CHRONIQUE DU JEUDI : Fullmetal Alchemist

La chronique du jeudi #97 – Hagane no Renkinjutsushi

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


On a tendance à l’ignorer, mais Square Enix n’est pas qu’un des principaux éditeurs de jeu vidéo japonais : la société est présente dans d’autres domaines, comme l’édition de manga. Mais si aujourd’hui les mangas issus de magazines comme le Gengan Joker fonctionnent tout autour du monde — Soul Eater, Red Eyes Sword, Ubelblatt par exemple —, ça n’a pas toujours été rose dans ce secteur pour Square Enix. Pour être même plus exact, au début des années 2000, suite à la fusion entre Enix et Squaresoft, l’avenir du magazine est même clairement mis en cause et la fin des investissements dans le manga envisagé. Mais c'est à ce moment-là que survient une série qui va non seulement sauver le magazine mais créer un véritable phénomène tout autour du monde...

 

Cette série, vous la connaissez sans nul doute : c’est Fullmetal Alchemist et aujourd’hui, on va parler de sa première adaptation animée, celle de 2003 !

 

Une grande partie du casting de Fullmetal Alchemist avec, principalement, Alphonse Elric en armure en haut à gauche et Edward Elric avec le manteau rouge tout à droite.

  

Bras de fer

Fullmetal Alchemist se déroule dans un univers semblable à nos années 20, mais dans lequel l’humanité a réussi à développer des arts mystiques comme l’alchimie. Ici, il n’est donc pas improbable — même si cela reste peu commun — de croiser des personnages capables, par exemple, de créer du feu à l’aide de complexes formules. Ces alchimistes, souvent utilisés par les armées, sont considérés comme des héros qui créent fascination auprès de la population et, plus particulièrement, des enfants. C’est le cas par exemple d’Edward et Alphonse Elric, deux jeunes garçons dont le père a disparu mais qui vivent avec leur mère dans un village tranquille et isolé, souhaitant tous deux devenir plus tard des alchimistes d’états au sein de l’armée. Alors quand leur mère vient à décéder à cause d’une maladie, ils décident d’utiliser leurs compétences en alchimie pour réussir l’impensable…

 

Alphonse et Eldward

 

Quelques années plus tard, Edward et Alphonse rejoignent l’armée en tant d'alchimistes d’état. Leur objectif, caché, est simple : mettre la main sur la pierre philosophale, Graal ultime censé permettre la résolution de tous les souhaits. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’à cause de leur quête ils vont rapidement se trouver dans un complot d’envergure nationale, et devoir faire face à des ennemis de plus en plus résolus à ne pas les laisser s’approcher trop près de la vérité…

 

Au fil de leurs aventures, ils vont rencontrer de nombreux autres personnages : Roy Mustang, un colonel alchimiste particulièrement ambitieux, souhaitant accéder à la présidence du pays afin de pouvoir l’améliorer en profondeur ; Winry Rockbell, une experte en mécanique fort utile compte tenu du fait que depuis les incidents de son enfance, Edward ne possède plus ni son bras droit ni sa jambe gauche et doit compter sur des automails, des prothèses mécaniques particulièrement précises ; ou bien encore Scar, un mystérieux assassin d’alchimistes, dont la motivation semble être liée à la vengeance d’un génocide dont on sait initialement peu de choses…

 

Quand Edward enlève son manteau avec classe 

 

Avec tout ça, Fullmetal Alchemist va donc tâcher de raconter une aventure mélangeant action, humour, drame, rebondissements fréquents, personnages charismatiques et intrigue simple se déroulant dans un univers extrêmement riche et très travaillé, le tout avec brio. Un des gros atouts de la série étant réellement sa capacité à pouvoir changer de ton et d’ambiance régulièrement sans aucune maladresse, permettant de trouver en FMA aussi bien des épisodes de combats particulièrement épiques que des moments assez hilarants (souvent grâce à un héros — Edward — dont le caractère très trempé peut créer des situations assez cocasses) ou des passages plus sombres, plus tristes voire même assez traumatisants (juste un mot : Nina).

 

Ces mélanges, ils ne sont pas nouveaux dans le genre du shônen manga, mais Fullmetal Alchemist les dynamise et les narre à la perfection, avec un rythme bien trouvé et en se posant sur un univers qui n’hésite pas à aller dans des thèmes assez peu adolescents — un génocide est ainsi un point très important de l’intrigue. Si on rajoute à ça ses personnages complets et des scènes vraiment marquantes, il est facile de comprendre pourquoi le manga initial est unanimement apprécié tout autour du monde. Intelligent, divertissant et bien narré : c'est une perle rare !

