CHRONIQUE DU JEUDI : Little Witch Academia

La chronique du jeudi #92 – Little Witch Academia

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Ces dernières années, les petites initiatives japonaises visant à offrir à des animateurs ou des studios l’occasion de sortir des impératifs financiers pour avoir carte blanche dans la conception d’une œuvre ont commencé à se démocratiser. C’est ainsi que nous avons eu le droit à deux initiatives récentes : la première est l’Animator Expo, organisée par le studio Khara, à qui l’on doit les Rebuild of Evangelion, et qui permet à de grands noms de l’animation ou de la réalisation de se lâcher dans la création de courts-métrages parfois aussi étranges qu’émouvants. La seconde grosse initiative, elle nous vient directement du gouvernement japonais avec l’Anime Mirai, qui permet à des studios de produire quatre courts-métrages, avec la bénédiction d’une subvention du ministère japonais des Affaires culturelles, qui se sert d’un organisme (actuellement le Nippon Dôga Kyôkai) pour gérer l’action. Ainsi, quatre courts-métrages sont diffusés chaque printemps. Chaque fois, ils sont créés par studios différents.

 

L’Anime Mirai a cependant le défaut de ne pas forcément beaucoup sortir de l’archipel japonais et, pour les occidentaux, c’est surtout deux œuvres sur la douzaine produites qui auront trouvé une popularité : le premier, c’est Death Billiards, qui sera surtout connu pour la série qu’il va inspirer, Death Parade sorti en début d'année. Le second, c’est surtout son studio et son staff qui vont lui attirer la lumière des projecteurs. Ce court-métrage, c’est celui dont on va parler aujourd’hui : Little Witch Academia.

 

Artwork officiel avec Sucy, Akko et Lotte, les héroïnes de Little Witch Academia

 

Little Witch Academia met en scène Akko, une jeune fille japonaise qui réalise le rêve de sa vie : rejoindre l’académie de Luna Nova, une des plus prestigieuses écoles de magie au monde, afin de devenir comme son idole de toujours, la magicienne Shiny Chariot, qu’elle allait voir régulièrement en spectacle durant son enfance. Mais évidemment, tout n’est pas si facile : elle est très loin d’être douée en magie, Shiny Chariot est considérée par le monde de la magie comme un imposteur, et elle se fait régulièrement humilier par un gang mené par la fille la plus douée de la classe, Diana. Mais tout va changer le jour où, avec ses deux amies Sucy et Lotte, elle participe à un examen qui va très mal se terminer et dans lequel ses actions permettront de révéler le véritable potentiel qui est en elle…

 

Comme tous les projets Anime Mirai, Little Witch Academia est donc un court-métrage de 25 minutes qui se contente de raconter une histoire plutôt simple sans tenter d’originalité particulière dans sa narration. On a donc une histoire en deux parties, la première contant le quotidien d’Akko dans cette école et cette ambiance qui mélangent Harry Potter avec les cartoons de Tex Avery, tandis que la seconde est un vrai récit d’action et d’aventure, qui vont forcer nos héroïnes à redoubler d’ingéniosité pour se sortir des problèmes qui surviennent.

 

Problèmes qui incluent « se faire engueuler par les profs »

 

Ce qui est particulièrement impressionnant avec Little Witch Academia, c’est l’aspect visuel, admirablement travaillé. Ici, tout est très coloré, chaque décor est un ravissement, et l’animation des personnages est somptueuse, avec un style qui s’inspire aussi bien de l’animation japonaise traditionnelle que celle des États-Unis, avec quelques clins d’œil difficiles à rater à des œuvres comme les Looney Tunes. Cela s’explique facilement en regardant le nom du studio, puisqu’on retrouve derrière ce court-métrage Trigger, studio fondé en 2012 par des anciens de chez GAINAX, avec entre autres une partie du staff ayant travaillé sur Tengen Toppa Gurren Lagann ou Panty and Stocking with Garterbelt. Ce studio est composé de passionnés d’animation, qui semblent adorer aussi bien Osamu Tezuka et Hideaki Anno que South Park et les films Disney. Leurs inspirations occidentales réinterprétées à la japonaise sont un ravissement bienvenu, qui donne à la série toujours plus de cachet.

