CHRONIQUE DU JEUDI : Macross Frontier

La chronique du jeudi #90 – Macross F

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


En juin dernier nous avions présenté, dans le cadre de cette chronique, la série Super Dimension Fortress Macross qui, en 1982, avait su surfer sur la vague créée par Mobile Suit Gundam pour finir de démocratiser le genre du Real Robot auprès d’un public varié. Mais nous avions aussi signalé que la franchise Macross ne s’est pas terminée là et qu’une multitude d’œuvres satellites ont fait leur apparition depuis : Macross II, Macross Plus, Macross 7, Macross Zéro, etc. Alors que Macross Delta va faire son apparition sur les écrans japonais l’année prochaine, il peut alors être intéressant d’évoquer la dernière série en date, qui a connu un succès plus que remarquable : Macross Frontier.

 

De gauche à droite : Ranka, Alto et Sheryl 

 

2 Girls 1 Alto

 

La série se déroule dans le même univers que le Macross original mais nous sommes plus de cinquante ans plus tard, en 2059. La paix entre les humains et les Zentradis est définitivement acquise, les deux peuples vivent en harmonie et l’humanité a envoyé dans l’espace de gigantesques vaisseaux colons qui partent à la recherche de planètes vivables pour l’homme afin que celui-ci puisse s’y installer. Un de ces gigantesques vaisseaux est le Frontier, et c’est sur celui-ci que va se dérouler l’histoire.

 

Nous suivons donc un jeune héros nommé Saotome Alto qui, en plus d’être lycéen, s’entraîne pour devenir pilote spatial. Travaillant également pour une compagnie de cascadeurs, il est engagé afin d’assurer le spectacle pendant le concert très attendu de la Fée Galactique, la super-diva Sheryl Nome, connue dans toute la galaxie et en train de faire la tournée de tous les vaisseaux colons. Enfin, une de ses fans assiste au spectacle, Ranka Lee, une lycéenne humaine dont le sang est un quart Zentradi et qui travaille pour un restaurant chinois. Et c’est lorsque le concert et le vaisseau sont attaqués par de mystérieux extraterrestres nommés Vajras que ces trois protagonistes vont être réunis, et ne plus se lâcher d’une semelle.

 

Car Sheryl et Ranka vont rapidement s’intéresser au garçon qui va lui-même commencer à jouer un rôle actif dans la défense du vaisseau face aux Vajras. Simultanément, Sheryl va voir sa carrière d’idole galactique commencer à décliner pour des raisons variées tandis que les volontés de Ranka de devenir une artiste reconnue vont peu à peu devenir réalité. Les vingt-six épisodes de la série auront donc à cœur de faire évoluer ces nombreuses situations, tout en les pimentant de quelques rebondissements que nous ne pouvons évidemment pas dévoiler.

 

Comme le fait que Ranka devient une carotte (c'est ça, le show-business)

 

Ce qu’il faut prendre en compte dès le début c’est que si Macross Frontier existe, c’est avant tout pour célébrer un anniversaire et pas n’importe lequel : les 25 ans de la franchise. Dès lors, la série va tâcher au maximum de rendre hommage à celle-ci et d’en respecter l’esprit. Du coup, on retrouve bien évidemment les trois points principaux qui, déjà en 1982, avaient permis à Super Dimension Fortress Macross de fonctionner dans du pays. En premier lieu, on retrouve une intrigue romantique très présente, ici représentée sous la forme d’un triangle pleinement assumé par la série (le générique d’ouverture s’appelle Triangular) et qui va voir les fans du monde entier s’écharper sur la question de savoir qui de Ranka ou de Sheryl est la meilleure. Simple, mais efficace.

 

En second lieu, il y a évidemment de très nombreux combats spatiaux, qui ont fait l’objet d’un soin particulier. Ceux-ci sont intenses, bien mis en scènes et les vaisseaux eux-mêmes sont bien mis en avant. Du vaisseau spatial, il y en a dans Macross Frontier et le fan en a pour son argent.

