CHRONIQUE DU JEUDI : 2 ans de chroniques du jeudi !

Deuxième année des chroniques du jeudi – #101

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Deux ans nous séparent désormais de la première chronique du jeudi qui avait été dédiée, souvenez-vous, à Kare Kano. La semaine dernière était même l’occasion de fêter la centième chronique, ce qui avait été l’occasion de parler longuement de Neon Genesis Evangelion, une œuvre importante au sein de l’histoire de l’animation japonaise dans son ensemble.

 

Comme l’année dernière, avec l’article du premier anniversaire, cette chronique des deux ans va revenir sur la totalité des animés qui ont été évoqués entre février 2015 et aujourd’hui. L’occasion de reparler plus concisément de chacun d’entre eux qui, pour l’occasion, ont été séparés en plusieurs catégories. Des quarante-huit séries évoquées en un an, lesquelles sont les plus drôles, les plus intenses, les plus cultes, les plus joueuses ?

 

On est partis !

 

Le visage de Honoka est celui que j'ai quand je me rends compte de tout ce qui a été écrit en 2 ans

 

Les plus drôles

La comédie a toujours été un genre très mis en avant dans l’animation japonaise, qui n’a en Occident qu’un succès finalement assez limité, la faute à un choc des cultures assez radical sur la notion d’humour. Néanmoins, des œuvres comiques, nous en avons encore chroniqué quelques-unes cette année, à commencer par Amagi Brilliant Park, la série de Kyoto Animation centrée sur ce parc à thèmes magique au casting extrêmement déjanté, avec en héros ni plus ni moins qu’un hommage émouvant à Kanye West ! Très belle visuellement, la série avait su marquer par sa fraîcheur.

 

Du côté des shôjos humoristiques on avait évoqué Lovely Complex, adaptation d’un manga extrêmement drôle mais qui parvenait, outre son intrigue initiale extrêmement amusante, tournée autour d’un duo que tout oppose (une fille géante et un mec un peu petit), à nous faire aussi ressentir quelques émotions plus sérieuses par moments, ce qui est l’apanage des bonnes comédies. Même si parfois, certaines laissent complètement tomber l’émotion et ce n’est pas forcément un mal : c’est le cas de Teekyû, cette série courte sous LSD qui nous plonge dans le quotidien très très très débile de quatre apprenties joueuses de tennis. Limitée dans son budget et dans son staff — avec une personne qui s’occupe de la quasi-totalité des rôles clés —, la série compense par un rythme hystérique et une avalanche de vannes comme jamais on n’en a vu ailleurs.

 

Mais si on ne devait en garder qu’une parmi cette palette déjà très forte en exercices zygomatiques, ça serait sans doute l’autre bijou comique de Kyoto Animation, le très créatif Nichijô. Si d’apparence on pourrait croire avoir affaire à une énième adaptation de yonkoma comique, il suffit d’en voir quelques minutes pour se retrouver devant une œuvre remplie d’idées, de délires et qui crée son propre rythme. Parfois reposant, parfois hilarant, Nichijô reste une des plus belles comédies « pures » de ces dernières années !

 

 

Les plus musicaux

 

Quelques animés évoqués cette année avaient la musique dans leur ADN. À commencer par Love Live! , la branche animée de cette énorme franchise transmédia qui va connaître cette année sa seconde itération tandis que les fans de la première heure devront pleurer la fin définitive du groupe µ’s. Un animé sympathique, qui disposait de bonnes chansons et réussissait très bien l’exercice délicat de la seconde saison, plus drôle que la première et même, surprise totale, nous faisait lâcher quelques larmes une fois le temps de Snow halation venu.

 

On avait également chroniqué Macross Frontier, série télévisée conçue pour les vingt-cinq ans de la saga Macross, qui remettait au goût du jour la recette de l’œuvre originale : des robots géants, des triangles amoureux et, surtout, une excellente bande originale, avec des interprètes au top (Megumi Nakajima et May’n) et, surtout, le patronage de la monstrueuse compositrice Yoko Kanno, qui offre ici un travail exemplaire et une de ses toutes meilleures bandes originales. Est-ce que le futur Macross Delta disposera d’une aussi solide musique ? Réponse ce printemps !