 

Roy est prêt à allumer le feu ♪

 

Chienne de vie

 

Si le manga, dessiné et écrit par l’auteure Hiromu Arakawa, a été publié de 2001 à 2010 dans le Gengan Joker, pour un total de 27 tomes, la première adaptation animée n’a pas traîné, prouvant un succès instantané sur lequel l’éditeur a voulu rapidement capitaliser puisque quand l’animé arrive sur les écrans, nous sommes fin 2003 et la série n’existe que depuis deux ans, n’ayant sortie « que » sept tomes au total jusque-là ! Mais même si cela arrive un peu vite, ce n’est pas non plus une adaptation précipitée puisque le projet est confié au studio BONES et au réalisateur Seiji Mizushima qui jusque-là n’était pas un débutant dans les longs projets, s’étant déjà occupés des adaptations du shônen Shaman King et du light novel Slayers.

 

La volonté est donc initialement de faire une série longue, prévue pour cinquante-quatre épisodes, mais le manga étant encore jeune, une solution paraît évidente : diviser cette adaptation en deux. La première tâchera d’adapter fidèlement le manga tandis que la seconde essaiera de raconter une histoire originale avec une conclusion exclusive au format animé. Un travail donc confié au studio BONES qui, jusque-là, était principalement connu justement pour ses séries originales comme RahXephon ou Wolf’s Rain.

 

La série introduit sans trop de maladresses des personnages originaux

 

Le résultat sera à la hauteur des espérances : malgré sa grande longueur, la série animée est visuellement plutôt réussie — même si aujourd’hui elle a un peu vieilli —, offre une bande originale — composée par Michiru Oshima — de très grande qualité et parviendra à adapter de manière réussie les débuts du manga, se permettant même de modifier quelques détails par-ci par-là sans pour autant faire lever les sourcils des fans hardcores.

 

Quant à la seconde partie, inédite, elle est également finalement bien reçue et il faut dire que l’intrigue originale réussit le défi d’être fidèle à l’esprit de la série tout en racontant une histoire non dénuée d’enjeux, riche en rebondissements et proposant des personnages originaux qui entrent parfaitement dans l’univers jusque-là écrit par Hiromu Arakawa. Avec l’arc Asgard de Saint Seiya, c’est aujourd’hui un des rares arcs fillers de l’histoire de l’animation japonaise à être unanimement complimenté.

 

Le succès de la série va même permettre aux auteurs de l’animé de finir leur histoire originale avec la sortie en 2005, un an après la fin de la diffusion, du film Fullmetal Alchemist: Conqueror of Shamballa dans les salles japonaises. Se déroulant dans l’Allemagne de 1923, dans lequel se retrouve Edward Elric, le film est lui aussi bien reçu et finit de démontrer à quel point le studio BONES a chouchouté cette franchise.

 

Le film se déroulant dans un univers alternatif, certains screens peuvent surprendre... hors contexte

 

 

Aujourd’hui, évidemment, c’est difficile de vous dire de découvrir Fullmetal Alchemist via cette adaptation animée puisqu’en 2009, et on en reparlera dans une autre chronique, sort Fullmetal Alchemist: Brotherhood qui, lui, va tâcher d’adapter tout le manga et le fera avec des visuels encore plus léchés et un respect ahurissant du support de base. Quant au manga original, il reste indémodable. Du coup, Fullmetal Alchemist 2003 est dans un cas unique puisqu’il s’agit d’une très bonne série mais qui vit elle-même dans l’ombre d’une meilleure série qui la rend littéralement obsolète, comme le fera l’adaptation 2011 du manga Hunter × Hunter par rapport à l’adaptation de la fin des années 90.

 

Néanmoins, si vous avez adoré le manga ou Brotherhood, n’hésitez pas à jeter un œil à l’arc inédit de cette première adaptation, qui va sans doute agréablement vous surprendre. Enfin, si vous avez grandi dans le début des années 2000, la série de 2003 a aussi énormément de chances d’être votre petite madeleine de Proust et, il faut l’avouer, rien ne bat ce genre de nostalgie ! 

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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