CHRONIQUE DU JEUDI : Hunter × Hunter (2011)

Chronique du jeudi #102 – Hunter × Hunter

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Carrière intéressante que celle de Yoshihiro Togashi : mangaka ayant intégré l’industrie au milieu des années 80, il commencera sa carrière avec un prestigieux prix Tezuka qui lui permettra d’intégrer quasi immédiatement le prestigieux Weekly Shônen Jump, magazine alors à l’apogée de sa gloire, quand étaient publiées simultanément des séries comme Dragon Ball, Hokuto no Ken, Slam Dunk, Saint Seiya ou JoJo’s Bizarre Adventure. Après une première série intitulée Ten de Shôwaru Cupid, il va commencer à se faire connaître avec une série qui saura trouver un certain succès auprès des Japonais. Il s'agit de Yû Yû Hakusho, une série de combat qui connaîtra rapidement un très grand succès, surtout grâce à son adaptation animée, mais connaîtra une fin un peu abrupte, l’œuvre se terminant presque en plein élan. À partir de là, l’homme va connaître l’amour avec Naoko Takeuchi (créatrice de… Sailor Moon !), lancer une série SF très excentrique, Level E, et, en 1998, créer un nouveau gros hit : Hunter × Hunter. Pas mal de choses en une décennie, donc !

 

Si nous allons donc dédier cette chronique à Hunter × Hunter, il convient de préciser dès maintenant que nous allons nous concentrer uniquement sur la seconde adaptation animée, débutée en 2011. Pour une raison extrêmement simple : elle adapte les mêmes choses que la première adaptation animée, débutée en 1999, et le fait mieux. Et ici, pas de situation similaire à FullMetal Alchemist, où la première adaptation disposait de ses propres qualités : Hunter × Hunter 2011 rend Hunter × Hunter 2000 purement et simplement obsolète. Il n’y a, aujourd’hui, aucune véritable raison de la préférer.

 

Le pavé engagé étant derrière nous, on va pouvoir parler plus longuement de la série et revenir sur ce shônen très à part, qui aura connu une adaptation aussi inattendue que réussie.

 

Les héros de Hunter × Hunter, de gauche à droite : Kurapika, Gon, Kirua, Léolio

 

L’histoire de Hunter × Hunter débute sur une petite île. Un jeune garçon nommé Gon décide de la quitter pour essayer de retrouver son père quelque part dans le monde. Celui-ci est en effet un Hunter, un chasseur aventurier polyvalent qui fait le tour du continent pour remplir différentes missions. Pour retrouver ce parent disparu, Gon va donc décider d’aller passer le très difficile examen pour devenir Hunter. Au cours de l’examen, il fera la rencontre de trois autres personnages : Léolio, un apprenti médecin souhaitant devenir Hunter pour l’argent ; Kurapika, qui recherche les personnes ayant massacré son clan, et Kirua, un jeune garçon issu d’une longue lignée d’assassins. Ensemble, ils vont se retrouver à collaborer pour passer cet examen sans pitié, qui se déroule tous les trois ans, devenir Hunter et commencer à évoluer dans ce monde pour remplir leurs objectifs personnels…

 

Hunter × Hunter se présente donc, avec cette intrigue, comme un shônen de bagarre a priori classique. Le scénario va se découper en différents arcs narratifs, chacun apportant de nouveaux enjeux, de nouvelles menaces et de nouveaux développement pour nos héros. La constance, évidemment, c’est que chaque combat sera plus ardu que le précédent et que nos héros vont devoir être en perpétuelle évolution pour améliorer leurs compétences et faire face à des ennemis de plus en plus redoutables. Jusque-là, c’est une musique qu’on connaît bien.

 

La phase d'entraînement rituelle est au programme avec, en bonus, un type qui a une grosse casquette

 

Mais dans Hunter × Hunter, les compétences seules suffisent rarement : si un système de pouvoirs basés sur l’énergie vitale nommée le nen est au centre des combats, ce n’est pas qui a le plus « gros » qui l’emporte. En effet, chaque combattant utilise le nen d’une façon très personnelle, qui peut être classée dans cinq familles différentes. Il convient donc dès alors de savoir analyser le nen de l’ennemi, de comprendre ses possibilités et de mettre en place des répliques ou, à défaut, des manières d’échapper à ces pouvoirs. Là aussi, ce n’est pas forcément très original sur le papier, mais Hunter × Hunter peut aller très loin dans la variété de pouvoirs, et certains personnages disposent de coups assez uniques dans l’histoire du manga shônen, créant des combats réellement imprévisibles puisque, point important, les héros eux-mêmes ne sont jamais protégés de la défaite.

 

Personnages principaux très importants d’ailleurs puisque, on le remarque assez vite, chaque membre de ce quatuor montre vite des côtés parfois peu reluisants. Léolio est très cupide, Kirua est sociopathe, Kurapika se laisse très souvent aveugler par son désir de vengeance et même le gentil, pur et innocent Gon connaîtra au cours du récit des moments difficiles qui vont voir ses qualités héroïques devenir… moralement ambiguës. C’est un peu une constante dans cette série où il n’y a finalement parfois pas de ligne très claire entre le bien et le mal : si les héros sont du « bon côté de la ligne », leurs méthodes restent parfois douteuses et déconstruisent certains archétypes du shônen.