 

Enfin, partons du côté de la musique classique avec le très émouvant Shigatsu wa Kimi no Uso, qu’on avait chroniqué la semaine de sa fin. L’histoire d’un jeune pianiste prodige, Arima, qui retrouve le goût de la musique grâce à une violoniste un peu excentrique nommée Kaori, qui va l’aider à dépasser ses traumatismes. Si la série s’est principalement fait remarquer pour sa grande émotion, avec une fin déchirante, il ne faut pas oublier son aspect musical très poussé, avec des scènes de concerts à couper le souffle. Le manga initial était déjà très bon, mais cette adaptation animée le transcende et le supplante sur tous les points, performance finalement assez rare.

 

 

Les plus girlo-magiques

 

Ce terme ne veut rien dire et je m’en excuse déjà. Blague à part, la chronique du jeudi a, cette année, beaucoup évoqué les magical girls, ces personnages emblématiques de la culture visuelle japonaise. Mais, de manière astucieuse, on a également réussi à en évoquer à chaque fois des visions différentes.

 

Par exemple, on a parlé de Futari wa Precure, première série Precure — qui arrive enfin dans contrées via Netflix et l’adaptation « occidentalisée » de Smile Precure — qui déjà à l’époque révolutionnait positivement les codes un peu figés du genre magical girl pour offrir une histoire simple, avec deux héroïnes charismatiques. Et si les héroïnes de Precure savent se battre avec leurs poings et leurs pieds, ça tombe bien : c’est aussi le cas de Punie, l’héroïne de la parodie délirante Dai-mahô Toge, où une princesse magical girl débarque dans le monde terrestre, fout le boxon, passe son temps à échapper à ses assassins et utilise des prises de catch particulièrement compliquées pour promouvoir les valeurs de l’amour et de l’amitié. Plutôt courte, la série ne paie pas de mine, mais part dans des délires tellement extravagants qu’elle reste aisément en tête.

 

En 2004, le studio Gainax s’essaie au genre des magical girls et, pour l’occasion, sort du placard une des figures les plus emblématiques du genre avec Re: Cutie Honey. Cette magical girl un peu particulière — le public visé est masculin — profite du coup de cette nouvelle adaptation en trois OAV pour se refaire une beauté, avec un style visuel très inspiré du cartoon et rempli de couleurs. Pour au final se terminer sur une ode à l’amour sous toutes ses formes. Une bonne surprise tout comme, dix ans plus tard, quand les héritiers du studio GAINAX — Trigger — vont décider de partir du côté d’Harry Potter pour nous proposer une version plus « internationale » de la magical girl avec Little Witch Academia. Comme Re: Cutie Honey, on retrouve un visuel très coloré, très cartoonesque, mais ici on parle à un public beaucoup plus large, qui s’étend des jeunes enfants de cinq-six ans jusqu’à leurs grands-parents. Riches et généreux, ces deux OAV sont des véritables bombes d’énergie et de sentiments positifs, qui vont vous laisser émerveillés et séduits !

 

De même, est-ce que Strike Witches est un animé de magical girls ? Il en reprend des codes mais, là aussi, difficile de le conseiller au public habituel du genre. C’est un animé qui traîne une réputation assez difficile à cause de son design qui est à la fois joli mais très riche en manque de goût, avec cette absence de pantalons qui est un peu bizarre. La première saison reste assez irrégulière, avec un début très poussif, mais parvient à offrir une excellente conclusion, qui justifie presque la peine qu’on s’est donnée à arriver jusque-là.

 

Mais, dans tous les cas, l’animé le plus emblématique qu’on a pu traiter sur la question cette année reste Cardcaptor Sakura. Une série qui, comme Precure le fera plus tard, saura redynamiser un genre tombé un peu en désuétude : celui de la magical girl solo ! Adaptation extrêmement réussie, qui ajoute sans bâcler une quantité ahurissante d’intrigue par rapport à son manga, cela reste encore aujourd’hui une des meilleures œuvres du genre, qui survit très bien au filtre de la nostalgie !

 

 

Les plus reposants

 

Parfois, on a juste envie de se poser et de regarder un animé pour se détendre au sens propre du terme et se réchauffer un peu le cœur. Tant pis si les œuvres en question sont inoffensives ou ne remettent pas en cause votre vision du monde et de la société : leur but est avant tout de vous mettre de bonne humeur.

