CHRONIQUE DU JEUDI : Chihayafuru

La chronique du jeudi #98 – Chihayafuru

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Le choc des cultures fait que certains jeux traditionnels asiatiques nous sont finalement assez peu connus. On avait ainsi parlé de Hikaru no Go qui avait su au début des années 2000 mettre en avant de fort belle manière le jeu de go et au passage avait permis à ce jeu d’origine chinoise, très pratiqué dans l’archipel japonais, d’être découvert par une grande quantité d’Occidentaux. On peut également en dire autant de jeux comme le shogi ou le mah-jong, qui reviennent régulièrement dans grand nombre d’œuvres. Mais même au Japon, il y a des jeux et sports si traditionnels qu’ils sont méconnus ou jugés ringards par une grande partie de l’opinion publique. C’est le cas par exemple du karuta. Vous ne savez pas ce que c’est ? Ça tombe bien : aujourd’hui, on va parler de Chihayafuru, animé centré sur ce sport traditionnel mais très particulier…

 

Affiche officielle avec, de haut en bas, Arata, Taichi et Chihaya 

 

L’histoire de Chihayafuru prend place dans le Japon d’aujourd’hui. Une jeune fille japonaise ordinaire nommée Chihaya Ayase vit sa vie entre ses cours et un soutien inconditionnel à sa sœur, mannequin qu’elle idolise. Mais un jour, avec ses deux amis d’enfance Taichi et Arata, elle découvre un sport étrange nommé le karuta et s’en passionne éperdument. Au point que quelques années plus tard, lorsqu’elle entre au lycée, elle décide de fonder son propre club de karuta avec Taichi pendant que, de son côté à cause d'un déménagement, Arata continue ses ambitions de devenir le Meijin du Japon, c’est-à-dire le meilleur joueur masculin du pays.

 

Commence alors pour ces lycéens la difficile tâche de monter en rang, de gagner des matchs et, surtout, de trouver d’autres membres pour leur club. Car difficile au 21e siècle de trouver des volontaires compétents pour ce jeu !

 

Qu’est-ce que le karuta, du coup ? C’est un jeu qui se base sur le Hyakunin Isshu (De cent poètes un poème en VF), un recueil de poèmes qui compile cent poèmes, tous écrits par cent poètes différents, beaucoup d’entre eux étant issu de l’âge d’or de la poésie japonaise – situé entre 750 et 1100 de notre ère. À partir de là, le jeu voit deux personnes s’opposer en face à face : des cartes avec la totalité des poèmes sont disposées devant eux, un orateur cite le début d’un poème et les joueurs doivent récupérer le plus rapidement possible la carte qui conclut. Le gagnant est celui qui récupère le plus de cartes.

 

Comme ça

 

C’est un jeu qui a une longue histoire au Japon, qui est pratiqué depuis le 17e siècle et existe sous différentes formes : on peut ainsi faire du karuta avec un peu tout et n’importe quoi (ça pouvait ainsi se faire avec des coquillages), mais le format utilisant ces cent poèmes particuliers est le plus pratiqué et le seul reconnu pour du jeu compétitif, au point qu’il dispose de son propre nom : l’uta-garuta. La compétition est d’ailleurs savamment organisée au Japon, avec un système de rang, qui voit un joueur débuter au rang E et va devoir remporter des matchs pour, au fur et à mesure, se classer de plus en plus haut, sachant que les places sont limitées et disputées. Le rang de Meijin/Queen étant le rang maximal, décerné à une seule personne !

 

Au Japon, ce jeu est vu comme plutôt désuet, comme une simple tradition de Nouvel An qui n’est même plus tant pratiquée que ça. C’est dans ce contexte-là qu’arrive donc Chihayafuru, qui est publié à part de 2007 dans le magazine Be Love, le premier magazine qui s’enorgueillit d’appartenir à ce genre assez spécifique qu’est le josei, les mangas pour jeunes femmes adultes. Et, effectivement, au départ on pourrait croire qu’on aura affaire à un simple manga sportif de plus, dont la seule particularité sera de parler d’un sport un peu inconnu ou mal considéré. Ce serait se tromper que de penser cela.