Ne vous laissez pas avoir par ce joli cœur : il va lancer une des plus puissantes attaques de l'animé 

 

En plus des héros, il y a comme dans chaque œuvre du genre une tripotée de personnages secondaires. Certains ont une place très importante comme Hisoka, clown psychopathe qu’on semble nous présenter au début comme le grand antagoniste de Hunter × Hunter mais qui va, là aussi, se révéler de plus en plus ambigu moralement au fur et à mesure de la série, échappant à toutes tentatives de le classer « dans une case ». Les adversaires que vont rencontrer les héros seront là aussi très variés, que ce soit via leurs designs, leurs pouvoirs ou leurs alignements moraux. Certains seront des crapules sans scrupules, d’autres des justiciers mal guidés quand ce ne seront pas des insectoïdes qui découvrent à peine une certaine forme d’humanité. Là aussi, on joue beaucoup avec les codes et les clichés, mais une chose est sûre: la mort peut frapper n’importe quand, et certains personnages vont le découvrir de manière parfois brutale.

 

Car sans parler de gore, Hunter × Hunter surprend aussi par une certaine forme de violence, très maîtrisée. Utilisée avec parcimonie et rareté, elle permet à certains affrontements ou certaines révélations de nous marquer, sans tomber dans le piège d’exagérer ou d'aller toujours plus loin. Cela a donc pour effet de crédibiliser cet univers, de nous faire prendre conscience de la dangerosité du métier des Hunters, sans pour autant nous en dégoûter. Au contraire : l’univers de Hunter × Hunter est très travaillé, très cohérent. Un peu inclassable, chaque nouveau lieu visité ne ressemble pas aux précédents : les marais inhospitaliers de l’examen des Hunters, l’univers simpliste du jeu Greed Island, le simili Las Vegas de l’arc de la Brigade Fantôme ou bien encore le pays dictatorial dans lequel se déroule l’arc des fourmis-chimères, qui est une copie carbone de la Corée du Nord, qui ne sera jamais citée…

 

La série va débuter sur l'océan

 

Comme on l’a expliqué plus haut, Hunter X Hunter a eu une première adaptation animée, d’octobre 1999 à mars 2001. Adaptation débutée très tôt – le manga existait depuis seulement un an et demi –, les épisodes vont donc adapter le manga à rythme très lent, et avec une production honnête sans être époustouflante. L’animé rattrapant logiquement le manga, il va donc être mis en pause, pour finalement revenir avec une série d’OAV dédiés à l’arc Greed Island. Après, c’est le désert… et l’animé n’est pas forcément en cause !

 

Car c’est un fait connu : la publication de Hunter × Hunter est, elle aussi, très… espacée. Yoshihiro Togashi est certes talentueux, mais il a aussi régulièrement été victime de problèmes réguliers de santé. Gérant assez mal le stress et la pression, il se retrouve à cause de ça souvent malade et épuisé. Ce problème le minait déjà à l’époque de Yû Yû Hakusho, mais explose durant Hunter × Hunter, avec des pauses au départ d’une semaine tous les mois, puis d’un mois tous les trimestres, puis d’un trimestre toutes les années, puis, finalement, au rythme qu’on connaît aujourd’hui, avec dix chapitres publiés tous les deux ans. Et il faut rajouter qu’en plus de ça, Togashi est aussi un vrai petit rebelle qui échappe parfois au contrôle de sa direction : ayant déjà terminé Yû Yû Hakusho contre l’avis de ses éditeurs, il n’est pas inconcevable qu’il fasse tourner la direction du Shônen Jump un peu en bourrique volontairement…

 

Quand tu es enchaîné à ta série

 

Mais du coup, en 2011, une nouvelle adaptation animée pointe le bout de son nez. La première raison à cela est que l’arc des fourmis-chimères, publié dans le magazine Jump depuis 2004, touche alors à sa fin et les OAV de l’époque peuvent donc enfin disposer d’une suite complète. Mais sortir en 2011 une série qui fait suite directe à des épisodes de 2004 n’a pas forcément beaucoup de sens, d’autant que l’adaptation de l’époque a manqué de fidélité sur certains points. On décide alors de partir, tout simplement, sur un reboot. C’est donc tout le manga qui va être adapté pendant près de trois ans, au rythme d’un épisode par semaine, pour un total de 148 épisodes. Miracle : Togashi terminera pile à temps l’arc suivant, celui des élections, ce qui permettra à la série animée d’avoir une fin définitive et naturelle.

 

Car oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, le manga est toujours en cours. Cela dit, l’endroit où se termine Hunter × Hunter 2011 est parfait, faisant office de fin cohérente et naturelle, laissant finalement assez peu de questions en suspens. On pourrait arrêter toute l’œuvre ici sans que ça pose trop de problèmes.

 

Messieurs-dames, votre futur clown psycho préféré : Hisoka

 

Et techniquement, qu’est-ce que cela vaut ? Eh bien, c’est très solide ! L’œuvre est ainsi confiée au prestigieux studio Madhouse qui va attribuer le bébé au réalisateur Hiroshi Kojima. Et l’adaptation va rapidement se retrouver attirante : adaptant avec une très grande fidélité les événements de mangas, elle ne sacrifie pas pour autant le rythme et malgré son nombre conséquent d’épisodes, ils ne sont pas bâclés ou de moins en moins bien produits au fur et à mesure que la série avance. C’est même l’inverse : certains combats de la dernière partie de l’animé sont parmi les mieux faits de toute la série ! L’exemple le plus probant est le combat entre Netero et le chef des fourmis-chimères, une merveille d’animation, de rythme et d’intensité, prend place sur deux épisodes sans jamais paraître trop long.

 

Après, il faut accepter de prendre le temps de regarder 148 épisodes : c’est du long terme, c’est le moins qu’on puisse dire ! Mais si vous y arrivez, n’hésitez pas une seconde : Hunter × Hunter est sans doute un des shônen les plus efficaces et les mieux écrits du Shônen Jump, et vous en sortirez sans doute plus que charmé !

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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