 

C’est le cas par exemple de Working!!, série en trois saisons qui va vous raconter le quotidien un peu déjanté d’un restaurant familial et de ses employés un peu cinglés. Comédie qui fait sourire sans jamais nous faire pleurer des larmes d’hilarité, Working!! fonctionne bien si l’on recherche une œuvre amusante composée de personnages plutôt fun, qui sait prendre son temps pour raconter les choses. Un peu comme NieA_7, qui raconte la rencontre entre une alien et une étudiante pauvre comme Job, et leur quotidien dans cette colocation plutôt étrange. Si on retrouve une nouvelle fois un humour savamment dosé, c’est surtout l’univers accueillant et travaillé, le ton léger, le rythme posé et le design de Yoshitoshi ABe (Lain, Haibane Renmei) qui sont les principaux atouts de cette œuvre un peu hors-norme.

 

Mais le mètre étalon en matière de repos et de vision « réparatrice », c’est évidemment l’adaptation animée d’Aria. Avec près d’une cinquantaine d’épisodes, c’est la longue vie tranquille d’une apprentie gondolière dans une Venise reconstituée que nous allons suivre, doucement mais sûrement, tout en découvrant les secrets et les caractères colorés de la cité. Superbe visuellement, incroyablement humaniste dans son propos, voilà une œuvre qui se regarde au chaud, bien emmitouflé dans sa couette alors que dehors il pleut des seaux.

 

 

Les plus remplis de l’esprit shônen

 

Besoin de vous battre dans votre passion pour faire remporter les valeurs de l’amour, de l’effort, du travail et de l’amitié ? On en a un peu parlé aussi. Mais attention: c’est souvent loin d’être aussi simple !

 

« Loin d’être très simple » serait d’ailleurs une expression qui collerait parfaitement à l’adaptation animée d’Enfer et Paradis avec son univers très fouillis. Si le sublime style d’origine du manga original est un peu gâché, la série reste assez fun à voir, offrant quelques combats d’anthologie. Dans la même série, nous avions également parlé de Yakitate Ja-pan!!, ce shônen culinaire dédié… au pain. Au départ très sage, la série va rapidement partir dans un gigantesque délire général, assez enthousiasmant il faut bien l’avouer, qui va quitter tout réalisme pour à la place nous emporter dans une interminable montée en puissance délirante. Du pain qui emmène dans une autre dimension ? C’est possible, eh !

 

Assez méconnue en France, la franchise des Future GPX Cyber Formula a également été évoquée ici. Saga qui mélange Formule 1 et science-fiction, c’est un des rares animés dédié sérieusement à un sport mécanique qui, même s’il est inventé, s’inspire énormément des combats Prost/Senna de la F1 d’alors. Si vous aimez les courses automobiles, jetez-vous dessus !

 

La chronique précédente était d’ailleurs dédiée à un autre shônen, et pas n’importe lequel : l’excellent Soul Eater qui, non content de proposer un univers à l’inspiration américaine plutôt évidente, offre d’excellents personnages, quelques combats incroyables et un joli lot de rebondissements en à peine cinquante épisodes. Bien plus court qu’un Bleach, par exemple, dont le manga ne semble pas vraiment décidé à s’achever, quatre ans après la fin de sa plus sage adaptation animée, qui dépasse quand même allègrement les trois cents épisodes, avec les qualités et les défauts que ça entraîne, ces derniers étant ces fameux arcs fillers, inédits à l’animé, qui ne font guère l’unanimité chez les fans. Dommage quand on se souvient que l’arc Soul Society avait été adapté à la perfection par le studio Pierrot !

 

Mais parlons peu, parlons bien : difficile de parler de shônen sans parler de Fullmetal Alchemist et, plus précisément, de la première série de 2004. Très bien faite, elle est en plus la preuve qu’on peut faire un arc entier inédit à un animé sans pour autant produire quelque chose de discutable d’un point de vue qualitatif. Alors, même si Brotherhood est passé derrière, cette version vieille de douze ans désormais continue d’être particulièrement intéressante même aujourd’hui. Quant à l’œuvre qu’elle adapte, ça reste un des meilleurs mangas de ce début de siècle donc, eh, pas de surprises…

 

 

Les plus sexy

Mais l’animation japonaise, ce n’est pas que de l’analyse, des bastons, des amitiés et des longues interrogations sur la Grande Question de la Vie, de l’Univers et de Tout Le Reste : c’est aussi du bon gros fanservice des familles qui va faire pâlir de joie et d’envie les jeunes hommes et/ou les jeunes femmes de tous horizons.

