CHRONIQUE DU JEUDI : Lupin III

La chronique du jeudi #93 – Lupin the Third

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Parmi les grands retours de 2015, difficile de ne pas constater que ceux de Dragon Ball et Digimon sont loin d’avoir fait l’unanimité auprès des fans. Pourtant, il n’y a pas eu que des come-back ratés cette année et, malgré un départ sans cesse décalé, la nouvelle série Lupin III a fait ses débuts de manière assez discrète, particulièrement à cause d’une licence tardive en Occident, mais dans un enthousiasme franc et mérité. L’occasion parfaite, donc, de revenir sur l’histoire du plus connu des voleurs de l’animation japonaise, qui aura en 2017 près de cinquante années d’existence.

 

Lupin the Thiiiird ♪.


Mine Fujiko, Goemon Ishikawa, Daisuke Jigen et Lupin III

 

Retourner sa veste

 

Vous connaissez sans doute déjà Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur. Personnage crée par Maurice Leblanc en 1905, ce personnage — finalement un des premiers superhéros de la culture populaire — connaîtra rapidement un succès international et inspirera tout autour de lui de nombreuses œuvres qui mettront en scène, à leur tour, des cambrioleurs affables et séduisants, qui voleront les plus grandes richesses au nez et au barbe de la police. Pas forcément pour l’enrichissement personnel, mais parfois juste pour le plaisir de montrer qu’il peut le faire et de monter un plan pour le casse parfait.

 

Eh bien Lupin III ne fait pas que s’inspirer d’Arsène Lupin, il en reprend l’histoire. Notre personnage principal est donc Arsène Lupin III, petit-fils du gentleman cambrioleur, et nous allons donc le suivre dans ses multiples aventures tout autour du monde, où ses objectifs sont à chaque fois plutôt clairs : voler des trésors. Pour cela, il est accompagné de nombre d’acolytes qui vont l’aider dans la mise en place de ses plans. On a ainsi Daisuke Jigen, son meilleur ami qui est un tireur d’élite plutôt roublard, présent avec Lupin dans la majorité de ses aventures. Et si les armes à feu ne suffisent pas, alors il y a Goemon Ishikawa XIII, un descendant direct de l’épéiste mythique du Japon, qui parle peu mais dispose d’une lame mythique nommée le Zantetsuken, qui peut couper à travers tout et n’importe quoi.

 

Enfin, Lupin croise très souvent le chemin de Mine Fujiko, une experte espionne et cambrioleuse très séduisante, qui a lié avec notre héros une relation ambiguë, parfois alliée, parfois ennemie, parfois amante, parfois traîtresse. Les deux personnages s’aiment toujours beaucoup mais Mine n’hésite parfois pas à utiliser Lupin pour ses propres intérêts. Le personnage va beaucoup évoluer au fil des années, contrairement aux trois précédents qui resteront souvent assez figés.

 

 

Et, évidemment, tout cela ne serait pas complet sans un antagoniste régulier. Jean Valjean a Javert ? Lupin III a Zenigata ! Inspecteur de police extrêmement doué, le brave Zenigata a décidé de dédier sa vie à rechercher, trouver et enfermer Lupin III derrière les verrous. Évidemment, il ne va jamais réussir mais il pourra se retrouver, selon les épisodes, parfois allié temporaire du cambrioleur pour faire face à une menace commune et palpable.

Prenez donc ces cinq personnages, mettez à chaque fois des trésors, des lieux, des situations et des ambiances différentes, le tout dans un format épisodique qui ne laisse que peu de place aux fils rouges, et vous avez Lupin III. Conçu à l’âge d’or du James Bond made in Sean Connery, le manga original de 1967 est clairement dans une ambiance de pur divertissement, où les personnages ont des aventures, où on trouve un héros séducteur et des alliés charismatiques qui font face soit à Interpol, soit à d’autres malfaiteurs tout autour de monde, le tout avec légèreté, une pointe d’action et beaucoup d’humour.

