CHRONIQUE DU JEUDI : Neon Genesis Evangelion

Shin Seiki Evangelion – La chronique du jeudi #100

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Voici donc la centième chronique du jeudi. Cela fait depuis février 2014 que, chaque semaine, je vous emmène à la découverte d’un animé afin que, tous ensemble, nous puissions constater l’immense diversité et de la large histoire de l’animation japonaise. Mon principal objectif a été de vous montrer beaucoup de genres, d’époques et de styles différents, pour couvrir au final aussi bien les animés blockbusters disponibles internationalement que des animés réalisés par un staff très réduit qui n’est jamais sorti de l’archipel japonais.

 

Pour la centième, il fallait donc marquer le coup et le dédier à un animé proprement exceptionnel. Et le choix fut simple, même si peut-être assez prévisible : et si, enfin, nous parlions une bonne fois pour toutes de Neon Genesis Evangelion dans la chronique du jeudi ?


Asuka, Shinji et Rei, avec le EVA-01 en fond

 

Le scénario de Neon Genesis Evangelion se déroule en 2015, quinze ans après que la Terre fut frappée par une terrible catastrophe nommée le Second Impact. Catastrophée due à une mystérieuse explosion en Antarctique, qui va à la fois voir s’accélérer la fonte des glaces, mais également créer de très nombreux raz-de-marée qui vont rayer de la carte d’innombrables villes et sources de population. Après cette catastrophe, l’humanité a su se réorganiser, mais doit faire face à de nouvelles menaces nommées les Anges, des mystérieux géants aux pouvoirs variés qui semblent vouloir s’attaquer aux hommes tout autour du monde…

 

On suit la destinée de Shinji Ikari, un jeune garçon invité à rejoindre la ville de Tokyo-3 dans laquelle travaille son père, Gendo Ikari, qui officie en tant que grand chef de la NERV, le principal organisme de combat contre les Anges. Et pour combattre un Ange qui attaque alors la ville, il va être forcé de piloter un mystérieux robot conçu par la NERV : l’EVA-01. Son premier combat sera catastrophique et le verra perdre le contrôle, tant du robot que de son propre corps. Malgré sa victoire, c’est une quinzaine d’autres Anges qui menacent la planète. Shinji, un adolescent timide, peu confiant en lui et solitaire, va se retrouver contre son gré au centre de ces événements, qui cachent de nombreux secrets.

 

Et vont donc un peu l'embarrasser

 

Neon Genesis Evangelion pourrait donc sembler être, à première vue, une série de Super Robot comme les années 70 en ont plusieurs fois produit : un jeune héros innocent qui se retrouve nécessaire et qui va devoir piloter un gigantesque robot géant afin de protéger l’humanité. Sauf que le premier épisode met d’emblée le ton que va avoir la série : ici rien n’est facile et piloter un robot géant c’est tout sauf super génial. L’EVA-01 est même plus proche d’une bête hideuse que d’un robot, et demande à ses pilotes une concentration et un calme olympien sous peine de perdre le contrôle et de devenir une monstruosité.

 

La série va malgré tout se diriger rapidement vers un schéma assez classique de « Monster of the Week » : en règle générale, chaque épisode va se concentrer sur un nouvel Ange, chaque Ange étant radicalement différent du précédent, il va alors falloir pour la NERV réfléchir à une stratégie afin de défaire ce nouvel adversaire. Shinji ne sera d’ailleurs pas le seul pilote : il sera accompagné pour l’occasion d’autres adolescents dont les plus connues sont la très peu loquace Rei Ayanami et la caractérielle Asuka.

 

Asuka qui apparaît relativement tardivement dans la série

 

Mais, encore une fois, tout cela ne sera pas simple : la psychologie des jeunes pilotes – tous adolescents – sera au cœur de l’intrigue et, à de très nombreuses reprises, Shinji exprimera ses doutes voire son dégoût de ce qui se trame, quitte à parfois abandonner son poste. Les adolescents du récit sont certes encadrés par tout le staff adulte de la NERV, mais aucun d’entre eux ne semble vraiment un bon modèle et tous cachent leurs secrets, à commencer par le grand chef, Gendô Ikari, pour lequel la défaite des Anges a l’air d’être un objectif somme toute secondaire au service d'un plus large dessein…

 

Dire qu'Evangelion a surpris tout le monde l’année de sa sortie, 1995, est un euphémisme. Si des séries de Super Robot qui tournent mal ou qui deviennent très psychologiques n’est pas un concept novateur – ça avait déjà été expérimenté par des hommes comme Yoshiyuki Tomino dans Aura Battler Dunbine ou Zambot 3, déjà très sombres –, Evangelion sublime le modèle en proposant un vrai dynamisme, une véritable intrigue, une psychologie très travaillée, un important sens du symbolisme et des combats épiques contre les Anges, certains exigeants des plans extraordinairement ambitieux. On souffre avec les personnages, mais chaque victoire, souvent obtenue dans la douleur, est un soulagement pour le spectateur… qui se retrouvera dès l’épisode suivant à souffrir de nouveau avec les personnages. Une véritable montagne russe émotionnelle qui donne tout son sel à la série et rend rapidement son spectateur accro.