 

Pour les jeunes femmes très très à fond dans des trips un peu masochistes, on a ainsi parlé de Diabolik Lovers, adaptation en douze épisodes d’un otome game bien meilleur que ce que cet animé un peu nanardesque peut laisser supposer. Mais bon, il y a de jolis vampires et une intrigue un peu tarabiscotée, donc considérons le contrat comme rempli. Du côté des jeunes hommes, c’est Love Hina qu’on a évoqué, qui peut être considéré comme l’un des précurseurs du genre « romance harem » qui aujourd’hui remplit nos plannings d’animés avec enthousiasme et vigueur. Comme Diabolik Lovers, l’animé était sans doute loin du niveau de l’œuvre originale, mais comme on a nos scènes dans des onsens, considérons le contrat comme rempli.

 

Pour retourner dans le monde du shônen, ce n’est pas une mais deux chroniques qui ont été dédiées à l’univers de To Love, la série érotique phare du Jump. On a tout d’abord longuement parlé de To Love Trouble, comédie légère et érotique, qui sans jamais casser trois pattes à un canard, arrive pleinement à assumer ce qu’elle est et à offrir tout ce qu’il est attendu de loin, sans vouloir jamais se prendre les pieds dans des ambitions mal placées. Puis nous avons ensuite parlé de la suite, To Love Darkness, qui là par contre tombe dans le piège d’essayer de se prendre au sérieux, n’y arrive pas vraiment, mais se fait pardonner en multipliant le fanservice par un nombre à deux chiffres. Heureusement que Momo est là, pour résumer !

 

Mais en matière de série sexy, la meilleure surprise restera sans doute B Gata H Kei, mieux connue sous son nom français Yamada, ma première fois, qui raconte l’histoire d’une lycéenne qui se donne pour objectif de coucher avec cent mecs pendant ses trois années d’étude au sein de cet établissement. Derrière ce pitch qui pourrait paraître vulgaire se cache une pure comédie, finalement plus hilarante qu’excitante, qui met ses personnages dans des situations parfois extravagantes pour notre plus grand plaisir. Le mélange parfait !

 

 

Les plus touchants

On a bien parlé de choses scandaleuses, maintenant on va pouvoir aller vers les véritables émotions pures. On aurait pu reparler dans cette section d’Aria ou Shigatsu wa Kimi no Uso mais ça ne serait pas drôle !

 

Ainsi on a évoqué assez succinctement Kobato, adaptation du manga de CLAMP qui va nous proposer de suivre une héroïne très charismatique qui va devoir soigner le cœur de son entourage afin de remplir une mystérieuse bouteille. Très reposante, la série va vous faire passer par toutes sortes d’émotions, pour peu que vous accrochiez à son rythme un peu irrégulier. Problème que connaît moins Inari, Konkon, Koi Iroha, histoire qui mélange plusieurs genres, avec une héroïne qui peut changer son corps à volonté et va devoir gérer sa vie amoureuse sous le regard d’une divinité solitaire. La série dispose de décors sublimes, qui rendent vraiment honneur à la ville de Kyoto, et propose simultanément de très jolies histoires d’amour, dont certaines dépassent les cadres traditionnels.

 

Mais, là encore, l’animé le plus touchant évoqué cette année sera sans doute un autre grand classique, en l'occurrence ici du monde du shôjo : Fruits Basket. Si l’adaptation est loin de couvrir l’intégralité du manga, elle reste bien menée et parvient à trouver un élan suffisant pour nous transporter dans l’univers de son héroïne tragique, Tohru, et de la famille Sohma, ses éléments troubles et sa malédiction terrible. Une série également bien aidée par sa très belle bande originale, qu’on doit à la regrettée Ritsuko Okazaki.

 

 

Les plus joueurs

 

Certains animés aiment bien tourner autour de jeux, certains plus mortels que d’autres. Et, là encore, dans cette catégorie large, on a évoqué pas mal d’animés aussi différents les uns que les autres.

