CHRONIQUE DU JEUDI : Love Hina

La chronique du jeudi #94 – Love Hina

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

S’il y a bien un genre qui semble avoir explosé dans le courant des années 2000, c’est la comédie romantique, et plus particulièrement la sous-catégorie de la romance dite harem. On n’y raconte pas l’histoire d’amour entre un homme et une femme, non, on va bien plus loin avec un garçon entouré d’une quantité plus ou moins importante de prétendantes et où le véritable enjeu est finalement de savoir avec laquelle il va finir, pas de savoir comment sa relation va se dérouler avec l’heureuse (?) élue.

 

Ce genre, finalement « simple », peut donc être décliné à volonté, puisque finalement les archétypes autour du héros restent assez basiques : on retrouvera souvent l’amie d’enfance, la fille timide et innocente, la tsundere acariâtre, le garçon manqué, la fille sage et âgée… Pas inventés par le manga, ce genre et ses codes sont vraisemblablement apparus avec l’arrivée des datings sims comme Tokimeki Memorial, qui débarquent en 1994 sur les PC Engine du Japon. Mais si l’on revient à notre sujet, quelle œuvre a vraiment popularisé le concept de comédie romantique harem dans la culture visuelle japonaise moderne, ringardisant les simples triangles amoureux d’alors ? Remontons au tournant du millénaire avec Love Hina.

 

La majeure partie des pensionnaires de la pension Hinata, avec Keitaro au milieu

 

Keitarô est un étudiant dont le rêve absolu est d’aller à Tôdai, la plus prestigieuse de toutes les universités japonaises. Mais sa motivation n’est pas forcément le prestige ou l’assurance d’une carrière professionnelle flamboyante, loin de là : dans son enfance, il a promis à une jeune enfant de son âge qu’ils s’y retrouveraient plus tard. Mais évidemment, c’est loin d’être simple : il a échoué deux fois au concours d’entrée et ne se souvient ni de son nom ni de son visage ! Devant tous ses échecs pour entrer à Todai, qui agacent ses géniteurs, le brave Keitarô est mis à la porte de chez lui et pense pouvoir trouver un toit de secours chez sa grand-mère, qui tient une auberge traditionnelle. Mais quelle surprise quand il découvre que cette auberge est devenue une pension pour jeunes filles, désormais gérée par sa tante. Malgré tout hébergé, il va devoir apprendre à gérer sa cohabitation avec une demi-dizaine de jeunes filles aux caractères très variés…

 

Évidemment, la vie de Keitarô au sein de cette pension ne sera pas tous les jours de tout repos : il est souvent victime de quiproquos et de malentendus, ce qui lui vaudra d’être traité de pervers et de rencontrer le poing punitif de Naru Narusegawa. À côté, quelques rebondissements vont pimenter la quête de Keitarô, qui va continuer de chercher désespérément la fille de sa promesse, et surtout d’entrer à Tôdai, quitte à cumuler les échecs, parfois de manière assez débile.

 

Aussi débile que peut l’être votre apparence avec une tortue sur la tête

 

On retrouve donc dans cette pension six personnages féminins, au début, tous liés à un archétype très précis: Naru est la tsundere qui s’énerve aisément, ne cherche pas particulièrement à connaître la vérité derrière les préjugés, mais va se montrer au fur et à mesure du récit assez attachée au personnage principal qu’elle maltraite (parfois très violemment) pour mieux camoufler ses véritables sentiments. Mitsune est elle la maligne, un peu plus âgée que le reste du casting, qui boit et clope souvent, et profite de la vie à son maximum. Motoko est la femme traditionnelle japonaise, avec un plot twist : son kiff personnel c’est la maîtrise des arts martiaux et du combat à l’épée. Shinobu est une des plus jeunes, très gentille, très timide, un peu naïve, elle bafouille dès qu’elle essaie de parler, mais malgré sa maladresse essaie toujours de faire de son mieux. Enfin, Sû est une jeune fille, elle aussi plutôt jeune, vraisemblablement d’origine étrangère et dont la grande passion est la construction de gadgets et d’inventions qui viendront souvent mettre le boxon au sein de la pension Hinata…