 

 

On the run

 

L’histoire de Lupin III dans l’animation japonaise est particulièrement animée. Nous avons donc déjà de base le manga de Monkey Punch, qui va durer deux ans en prépublication pour un total de quatorze tomes. Un manga destiné à un public très adulte et assez intéressant puisqu’il évolue chapitre par chapitre, sous les yeux des lecteurs : au départ véritable hommage complet à James Bond — on y retrouve même des « Lupin girls » censées changer à chaque chapitre, avant que Monkey Punch n’abandonne l’idée et se contente de consolider le personnage de Mine Fujiko —, l’intrigue, le style et les personnages prennent de plus en plus de consistance jusqu’à la fin, en 1969.

 

C’est deux ans plus tard que dans les studios de Tokyo Movie Shinsha (TMS) une adaptation animée du manga se met en marche. Dirigée par le réalisateur Masaaki Osumi, cette adaptation souhaite avant tout rendre Lupin III accessible à un jeune public, ce qui va nécessiter quelques petits changements dans le ton, par exemple en réduisant considérablement l’érotisme autour de Mine Fujiko ou en faisant en sorte de rendre le personnage de Lupin III moins violent et un peu plus toqué. Ces changements sont assez mal acceptés par Masaaki Osumi qui va tâcher du mieux qu’il peut de garder l’esprit du manga original mais sera finalement licencié dès le septième épisode pour être remplacé par deux petits gars pleins d’avenir : Isao Takahata et Hayao Miyazaki, les deux futurs fondateurs du studio Ghibli.

 

 

Mais le licenciement du réalisateur initial ne sera pas le seul obstacle que va rencontrer la série : prévue pour 26 épisodes, la série sera déprogrammée et n’en durera finalement que 23, la faute à une audience décevante. Si la série aura proposé des épisodes d’excellentes qualités, le changement de réalisateur aura aussi amené un changement de ton qui va être très mal reçu par le public de l’époque.

 

On pourrait alors croire Lupin III terminé ; sauf que dans le milieu des années 70, la série va être rediffusée et, de manière surprenante, attirer un nouveau public et offrir des audiences soudainement bien plus satisfaisantes. Dès lors, il est proposé à TMS  de redémarrer la série et celle-ci va se montrer très ambitieuse pour l’époque. Avec le réalisateur Seijun Suzuki à la direction du projet, l’idée va être d’offrir une série épisodique pure, sans fin et qui dure le plus longtemps possible. Et le pari va être réussi : la première série n’avait duré que 23 épisodes ? Cette seconde série, elle en durera 155, soit près de trois années ininterrompues.

 

 

La durée ne sera pas la seule différence notable avec la première saison. Le style va être profondément changé, le ton sera modifié pour être toujours plus léger et, détail final : la couleur de la veste de Lupin va changer. De verte dans la série de 1971, elle est désormais rouge. Une tradition colorée qui va alors commencer à se perpétuer.

 

Enfin, si Hayao Miyazaki n’aura pas les mêmes responsabilités sur cette seconde saison, bien occupé qu’il est à l’époque sur Conan fils du futur puis sur son premier long-métrage, il prendra tout de même le temps de réaliser, en solo et sous pseudonyme, deux épisodes complets : le 145 et le 155.

 

La période de la « veste rouge » sera donc celle où Lupin III va devenir une icône de la culture pop japonaise. Il trouvera très rapidement son succès à l’étranger, particulièrement en Italie, qui va adopter le personnage de manière quasi instantanée. C’est aussi à partir de là que des problèmes de droit vont se poser car quand Monkey Punch avait nommé son manga « Lupin III », il l’avait fait sans demander au préalable l’accord de l’usage du nom auprès des héritiers de Maurice Leblanc. Ce qui va forcer certains pays à renommer le personnage en Wolf, ou chez nous, Edgar de la Cambriole.