 

Un jeu mortel pour devenir Dieu, où les règles sont simples : tuer les autres participants à l’aide de son téléphone, qui te permet de savoir le futur. C’est le pitch de Mirai Nikki, très efficace manga de Sakae Esuno qui connaîtra en 2011 une adaptation animée réussie, qui adapte l’œuvre d’origine dans son intégralité en en gardant ses qualités : un goût du rebondissement over-the-top, des personnages cinglés, une intensité totale. C’est pas forcément très intelligent, mais si vous cherchez un divertissement pur et dur, qui va vous tenir en haleine, c’est le bon choix. D’ailleurs, dans leur dernière œuvre, Platinum End, le duo Oba/Obata semble s’être un peu inspiré de Mirai Nikki et ça tombe bien : celui-ci s’inspirait déjà pas mal du désormais mythique Death Note, ce combat psychologique entre deux garçons que tout sépare, et qui se joue autour d’un cahier mortel qui tue tous ceux dont le nom est écrit à l’intérieur. Là aussi, on retrouve un vrai amour, du rebondissement qui tue, des plans inutilement compliqués et des personnages riches qui, encore une fois, laissent le spectateur toujours en attente : que va-t-il se passer au prochain épisode ? Comment ce héros moralement ambigu va-t-il contrer le coup du sort qu’on vient de lui infliger ? Quelle carte cachée a-t-il en main ? Addictif.

 

Jeux mortels, toujours : on a évoqué la seconde saison de Sword Art Online, astucieusement nommée Sword Art Online II. Ici, on reprend l’univers de la première saison, pour cette fois-ci proposer quelques expériences radicalement différentes de ce qu’on avait pu voir dans les arcs Aincrad et Fairy Dance : on quitte l’heroic fantasy pour un univers de flingues et d’action dans Phantom Bullet et on change carrément de héros, quittant Kirito pour Asuna dans l’arc Mother’s Rosario. Ces petites idées permettent d’éviter à la série de se répéter, ce qui est bienvenu, offrant à la série ce qui est sans doute son meilleur arc avec Mother’s Rosario. Phantom Bullet va, lui, avoir du mal à convaincre, mais, au moins, il y aura eu la volonté de faire quelque chose de différent, ce qui est à saluer.

 

Enfin, un jeu qui n’implique pas la mort de ses perdants : le karuta, jeu star de Chihayafuru, qui parle autant de ce jeu japonais quasi oublié que de l’évolution de ses personnages stars qui voient en ce sport traditionnel chacun une raison différente de trouver sens à sa vie. Une œuvre riche, excellemment bien écrite, qui offre nombre de matchs qui laissent le spectateur au bord de son siège, quand bien même celui-ci ne savait pas deux heures avant ce qu’était ce mystérieux karuta. Un immanquable. Bien moins sérieux, on a d’ailleurs No Game, No Life, qui voit un duo de deux hikkikomori ultra-intelligents débarquer dans un monde parallèle où tout est régi par les jeux de société. Aussi délirant que visuellement superbe, il n’y a que dans cette série qu’on trouvera des jeux d’échecs où les pièces peuvent se révolter, des pierres-papiers-ciseaux anormalement compliqués ou des shiritori qui finissent par déshabiller tous ses participants… quand ce n’est pas l’univers qui est menacé par cette partie ! Ça part dans tous les sens avec cette série et c’est ça qui est bon, dommage qu’il n’y ait pas vraiment de conclusion, la série se contentant de nous envoyer vers les light novels originaux, sans autre forme de procès.

 

Mais puisqu’on a commencé par un jeu mortel, terminons avec l’un des plus connus de toute la culture visuelle japonaise: la guerre du Graal. En 2014 on parlait de Fate/Stay Night, il est donc logique que nous évoquions un an plus tard l’excellent Fate/Zero. Initialement un light novel de Gen Urobuchi (Madoka Magica) se basant sur le très large univers créé par le studio Type-Moon, on retrouve ici sept Masters et leurs sept Servants — parmi lesquels le Roi Arthur, Alexandre le Grand, Gilgamesh ou même Barbe bleue — dans une guerre du Graal beaucoup plus adulte que celle montrée dans Fate/Stay Night, où les sales coups pleuvent, où personne n’éprouve la moindre pitié pour ses adversaires et où tout est permis. Sale et violent, ce conflit où tout peut se retourner n’importe quand est parfaitement mis en images par un studio ufotable qui ne se fixe aucune limite et offre une qualité visuelle incroyable pour une série télévisée. Si vous ne deviez regarder qu’un seul animé de survival game, ce sera sans nul doute celui-ci.

