CHRONIQUE DU JEUDI : Nisekoi

La chronique du jeudi #104 – Nisekoi : mensonges, amours et yakuzas

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Au Japon comme dans le reste du monde, le genre de la comédie romantique reste très exploité. Rien que dans le cadre de la chronique du jeudi, c’est une dizaine de titres du genre qui aura été évoquée depuis février 2014. Certaines « romcom » connaissent un brillant succès, d’autres sont rapidement oubliées, mais chaque saison animée contient tout de même à chaque fois une demi-dizaine de séries représentantes du genre. Si la romcom fonctionne finalement plutôt bien au Japon, elle trouve en Occident une réception souvent bien plus tiède, et peine à toucher un public finalement très large.

 

La série dont on va parler aujourd’hui est très récente, mais est justement parvenue à se faire une petite place aussi bien au Japon qu’en France, sans doute grâce au fait qu’elle est issue de la machine de guerre du Shônen Jump. Cette série, c’est Nisekoi.


Les personnages principaux de Nisekoi, de gauche à droite avec Raku au centre :

Chitoge, Tsugumi, Marika, Kosaki (et le duo Ruri/Shû qui mate).

 

Le héros de Nisekoi est Raku, un lycéen héritier d’un important clan de yakuzas qui souhaite avant tout une seule chose : poursuivre une vie tranquille et devenir un jour fonctionnaire, loin des bagarres de gangs. Il est en outre amoureux depuis longtemps d’une camarade de classe, la mignonne Kosaki Onodera, dont la famille gère une pâtisserie cotée. Et il ne sort jamais sans une clé autour du cou, clé qui appartiendrait à un cadenas, cadenas qui lui-même appartiendrait à une jeune fille qu’il a croisée durant son enfance et avec qui il a promis de se marier.

 

Bref, la vie est belle jusqu’à ce que débarque dans sa classe une nouvelle élève nommée Chitoge Kirisaki, fraîchement revenue d’Amérique, et d’emblée leurs relations deviennent très tendues. Raku va très vite découvrir le secret de la jeune fille : Chitoge est elle aussi héritière d’un clan mafieux, en l’occurrence celui des Bee Hive. Alors, quand les membres des deux gangs vont commencer à se chauffer, les deux chefs vont trouver une idée intéressante pour éviter la guerre : mettre Raku et Chitoge ensemble. Ils se détestent, mais pour éviter un conflit meurtrier, ils vont devoir faire semblant d’être en couple…

 

Et c’est pas tous les jours facile.

 

Attendez, l’équation n’est pas terminée. Chitoge et Kosaki possèdent toutes les deux un étrange cadenas. Une troisième prétendante, Marika, la fille du préfet de police, va faire son apparition. Enfin, la garde du corps de Chitoge compte bien mettre son grain de sel dans l’histoire. L’intrigue de la série promet donc d’être rock and roll pour le brave Raku !

 

Nisekoi se veut donc être une comédie romantique a priori assez classique : le héros va constituer autour de lui un « harem » de plusieurs prétendantes, et il va devoir sonder ses sentiments au cours de la série pour prendre conscience de celle qu’il aime. En attendant qu’il fasse son choix, de nombreux éléments vont troubler son quotidien, des malentendus vont se créer, des occasions de déclarer sa flamme vont être ratées, et chaque jeune fille essaiera de faire de son mieux pour être remarquée par le héros qui, comme le veut le genre, va louper pas mal d’indices.

 

Les personnages font régulièrement des tronches assez délirantes dans ce genre-là,

un bonheur pour les fans de gifs de têtes rigolotes.

 

Forcément, si l’intrigue de Nisekoi démarre sur les chapeaux de roues, avec de nombreuses révélations dans les premiers épisodes, le rythme va rapidement se détendre. La série va commencer à développer ses personnages et s’amuser à créer pas mal de gags et de situations exagérées et rocambolesques, dans lesquelles leurs caractères tous très exagérés – Chitoge la pure tsundere, Kosaki la fille super mignonne et maladroite, Marika qui est très très passionnée par Raku – vont faire des étincelles et, peut-être, faire avancer les relations entre elles et le héros.

 

Finalement, l’intrigue du cadenas va même progressivement s’effacer, laissant la place à une succession de petites histoires, certaines humoristiques, d’autres plus sérieuses. Le temps va s’écouler, nos élèves vont passer de seconde à première à terminale, et l’échéance finale va approcher… Même les petites tensions autour du faux couple formé par Chitoge et Raku vont s’estomper, les deux personnages commençant rapidement à trouver des terrains d’entente et devenant amis. Dans un sens, c’est un piège d’aborder Nisekoi pour son intrigue qui, certes, démarre très bien, mais n’est plus vraiment l’intérêt de l’œuvre passé un certain point.

 

Moult secrets plus tard.