 

À côté de ça vont se rajouter d’autres personnages féminins, amenés par le scénario pour augmenter le nombre de prétendantes possibles au rôle de fille de la promesse, comme Mutsumi, ou juste pour toujours plus dynamiser les relations au sein de la pension, avec de nouvelles habitantes comme la jeune Américaine Sarah ou Kanako, la petite sœur de Keitarô. En somme, de quoi faire durer l’intrigue jusqu’à la happy end méritée !

 

Shinobu et Matoko vaquent à leur vie quotidienne

 

La version animée n’adapte du manga original, qui sera prépublié de 1998 à 2001, que les deux tiers de celui-ci, donc à peu près sept ou huit volumes au total. Pour compenser ce manque, quelques histoires originales seront créées pour l’occasion quitte à même conclure cette première saison par un épisode à l’intrigue intégralement inédite et censé ouvrir à une seconde saison… qui ne viendra finalement jamais. Au-delà de ce petit souci, sans doute imprévu à l’époque, l’animé adoucit légèrement le ton du manga – Keitarô y semble moins souvent victime de sévices physiques – et rajoute des détails bienvenus, comme la découverte des parents de nombre de personnages. Hélas, le tout a techniquement beaucoup vieilli et est assez typique de cette période du début des années 2000, quand l’animation japonaise était en transition vers l’animation numérique.

 

Mais le souci, c’est que finalement, il n’y a pas que la technique qui a vieilli : Love Hina dont le succès il y a 15 ans pourrait sembler étrange à un jeune otaku de nos jours. Il aurait aussi du mal à y trouver quoi que ce soit d’attrayant qui va le happer vers soit le manga, soit l’animé. Car si en 2000, Love Hina faisait office de révolution dans le milieu du shônen romantique, et qu’il faisait exploser les codes que des séries comme Video Girl Ai ou Urusei Yatsura avaient posés bien avant lui, aujourd’hui il n’en reste plus qu’un titre parfois toujours drôle et amusant, mais qui, dans son intrigue et ses personnages, ne possède plus quoi que ce soit de très attirant. Et cela parce que tout a été repris et amélioré par une quantité ahurissante d’œuvres derrière lui. En somme, tout ce qui semblait original à l’époque et a entraîné la popularité de la série n’est aujourd’hui plus que ce que tout le monde exige de base d’une comédie romantique harem comme celle-ci.

 

Chances que Keitarô se fasse tabasser dans cinq secondes : très élevées

 

Voilà donc la situation : si vous aimez ce genre assez léger qu’est le romcom harem et que vous en avez déjà vu un petit nombre, Love Hina ne vous surprendra pas et peut même un peu vous ennuyer, mais ça peut être intéressant de vous pencher sur ce qui en est l’œuvre fondatrice. Si vous ne connaissez rien de ce genre, il peut même être une bonne introduction, si vous passez outre le traitement déplorable que les personnages féminins font au pauvre Keitarô, décidément un peu trop maltraité pour que ça ne soit vraiment très drôle. Enfin, si vous n’aimez de toute manière pas cela, passez votre chemin, car la série n’apportera rien, mais vous vous en doutiez peut-être un peu.

 

Quant à choisir entre le manga et l’anime, préférez le manga, qui bénéficie du style assez attirant de Ken Akamatsu, quelques années avant qu’il arrive à son apothéose avec Negima. L’animé dispose néanmoins de certaines qualités comme une très bonne OST et un certain soin dans son adaptation, mais sa technique vieillotte, son rythme pas toujours très haletant et son absence de conclusion jouent très nettement en sa défaveur !

 

Les jolies illustrations du manga qui, 15 ans en arrière, mettaient tous les jeunes otakus français en émoi


Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

 

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