 

 

Les plus SF

 

La science-fiction a toujours joué un rôle important dans l’histoire de l’animation japonaise, et c’est donc logique que cela se retrouve durant cette année.

 

On est ainsi revenu sur un représentant du fier genre du Super Robot avec GaoGaiGar, série démesurée et foldingue qui voulait, dans les années 90, rendre hommage à l’esprit de séries comme Mazinger Z. On a également évoqué un mélange audacieux entre une science-fiction light et l’univers des superhéros à l’américaine avec Tiger & Bunny, qui, au-delà d’un système de sponsoring assez audacieux, proposait une très solide intrigue portée tout le long de ses vingt-quatre épisodes par un duo de héros charismatiques, le fameux Tiger du titre en premier.

 

Et puis il y a eu Neon Genesis Evangelion, évidemment. Œuvre ultra-importante dans l’histoire de l’animation japonaise, et non sans raison : intrigue dingue, personnages extrêmement bien développés, univers rempli de mystères, performances visuelles, déconstruction de nombreux codes et archétypes du genre mécha, idées par camions entiers. Vingt ans après, ça reste une œuvre fondatrice et si elle a su redynamiser l’industrie dans son intégralité, ce n’est pas la moindre de ses qualités.

 

Enfin, il fallait là aussi l’évoquer absolument un jour, et ce fut chose faite : Cowboy Bebop. Portée par une bande originale incroyable, cette série sans véritable intrigue, qui offre lors de chaque épisode une ambiance et des histoires toujours plus différentes, fout encore aujourd’hui une claque visuelle et émotionnelle que peu d’autres séries animées peuvent égaler. 3, 2, 1, Let’s jam ♪.


 

Les plus cultes

 

On a aussi sorti nos livres d’histoire cette année pour revenir sur certaines séries qui, pour certaines, comptent plus pour ce qu’elles représentent que pour ce qu’elles valent aujourd’hui en tant qu’œuvres.

 

On a ainsi parlé d’un animé véritablement à part, qui est diffusé sans interruption depuis la fin des années 60, qui dépasse allègrement son cinq millième épisode mais qui est totalement méconnu en Occident : Sazae-san. L’histoire de cette ménagère japonaise et de sa famille qui traverse les époques, recyclant au passage beaucoup de ses propres vannes d’une décennie à l’autre. Jamais distribuée en format physique, même au pays du soleil levant, c’est pour ainsi dire une véritable exclusivité japonaise qui, en outre, vise principalement un public qui est clairement membre du troisième âge. Peut-on regretter de ne pas la voir en Occident ? Pas vraiment… Mais c’est tout de même intéressant de la mentionner.

 

On a parlé de Macross Frontier ? Ça tombe bien, on a parlé de Macross également ! Série originale de 1982, qui s’inspire énormément de Gundam pour y apporter son propre univers, ses propres éléments et son amour de la musique. Là, par contre, on retrouve beaucoup de qualités à citer sur cette série qui, encore aujourd’hui, se laisse voir pour quiconque n’est pas allergique aux cellulos. On a également parlé de Lupin III, qui est aujourd’hui toujours en activité, et dispose d’un passé extraordinairement large et touffu, à l’image de l’afro de son héros. Vous ne savez pas quelle est la différence entre la veste rouge et la veste rose de Lupin ? Cet article devrait vous aider. Et vous saviez que les fondateurs de Ghibli ont travaillé dessus ? Idem, c’est dans l’article ! Et si c’est bien Lupin III ? Ça dépend de la série et de l’épisode mais, oui, en règle générale c’est pas trop mal !

 

Enfin, c’est cette année qu’on a évoqué l’arrière-grand-père de l’animation japonaise : Astro boy. Que dire ? Si la série n’est pas forcément facile à voir de nos jours, elle reste celle sans laquelle les animés ne seraient pas ce qu’ils sont aujourd’hui, tant Astro Boy, et son créateur Osamu Tezuka, ont tout créé par le biais de cette série… culte.