 

Discussions animées entre garçons

 

Après, entendons-nous bien : Chihayafuru reste un manga sportif, un très bon par ailleurs. Il prend bien le temps de nous initier au karuta et parvient à faire des étincelles dès qu’arrive le moment des matchs et autres tournois. C’est intense, parfois riche en rebondissements et plus les enjeux sont importants, plus les matchs vont nous tenir en haleine. Là-dessus, ça fonctionne très bien. Mais, à côté, Chihayafuru est aussi l’histoire de plusieurs personnages, qui vont trouver dans le karuta des choses aussi variées que des fiertés, des échappatoires ou bien des raisons de vivre.

 

Et c’est vraiment dans la constitution de son casting que Chihayafuru fait un sans-faute, avec de nombreux personnages, tous réussis. Que ce soit les héros, rapidement attachants mais non dénués de défauts – Ayase, par exemple, est vraiment très passionnée par le karuta, ce qui en fait une fille enthousiaste et motivante, mais qui parfois s’enferme dans sa vision et oublie de considérer les autres, ce qui peut créer des soucis dans les matchs qui se jouent justement par équipes. Les personnages plus secondaires ne sont pas en reste avec des figures aussi mémorables que Shinobu, la mystérieuse Queen excentrique et incompréhensible mais redoutable et sans pitié sur le terrain, ou bien les membres du club comme Kanade – qui rejoint le club non pas par passion pour le karuta, mais par passion pour tous les trucs japonais traditionnels, dont le karuta est un peu le sommet.

 

Quand vous jouez au karuta, n'oubliez pas de faire une pause d'un quart d'heure toutes les deux heures !

 

À côté, la série possède un ton assez léger, parfois très drôle – grâce à ses personnages tous très hauts en couleur –, mais ne se prive pas de moments très sérieux et très justes quand en vient la nécessité. On passe donc par toutes les émotions, le tout grâce à une écriture riche et subtile.

 

Du coup, si le manga original est très réussi – et disponible en France chez Pika –, d'autant plus qu'il dispose d’un style vraiment charmant, l’adaptation animée n’a pas non plus lésiné sur les moyens : sortie en automne 2011, c’est le studio Madhouse qui s’en occupe et qui, comme à sa grande habitude, sort le grand jeu avec un travail visuel léché et une mise en scène qui rend les matchs de karuta toujours plus intenses. Le succès fut au rendez-vous, au point qu’une seconde saison vit également le jour, humblement intitulée Chihayafuru 2. Ça a fini de populariser le manga d’origine, qui fut classé plusieurs fois ces dernières années dans les meilleures ventes. Pas mal pour un manga portant sur un sport un peu désuet !

 

L'effet WOW (en anglais dans le texte)

 

Donc voilà : ne vous arrêtez pas au fait que le sport ne vous dira rien, car les qualités de Chihayafuru sont suffisamment nombreuses pour contourner ce « problème ». Qui n’en est même pas un, finalement : le karuta reste un sport facile à comprendre et ses enjeux sont plutôt clairs, seuls les poèmes peuvent être difficile à retenir pour le spectateur occidental... et les personnages galèrent bien eux aussi à les retenir, donc le plaisir est partagé !

Une fois tout bien assimilé, on a affaire à un animé dont les matchs sont intenses, les personnages extrêmement plaisants à suivre et l'histoire très bien rythmée, avec de très bons rebondissements aussi bien sur le terrain qu'en dehors. En somme, il s'agit là d'un excellent animé de sport, qui non seulement est bien plus que ça, mais peut également parler à un très large public et vous permettra de découvrir, de la meilleure des manières, un pan jusqu'alors très secret des jeux traditionnels japonais !

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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