 

Et en parallèle de la série, c’est de nombreux films qui vont commencer à naître, au rythme d’un par an. Ces longues histoires sur grand écran débutent donc en 1978 avec Le Voyage de Mamo qui sera suivi, en 1979, de ce qui est peut-être le film Lupin III le plus connu : Le Chateau de Cagliostro. Réalisé par Hayao Miyazaki, ce premier film du futur décoré de la Légion d’honneur se fait remarquer par sa qualité visuelle remarquable et ses scènes d’actions débridées. Une légende urbaine voudrait même que la course-poursuite de l’introduction soit une des scènes d’action préférées d’un certain Steven Spielberg…

 

Alors la série terminée en 1980, il est hors de question de ne pas songer à une éventuelle troisième série. Celle-ci mettra tout de même un peu de temps à arriver avec près de quatre ans d’attente pour le retour de Lupin III. On est en 1984 et cette fois-ci, comme pour mieux s’adapter à son époque, c’est en rose que la veste de Lupin fait son grand come-back !

 

 

Les ambitions sont similaires à la série précédente : on retrouve le studio TMS aux manettes et l’idée est de produire, comme d’habitude désormais, un épisode par semaine, presque le plus longtemps possible. Mais tout va être moins paisible puisque, contrairement à la seconde série, certains épisodes ne seront pas diffusés en temps et en heure, mettant fin au rythme de coucou suisse de la série qui ne durera, au final, une cinquantaine d’épisodes. Mais si on excepte ces soucis de planning, qui impacte violemment la qualité visuelle de la série, celle-ci reste dans la continuité de la précédente, avec un ton toujours plus comique et léger.

 

Et à partir de là, Lupin III va interrompre son existence sous forme de séries. Si la troisième série est aussi le retour de la franchise au cinéma de manière annualisée, avec des films comme l’Or de Babylone, le gentleman cambrioleur ne restera pas non plus si longtemps dans les salles puisqu’après deux opus, ces films annuels deviendront des téléfilms. Et de 1989 à 2013, jamais Lupin III ne ratera son rendez-vous avec les téléspectateurs japonais. Jusqu’en 2014 qui marquera simplement le retour des films cinématographiques, avec le tombeau de Daisuke Jigen, lui-même étant précédé d’un film cross-over particulièrement attendu : Detective Conan vs. Lupin III.

 

Lupin III n’est jamais vraiment mort. En 2012, c’était une série bien particulière qui tâchait de rendre hommage à l’univers du personnage. Nommée Une Femme nommée Fujiko Mine, cette série au style visuel extrêmement particulier se concentrait, comme son nom l’indique, sur le personnage de Fujiko. Style sombre, finalement plutôt sérieux, la série aura autant séduit qu’interloqué…

 

 

Dans tous les cas, nous voilà fin 2015 et c’est avec une veste bleue que Lupin III a fait son grand retour, dans une série d’envergure internationale puisque produite aussi bien par le Japon que par l’Italie ! C’est dans la péninsule que va donc se dérouler l’ensemble de cette saison que Lupin, toujours traqué par Zenigata et toujours accompagné de Daisuke, Goemon et Fujiko, aura bien du plaisir à explorer…

 

Lupin III est donc un monument de l’animation japonaise qui, en plus de captiver plusieurs générations de Japonais, a contribué à former pas mal des futurs grands talents de l’industrie. Ce qui rend vraiment Lupin III unique est son accessibilité. Ici, peu de fils rouges, peu de continuité, chaque épisode, chaque film, chaque téléfilm peut se prendre seul et être consommé par n’importe qui. Les personnages sont caricaturaux, simples et attachants, et malgré la grande longévité de l’ensemble, personne n’arrive vraiment à se lasser des aventures du descendant d’Arsène Lupin.

 

Peut-on donc dire que Lupin III a donc, finalement, aussi volé nos cœurs ?

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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