 

 

Les plus inclassables

 

Pour finir, la terrible solution de facilité : où mettre ces séries, si ce n’est une rubrique à part ? Bref, celles-ci ont du mal à rentrer dans des cases, et c’est tant mieux pour nous !

 

Tenez, par exemple, Joshiraku. Ça pourrait être mis dans les plus drôles, mais ce n’est pas qu’une simple comédie : c’est aussi le plus proche équivalent qu’on peut avoir des Guignols de l’Info tant l’humour et la dynamique de cette série, qui parle de cinq artistes spécialisées dans le rakugo, un art traditionnel théâtral japonais qui est grosso merdo le stand up du 19e siècle, repose sur des faits divers et sur l’actualité japonaise. Pluie de références nippo-japonaises, humour parfois incompréhensible si on ne connaît pas les scandales de la presse people locale, c’est une série quasi hors d’accès pour un Occidental. Mais les rares qui réussiront à passer la barrière culturelle y trouveront aussi une œuvre vraiment drôle, très audacieuse, loin d’être sage et polie.

 

Bakemonogatari, quant à elle, est assez proche du genre fantastique, mais s’amuse régulièrement à aller casser tous les codes du genre, à parfois disserter sur n’importe quel sujet qui passe dans l’esprit de l’auteur, le tout avec un style visuel made in SHAFT qui ne ressemble à rien d’autre de connu. On entre dans la série pour des histoires de malédictions et de vampires, on y reste pour les longs monologues sur des sujets aussi variés que « les imitations peuvent-elles être plus réelles que les originaux », « comment faire le deuil de l’être aimé, en couple avec quelqu’un d’autre » ou « elle a même pas dix ans, est-ce bien raisonnable ? ».

 

La Mélancolie d’Haruhi Suzumiya est plutôt SF/Fantastique mais comme la série change de genre à chaque épisode, c’est difficile de s’en rendre plutôt compte : un épisode va être un court-métrage de lycéens, un second va être une murder party dans un manoir isolé, un troisième va nous parler de baseball tandis que dans le quatrième, nos héros vont se rendre compte qu’ils sont bloqués dans une boucle temporelle. Cette variété, c’est la très grande qualité de Suzumiya Haruhi, ce qui lui a permis de sortir immédiatement du lot et d’être, autour de 2006, un sujet à sensations. Après un excellent film en 2011, plus de nouvelles de Suzumiya Haruhi dans l’animation japonaise, ce qui est là par contre le plus grand défaut de cette série, finalement.

 

Enfin, quand en 2013 on a vu revenir la mythique franchise Gatchaman, qui aurait pu croire que ça allait ressembler à ça ? Car finalement, si Gatchaman Crowds n’a plus de Gatchaman que le nom, c’est pour mieux nous raconter une histoire de science-fiction très colorée, très excentrique mais pourtant très ancrée dans notre réel, avec des thèmes comme la place des réseaux sociaux dans notre vie, le rôle des superhéros dans notre société actuelle ou même, dans sa seconde saison, les failles d’un système démocratique face à la pensée de masse. Si la série divise naturellement de par son design et le caractère de son héroïne, l’intrépide mais pas toujours simple à suivre Hajime, elle reste une œuvre complète, progressiste, loin d’être stupide et qui aborde des thèmes pas vraiment vus ailleurs. Une vraie réussite, en somme.

 

 

Et voilà, c’était le gros bilan annuel. En espérant que les chroniques vous plaisent : n’hésitez d’ailleurs jamais à commenter un article, tous les retours sont les bienvenus, que ce soit pour apporter des précisions, corriger l’auteur, donner votre avis sur la série ou demander des précisions !

 

Remerciements heureux et baveux à l’équipe qui œuvre dans l’ombre pour faire de ces chroniques un objet toujours plus lisible : l’équipe de correction de Crunchyroll.fr ! Je peux vous assurer qu’ils font un travail assez conséquent sur ces chroniques, il faut donc les applaudir chaleureusement.

 

On se retrouve donc la semaine prochaine pour la chronique no 102 afin de démarrer sur les chapeaux de roues cette troisième année de chroniques !

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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