 

Le tout sert à mettre en image une intrigue qui fait le boulot et parvient à divertir son audience sans le moindre problème. Le rythme est rapide, et le studio arrive sans problèmes à mettre tout ce qu’il veut inclure dans son histoire avec les 25 petites minutes qui lui sont allouées. Certains vous diront que le scénario ne vole pas très haut, mais on ne peut qu’applaudir la volonté d’offrir ici une œuvre tous publics, qui serait accessible aussi bien à des jeunes enfants qu’à des grands-parents totalement allergiques au style animé actuel. Ni gore ni fanservice, Little Witch Academia écarte tous les clichés de l’animation japonaise pour offrir une œuvre universelle.

 

Le genre de petit délire visuel qui peut venir ponctuer la série

 

Et cette universalité, elle va payer puisqu'à peine quatre mois après la sortie du court-métrage dans le cadre de l’Anime Mirai 2013, Trigger lance mondialement un kickstarter avec pour objectif d’offrir au monde entier une suite plus longue et plus ambitieuse au projet. Un kickstarter qui va instantanément trouver le succès et sur les 100 000 $ demandés, le studio va non seulement boucler sa demande en moins d’une journée, mais en récoltera au final 400 000, une réussite portée par une communauté occidentale enthousiaste. À l’inverse, la franchise ne semble guère fonctionner au Japon et connaît même des annulations d’événements, la faute à trop peu d’intéressés.

Étrange, mais assez typique de créateurs qui, à l’époque de Panty & Stocking with Garterbelt, avaient eux aussi trouvé le succès et la reconnaissance à l’international, boudés par leur propre pays.

 

Se protéger efficacement des douleurs littéraires

 

Deux ans après la levée des fonds sort donc Little Witch Academia: The Enchanted Parade. Ici deux fois plus long que son prédecesseur (55 minutes), cet OAV fait suite au court-métrage original. On va y suivre Akko, Sucy et Lotte qui vont se retrouver, en compagnie de trois autres nouvelles sorcières, à devoir organiser une gigantesque parade en l’honneur de la magie dans le village voisin de Luna Nova. Évidemment, ce comité d’organisation se composant de fortes têtes, tout ne va pas se passer comme prévu dans la préparation, et un nouvel ennemi de taille fera face à nos apprenties sorcières lors de la parade…

 

On garde, mine de rien, la même formule qu’en 2013 : un style visuel irréprochable, avec quelques scènes d’anthologie en matière d’animation, une intrigue simple et une légèreté qui colle avec la modestie du projet. Ici, on ne prétend pas révolutionner l’animation, seulement apporter une belle histoire universelle, prompte à séduire un public extrêmement large. Si certains sont un peu déçus du léger manque d’ambition scénaristique, il faut néanmoins avouer que, de nouveau, Trigger réussit à fournir un moyen-métrage de presque une heure qui file à la vitesse de la lumière. Une petite réussite parfaite pour initier vos petites-nièces et petits-neveux à l’animation japonaise, en somme !

 

Les habituels balais sont bien évidemment au programme

 

On ignore maintenant si la série sera prolongée. L’avantage, c’est que la formule des deux premiers films permet de produire autant de films que d’histoires potentiellement amusantes autour des personnages. Si les contraintes financières autour de leur production restent assez présentes, on ne peut néanmoins que rêver à l’idée de revoir régulièrement de nouvelles aventures d’Akko et ses amies.

 

Vu la bonne humeur constante du projet et son univers très attachant, on est sûr d'une chose : en Occident, chaque nouvel épisode serait reçu avec chaleur et enthousiasme !

 

En attendant, ne mettez pas n'importe quoi dans vos potions

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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