette absence de réelle fin. C’est peut-être ça qui fait qu’aujourd’hui on a peu à peu commencé à oublier la série et qu’elle n’est en fin de compte pas devenue la série immanquable que beaucoup projetaient qu’elle deviendrait. En soi, ça reste toujours une très très bonne franchise, très fun, très divertissante, avec des personnages mémorables et plein de très bonnes idées. Elle n’a pas vieilli d’un iota, et on vous la conseille toujours avec enthousiasme. Mais avec du recul et presque dix ans après le début de la série, on ne peut que ressentir une sorte d’occasion manquée…

 

KYON-KUN, DENWA ♪


Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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