 

Et enfin le dernier point nécessaire à tout bon Macross, c’est la musique et sur ce point, Frontier joue le grand jeu en demandant à la compositrice de Macross Plus de reprendre du service, et ce n’est pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de Yoko Kanno. Celle-ci va alors mettre la main sur tout l’aspect musical de la série et composera non seulement les musiques de fond mais aussi les chansons des génériques et les très nombreuses chansons interprétées durant la série. Car, sans aller jusqu’à designer Macross Frontier comme une comédie musicale, les deux personnages féminins principaux y chantent beaucoup, que ce soit dans des scènes de concerts ou pour exprimer leurs sentiments à Alto. Si l’on retrouve quelques titres très emblématiques de la franchise (le mythique Ai Oboete Imasuka faisant une apparition très remarquée à la fin), la majorité des chansons sont composées pour l’occasion et inutile d’y aller par quatre chemins : Yoko Kanno assure là l’un de ses meilleurs travaux, voire le meilleur depuis Cowboy Bebop, excusez du peu.

 

Les Zentradis cohabitent plus que pacifiquement avec les humains

 

Ainsi, pour les 25 ans, la série cumule parfaitement tout ce que les gens attendent d’un Macross, tout en jouant beaucoup sur les références aux précédents épisodes. Références intelligemment placées puisque celles-ci ne sont pas nécessaires pour la compréhension mais qu’elles feront vraiment plaisir aux fans de la première heure. Retrouver Ai Oboete Imasuka ou voir les événements de Macross Zero faire l’objet d’un film en cours de tournage est réellement appréciable, sans compter bien évidemment la multitude de petits détails bienvenus. Seul Macross II est complètement boudé, à la grande joie de tous les fans qui voient en cette absence la confirmation du fait que cet épisode bien médiocre de la saga ne fait définitivement pas partie du canon !

 

Ceci étant dit, la série n’est pas non plus dénuée de défauts dans son écriture et souffre d’une certaine irrégularité, avec certains épisodes vraiment moins bons que d’autres et semblant parfois même faire office de remplissage. Macross Frontier nous offre ainsi un épisode avec un intrigue à base de culotte disparue, ce qui est très rarement bon signe. Enfin, techniquement, tout n’est pas forcément très solide. Si les scènes les plus importantes sont travaillées et irréprochables, il y a d’autres passages un poil plus bâclés… et ça se voit. Heureusement, les bonnes choses sont plus nombreuses que les mauvaises, et le tout s’équilibre favorablement, mais on peut trouver ces moments de relâchement assez dommageables.

 

Et Sheryl n'aime pas quand ça se relâche 

 

Et Satelight fut

 

Frontier va donc débuter en avril 2008, soit vingt-cinq ans et six mois après le début de Super Dimension Frontier Macross. De manière intrigante, elle n’est finalement que la troisième série animée de la franchise, après la série originale et Macross 7 en 1994. Les autres épisodes ont été distribués sous format OAV.

 

On retrouve, sans forcément trop de surprises, Shoji Kawamori à la réalisation. Cet ancien membre d’un fanclub dédié à Gundam a en effet été coscénariste de la série Macross originale avant d’être coréalisateur du film Macross Do You Remember Love, il a supervisé toute la production Macross des années 90 avant d’enfin devenir en 2002 réalisateur sur Macross Zero. Avant Macross Frontier, il s’est principalement fait remarqué avec deux séries : Earth Girl Arjuna puis Sôsei no Aquarion, où l’on retrouve d’ailleurs Yoko Kanno à la bande-son. Est-ce dès lors normal de revoir les deux créateurs collaborer pour Macross Frontier, finalement ?

 

Où étiez-vous quand Ranka Lee a sauvé une planète de la guerre civile grâce au pouvoir de la chanson ?

 

Quant au studio qui gère la série, ce n’est plus le studio Nue qui avait lancé la série dans les années 80 mais le studio Satelight, fondé par Shoji Kawamori au début des années 2000. Avant Macross Frontier, le studio a déjà participé aux œuvres de Kawamori citées (Aquarion, Arjuna) mais a également signé des œuvres comme Noein ou l’adaptation animée de Shugo Chara. Satelight continuera de se faire remarquer après Macross Frontier avec des animés assez uniques, souvent riches en méchas et en aventures spatiales, qui feront la joie de petits et grands : Symphogear, AKB0048 ou bien Moretsu! Pirates.

