CHRONIQUE DU JEUDI : Niea_7

La chronique du jeudi #91 – Niea Under 7

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Dans le monde de l’animation japonaise, certains chara designers ont un style tellement particulier et reconnaissable que toutes les séries qu’ils supervisent peuvent attirer un public qui, autrement, ne se serait peut-être pas intéressé du tout à la série. Quand CLAMP assure le chara design d’un titre comme Code Geass, il est évident que le studio va le mettre en avant et que les fans de ce collectif d’artistes vont être plus enclins à venir regarder de quoi il en retourne. Quitte parfois à ce que des raccourcis se fassent et il n’est pas rare d’entendre dire que Code Geass est une « série de CLAMP » alors que le collectif n’a pas touché au scénario ou à la réalisation.

 

En France, il y a par exemple eu un chara designer particulièrement actif au début du millénaire dont le trait était tellement remarquable que toutes les séries sur lesquelles il collaborait connaissaient un engouement supérieur. Ce chara designer est Yoshitoshi ABe dont nous allons aujourd’hui évoquer une des séries indissociables de son nom : NieA_7


Niea et Mayuko, nos deux héroïnes

 

NieA_7 se déroule dans un futur proche où s’est enfin produite la tant attendue rencontre entre humains et extraterrestres. Non seulement cela s’est fait sans conflit, mais en plus certains extraterrestres sont venus s’installer pour vivre aux côtés de leurs nouveaux amis humains. Mais cette cohabitation pacifique et sereine ne concerne finalement que très peu notre héroïne, une humaine nommée Mayuko Chigasaki, qui est une étudiante habitant à Enohana et qui a un petit problème dans la vie : elle est pauvre. Super pauvre. Alors quand une extraterrestre très sympathique mais réellement fainéante nommée Niea va commencer à régulièrement venir squatter chez elle, sa vie va toujours plus se compliquer…

 

Parce que oui, la pauvreté ça peut être drôle, et NieA_7 est très clairement une pure comédie tranche de vie. Ici pas de drame, pas de prise de tête : de cette situation originale, l’œuvre en tire avant tout une volonté de divertissement et de relaxation. Peu d’intrigue, juste deux personnages principaux coincés dans des situations parfois un peu délirantes, avec légèreté et bonne humeur.

 

Piquer la nourriture de Mayuko est pas la meilleure idée que quelqu'un puisse avoir

 

NieA_7 est véritablement une pure série iyashikei. Pour rappel, l’iyashikei est ce genre bien précis d’animés dont l’objectif est d’être rassurant et d’aider son spectateur non seulement à échapper à ses soucis du quotidien mais à se détendre, se relaxer et calmer son esprit chagrin ou contrarié. Un genre dont les représentants les plus connus sont Aria, K-On ou Non Non Biyori mais dont NieA_7, débuté en avril 2000, pourrait être considéré comme l’un des premiers représentants, bien avant Azumanga Daioh ou Mokke.

 

À ce titre, NieA_7 pourrait donc décevoir ceux qui ont vu d’autres œuvres dans lesquelles Yoshitoshi ABe s’est impliqué — comme Serial Experiments Lain — et qui s’attendent à avoir quelque chose d’aussi provocateur, sombre et psychologique. Car ici on y est très loin : les épisodes sont posés, le rythme est intentionnellement lent, l’action limitée. Tout se fait par les dialogues, les petites engueulades entre Mayuko et Niea et la contemplation des décors. C’est une série où il se passe pas forcément grand-chose mais qui peut se révéler hypnotisante dès lors qu’on parvient à s’immerger à l’intérieur. C’est exactement le genre de série à regarder avant de se coucher, blotti dans sa couverture.

 

Néanmoins, cette légèreté n’empêche pas la série d’évoquer des thèmes sérieux. Extraterrestre sans antenne, Niea est ainsi victime de discrimination de la part d’autres aliens tout au long de la série, sans que ça ne soit jamais traité avec lourdeur. En plus d’être pauvre comme Job et de s’épuiser continuellement à la tâche à travers ses nombreux petits boulots, l’héroïne Mayuko est aussi plutôt mélancolique de sa province natale, exprimant à certaines reprises ses regrets d’être venue vivre la vie tokyoïte. Enfin, les autres extraterrestres sont plutôt excentriques mais beaucoup posent la question de l’intégration dans une société étrangère et comment certains d’entre eux se créent une personnalité en s’inspirant de cultures humaines qu’ils interprètent à leur sauce, que ce soit l’Inde ou bien la révolution culturelle chinoise.

 

Ne laissez pas traîner vos soucoupes !

 

Maintenant, la série dispose de réels petits défauts comme une technique bien typique de cette époque, qui n’a pas très bien vieilli. La série n’est pas irregardable pour autant, mais il faut bien avouer que ce n’est pas réellement de toute beauté et que l’animation n’est pas toujours au rendez-vous. L’autre petit défaut est peut-être une certaine répétition dans son humour, avec beaucoup trop de blagues assez redondantes sur la relation parfois houleuse entre Mayuko et Niea.

 

Mais au final, si nous disions plus haut que la série n’avait rien à voir avec Serial Experiments Lain dans le ton et la forme, reste que les deux séries sont très liées sur d’autres points. Comme dit plus haut, on retrouve évidemment Yoshitoshi ABe au chara design, mais pas que cela puisqu’il est aussi le créateur original du manga amateur sur lequel cette série se base. Les deux réalisateurs de la série sont Takuya Sato, qui fut le storyboardiste de Lain, et Tomokazu Tokoro, qui lui s’était alors occupé des layouts. Enfin, plus évident encore, le studio des deux séries est le même : Triangle Staff. Même si, tristement, NieA_7 sera sa dernière série. Est-ce que du coup ce studio a voulu s’occuper d’une série chaleureuse et légère après avoir pondu un des animés les plus psychodramatiques et traumatisants du XXe siècle ? On peut supposer que oui.

 

Un personnage, nommé Chiaki, fait même référence à Chiaki Konaka, scénariste de Lain et Digimon Tamers

 

Assez facile d’accès en France, la série ayant été distribuée en DVD aujourd’hui trouvables à prix assez réduits, la vision de NieA_7 peut plaire à tous ceux en quête de série iyashikei un peu SF et qui tourne autour d’autre chose que des écolières japonaises. La série n’a pas toujours très bien vieilli, que ce soit dans son visuel ou son écriture, mais pose les bases du genre Iyashikei et, plus important, du ton et de l’ambiance d’une série comme Haibane Renmei, qui va voir Yoshitoshi ABe et Tomokazu Tokoro perfectionner cette recette entre tranche de vie et thématiques sérieuses. Mais ça, on le verra un autre jeudi...

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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