 

Shinji, lui, est un peu moins accro

 

Derrière la série, on retrouve le studio GAINAX. On en a beaucoup parlé, déjà, dans la chronique du jeudi, mais c’est toujours l’occasion d’en reparler. Fondé par des étudiants de Kyoto, c’est un studio d'authentiques passionnés qui trouvera principalement le succès via deux œuvres à la fin des années 80 : la série d’OAV SF Gunbuster puis une sortie commandée par la prestigieuse chaîne NHK qui demandera à GAINAX de créer une œuvre inspirée des ouvrages de Jules Vernes. Ce qui va aboutir à Nadia et le Secret de l’Eau Bleue. C’est le réalisateur Hideaki Anno, un des fondateurs du studio, qui va s’occuper de la série et, surprise totale, la série va être un cauchemar de production. Le chaos général de la production ajouté à la pression que la NHK va mettre au studio va faire que la série, malgré un excellent succès critique et public, va complètement faire exploser le mental d'Anno, qui à partir de là commencera une grosse dépression.

 

Si on en parle, ce n’est pas que pour l’anecdote : c’est aussi parce que Evangelion va être l’exutoire d’Anno. Et que les thèmes abordés dans la série vont venir de sa colère, de sa frustration et de sa dépression. La diffusion et la production de la série vont même continuer d’alimenter ces sentiments : la conception de la série va être, là aussi, assez difficile. Quand Evangelion se prépare, l’industrie de l’animation japonaise est alors en plein effondrement et on sent se profiler une traversée du désert pour le média après des années 80 glorieuses. Difficile alors de faire financer la série et la plupart des sponsors, souvenus obtenus difficilement, vont se retirer au fur et à mesure de la diffusion, se rendant compte de l’aspect sombre de la série. Ce que la fin de la série va parachever : les chaînes de télévision vont tout simplement exiger à Anno d'en refaire le dénouement. Ce qui explique la fin très… bizarre de la série.

 

Mais cette colère, elle restera jusqu’au film The End of Evangelion, la « vraie fin » de la série, diffusé au cinéma, et qui va être une des fins les plus noires et les plus sombres de l’histoire de la japanimation. Inutile de dire qu’après tout ça, Anno va aller mieux, au point de se tourner vers des œuvres plus légères comme… Entre Elle & Lui, l’adaptation d’un shojo manga romantique !

 

The End of Evangelion et sa très impressionnante scène de combat au début du film

 

Neon Genesis Evangelion aurait pu être mille fois un échec : ton sombre, nombreuses prises de risques, lâchée par ses sponsors et les chaînes de diffusion… mais l’impact sur le public a été trop ahurissant pour que la série échoue. Ça a même été tout l’inverse : dès les premiers épisodes, Evangelion a été un énorme carton. Est-ce parce qu'enfin, un animé parlait à toute une génération pas mal boudée jusque-là ? Grâce à la sincérité de la démarche ? Grâce à une excellente intrigue et d’excellents combats ? Dû à la fantastique bande originale composée par Shiro Sagisu ? Dû à la profondeur de l’univers et le symbolisme riche de la série ? Parce que c’était la bonne série au bon moment ?

Le succès d’Evangelion, des dizaines de raisons peuvent l’expliquer, mais en réponse à sa sortie et son succès, c’est tout un retour au premier plan de l’animation japonaise télévisée qui peut être remarqué, avec la mise en place de nombreux projets destinés à un public adulte. L'impact d'Evangelion n'est donc pas seulement sur le public, il l'a aussi été sur l'industrie dans son ensemble !

 

Gendô Ikari, personnage aussi mystérieux que charismatique

 

Vingt ans après, est-ce que la série a bien vieilli ? Oui. Son statut de grand classique fait que la série a bénéficié de quelques remasters, dont un récent remaster Blu-ray assez somptueux. Beaucoup de séries s'en sont inspirées pour son intrigue et son ton, mais, il faut le dire, aucune n’a jamais vraiment réussi à refaire aussi bien. À ce titre, Evangelion reste indémodable et peut être vu sans aucun souci : il ne fait pas son âge.

 

En fait, le seul vrai problème d’Evangelion, c’est qu’il faut passer outre son aura. Devenue une œuvre culte, la série dispose aujourd’hui d’un statut d’intouchable qui possède toujours une communauté de fans hardcores. Si ce n’est pas sans raison – la série est véritablement excellente –, aborder Evangelion en 2016 exige aussi de l’aborder avec sérénité et confiance, sans lui mettre la pression ou sans en attendre mille fois trop. Alors, contentez-vous juste de mettre le premier DVD du coffret dans votre lecteur, de vous poser dans votre siège, et de vous laisser emmener par cette œuvre qui n’a jamais déçu quiconque s’est laissé envoûter.

 

 

En petit bonus, je tiens encore une fois à adresser mes remerciements à tous les lecteurs de la chronique, aussi bien ceux qui suivent depuis le premier jour que ceux dont cette chronique sera la première. Et j’espère pouvoir continuer longtemps. La semaine prochaine, vous retrouverez le bilan de cette seconde année de chroniques !

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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