 

Enfin, la série ne se fait pas sans une campagne marketing assez intense. Elle est là pour les 25 ans de Macross alors on met les petits plats pour les grands. Un concours est ainsi organisé tout autour du Japon pour choisir la chanteuse qui interprétera le rôle de Ranka Lee. Les enjeux sont importants puisque, déjà dans les années 80, le rôle de Lynn Minmay avait catapulté la carrière de sa chanteuse-doubleuse d’alors, Mari Iijima. C’est au final la jeune Philippino-Japonaise Megumi Nakajima, 19 ans alors, qui va remporter ce prix. Quant à Sheryl Nome, c’est une jeune chanteuse du même âge, nommée May’n, qui va être choisie.

 

Et inutile de dire que cela va incroyablement propulser leur carrière. Juste un chiffre : on estime à 500 000 les ventes totales de CD de Macross Frontier au Japon en 2008. Sachant que la bande originale de Yoko Kanno s’est non seulement  extrêmement bien vendue mais a même atteint le top 3 d’album, faisant de lui le premier album d’OST d’animé à réussir le coup depuis The End of Evangelion en 1997 ! Et c’est sans parler du succès des singles interprétés par Sheryl Nome et Ranka Lee qui eux aussi ont accédé aux top 3 singles du pays. C’est la première fois qu’une série animée truste autant les charts musicaux dans les années 2000 et ça ouvrira la voie à d’autres séries comme K-On l’année suivante qui va là aussi commencer à placer nombre de singles aux meilleures places des ventes, contribuant à la renaissance de l'anisong. 

 

Des combats dans l'espace, que demande le peuple

 

Quant aux ventes de DVD et de Blu-ray, elles aussi sont époustouflantes, avec près de 55 000 Blu-ray et 45 000 DVD écoulés simplement pour le premier volume durant l’été 2008. Ces chiffres mirobolants vont faire de Macross Frontier l’un des plus gros succès des années 2000 au Japon.

 

C’est donc logique de voir la série passer ensuite par la case cinématographique puisque c’est la production de deux films qui sera lancée, pour une sortie en 2010 et 2011. Ces deux films — nommés Itsuwari no Utahime et Sayonara no Tsubasa — ne sont pas un remake de la série mais offrent une histoire avec un univers et des personnages identiques mais qui va être pleinement modifiée dans son déroulement. Si certaines scènes cultes de la série refont leur apparition, particulièrement dans le premier film, l’énorme majorité des deux films sont de l’inédit et, surtout, offrent enfin une réponse à cette terrible question : qui de Ranka ou de Sheryl gagne à la fin ? Une question que la série n’avait pas osé répondre, à la grande colère des fans !

 

Les films apportent de nouvelles scènes de concert, toujours plus folles visuellement

 

Ces films furent un succès aussi bien en box-office qu’en vidéo, finissant de confirmer que Macross restait, bien longtemps après ses débuts, une valeur sûre bien appréciée des Japonais. Alors inutile de dire que Kawamori et les petits gars de chez Satelight ne se sont pas forcément pressés pour proposer une nouvelle série de la franchise, bien conscients que ce qui fait également son succès est cette relative rareté, contrairement à Gundam qui enquille les épisodes annuels de qualité variable. Si Macross Delta faisait déjà l’objet de rumeurs dès 2012, sa confirmation récente et son arrivée l’année prochaine, avec des héros et héroïnes cette fois-ci inspirés des groupes d’idols qui cartonnent dans l’archipel, est à surveiller de près.

 

Alors pour se préparer à Delta, faut-il voir Frontier ? La franchise a toujours mis un point d’honneur à avoir tous ses « épisodes » indépendants les uns des autres : on peut ainsi aisément regarder Macross Plus sans avoir vu Macross ou Macross Frontier sans avoir vu Macross 7 ; si les créateurs sont malins, ils garderont cet esprit. Mais pour votre curiosité personnelle, oui, Macross Frontier est une série qui vaut le coup, ne serait-ce que pour sa musique exceptionnelle. Et puis, aujourd’hui, difficile d’être un vrai otaku sans pouvoir dire clairement si on est #TeamRanka ou #TeamSheryl, alors un conseil : regardez et choisissez votre camp. Même si l’on sait tous que, honnêtement, c’est quand même Ranka la meilleure…

 

Mais Sheryl a la victoire modeste donc tout va bien


Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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