 

Il n’est pas impensable que Nisekoi soit avant tout une lettre d’amour au genre, qui s’exprime en utilisant nombre de ses clichés et stéréotypes. Épisodes à la plage ? Il y a. Festival culturel ? OK. Festival sportif ? C’est dedans. La déclaration interrompue ? Évidemment ! La déclaration mal entendue ? Vous allez en reprendre trois ou quatre fois. Le copain pervers du héros ? Il est là. Les personnages féminins qui partagent tous un passé secret avec un héros qui a tout oublié ? On en remet pour la table 2.

 

Quand ces clichés sont utilisés, c’est souvent avec une exagération parfois très amusante, qui tourne presque à la parodie. L’héroïne demande au héros de l’embrasser ? Il n’a pas entendu, il s’est ENDORMI DEBOUT. Une héroïne se retrouve coincée seule dans un train avec le héros ? C’est parce qu’il y avait un OURS sur les rails. Le copain pervers du héros est un gros lourd pervers ? Il aime quelqu’un en secret et va se faire détruire le cœur sous vos yeux.

 

L’un des personnages féminins ne sait pas nager et le héros va lui apprendre ? CHECK.

 

Nisekoi n’est clairement pas original pour autant, ça c’est sûr, mais il fait preuve d’une véritable bienveillance à la fois pour ses personnages et pour le lecteur. Le fanservice est très limité : on en trouve un peu dans les premiers épisodes, mais il disparaît presque intégralement par la suite. Chaque personnage secondaire nommé connaîtra un ou plusieurs chapitres/épisodes à sa gloire, certains plutôt sérieux. En somme, c’est une série pas si mal pensée, qui a su trouver son rythme et son équilibre, préférant écrire des personnages et des situations plutôt qu’une véritable intrigue de fond.

 

Si le manga débute fin 2011 dans les pages du prestigieux Shônen Jump, peu de gens lui assuraient à l’époque un avenir certain. Seul le nom de l’auteur, Naoshi Komi, qui avait été remarqué par pas mal de fans après un très bon premier manga nommé Double Arts, permettait d’en attendre quoi que ce soit, vu le peu de réussite globale des romcom dans le Shônen Jump, dont le public préfère habituellement le sport et la bagarre. Bonheur, non seulement la sauce a pris, mais l’adaptation animée arrive finalement plutôt vite, début 2014, et l’annonce du studio responsable surprend alors pas mal de monde : c’est le studio SHAFT.

 

La preuve : il y a un SHAFT headtilt.

 

SHAFT, c’est ce studio à la patte visuelle et technique si particulière qui nous a amené Puella Magi Madoka Magica, Bakemonogatari ou Sayonara Monsieur Désespoir. Même si on leur doit Negima!? en 2006, les voir œuvrer sur un shônen romantique du Jump tout en gardant leur style caractéristique en aura étonné plus d’un.

 

La question la plus importante reste tout de même la suivante : est-ce que ça fonctionne ? Le bilan est mitigé : certaines scènes gagnent en dynamisme, en beauté, tandis que d’autres pâtissent d’un manque flagrant de travail et d’effort. Bref, ce n’est ni plus ni moins que le travail habituel du studio jusque-là, pour le meilleur et pour le pire. On notera néanmoins un léger relooking visuel entre la première et la seconde saison, principalement au niveau du chara-design, simplifié.

 

En effet, la première saison se conclut au bout de vingt épisodes, accompagnée de deux OAV qui s’amusent à adapter les rares chapitres un peu coquins du manga original, dont une fabuleuse histoire de bonbons à l’alcool qui ravira les fans de yukatas débraillés. La seconde saison, intitulée Nisekoi:, arrive quant à elle durant le printemps 2015. Elle met en avant dans sa promotion et son générique le personnage de Haru Onodera, la petite sœur de Kosaki, toujours prête à protéger la pureté de sa sœur chérie du très vilain Raku. De nouvelles situations se créent, le ton est toujours plus exagéré, et l’intrigue des cadenas continue de passer au second plan.

 

 

En somme, Nisekoi est une bonne comédie, avec des personnages très attachants, mais son fil rouge assez décevant ne joue pas en sa faveur : la série a hélas promis à son spectateur quelque chose qu’elle ne lui offre pas vraiment. Cependant, si on parvient à regarder au-delà de la déception, on y trouve une comédie pleine de bons sentiments, parvenant à trouver un équilibre entre parodie et hommage au genre de la romance et réussissant à nous offrir quelques passages plus sérieux. Il faut donc savoir ouvrir son cœur et pour aimer cette œuvre qui sait récompenser ceux qui prendront le temps de la voir pour ce qu’elle est vraiment et non pour ce qu’elle a promis.

 

Et c’est ça, le véritable amour, non ?

 

Amo pense que Kosaki est la meilleure, s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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