CHRONIQUE DU JEUDI : Red Eyes Sword

La chronique du jeudi #105 – Akame ga Kill

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Même si la série est aujourd’hui moquée pour son rythme irrégulier, difficile de nier l’impact que Berserk aura eu sur l’industrie du manga et de l’animation japonaise. Énorme succès populaire aussi bien au Japon qu’à l’international, l’œuvre de Kentaro Miura avait su reprendre à l’époque les codes de la fantasy à la japonaise popularisée par des œuvres comme Les Chroniques des Guerres de Lodoss pour les réécrire de façon sombre, aussi impitoyable pour les personnages que pour le lecteur. Derrière, une ribambelle de titres de dark fantasy, plaçant des personnages dans un monde horrible où l’espoir ne tient qu’à un mince fil, se sont introduits dans la brèche ouverte, qu’ils se nomment Bastard ou Claymore.

 

Parmi les héritiers les plus récents, on retrouve une série qui a su trouver le succès et qui sait proposer un univers sombre, qui connaîtra en 2014 une adaptation animée. Cette série, c’est Red Eyes Sword ou, selon son titre japonais, Akame ga Kill.


Le Night Raid, héros de cette histoire. Tatsumi est le personnage le plus à gauche.

 

Tatsumi est un jeune homme qui a le malheur de grandir dans un monde où la pauvreté et la famine règnent en maîtres. Las de voir son village mourir de faim, il décide avec deux de ses amis d’en partir pour se rendre à la grande capitale impériale afin de trouver de quoi rassasier ses pairs. Rapidement séparé de ses amis, il parvient tout de même à trouver son chemin et, une fois arrivé à la capitale, est pris sous l’aile d’un noble de la cité. Généreux et accueillant, le noble promet de trouver la nourriture nécessaire pour le village de Tatsumi, en plus de partir à la recherche de ses deux amis, qui ne donnent plus signe de vie. Mais très vite, le cauchemar va se mettre en place : des assassins vont venir éliminer la famille de ce noble, et pas par hasard puisque celui-ci se révélera être un menteur qui planifiait de torturer et assassiner Tatsumi, et savait déjà très bien où se trouvaient ses deux amis puisque notre héros retrouve le corps mutilé et sans vie de ses camarades dans le large abri de jardin du manoir.

 

Fou de rage, Tatsumi va alors rejoindre les assassins en question. Ceux-ci font partie d’une organisation nommée Night Raid, qui rend sa propre justice en assassinant les corrompus et les vendus qui rendent l’empire aujourd’hui si injuste et inhospitalier. Ce petit groupe d’assassins va alors accueillir le jeune homme qui va aller d’aventure en aventure et toujours plus découvrir l’aspect sombre de cet empire…

 

Night Raid pose

 

Night Raid est composé au départ de sept membres, auquel s’adjoint Tatsumi : on y trouve d’abord la leader, Najenda, une vétérane pragmatique qui était générale au sein de l’Empire avant de déserter ; Akame, un assassin extrêmement efficace et qui ne laisse que très peu paraître ses sentiments ; Bulat, un très expressif ancien officier de l’armée impériale, qui sait faire parler les muscles et servira de très efficace mentor à Tatsumi ; ou bien encore la fière Leone qui est une combattante extrêmement douée dans différents arts martiaux, et qui sait se montrer joueuse aussi bien avec ses alliés qu’avec ses ennemis.

 

C’est une présentation très rapide et limitée de ce petit groupe, très coloré, qui va nous servir de héros tout le long des vingt-quatre épisodes qui composent la série. Inutile de dire que des personnes vont rejoindre ce groupe au fil de l’aventure… et que d’autres n’y survivront pas. Car ne le cachons pas : Red Eyes Sword est une série qui ne fait preuve d’aucune pitié envers son casting, et personne ne semble vraiment à l’abri de la mort.

 

Holà, Tatsumi, pourquoi t'es allé dans cet abri de jardin pour voir ça ?

 

Car quand on disait plus tôt que Red Eyes Sword se déroulait dans un univers sombre, on ne rigolait pas. Ici, contrairement à un Berserk ou un Claymore, pas de démons vicelards et inhumains qui dévorent des humains comme vous dévorez du pain ; on retrouve plutôt un monde rongé par la criminalité. Votre ennemi, c’est l’autre : du bandit qui va vous égorger pour une maigre pièce d’or au noble véreux et sadique qui cache ses intentions sous un sourire verdoyant, en passant par les plus hauts sommets de l’État où semblent régner le vice et la débauche, la vie humaine n’a pas beaucoup de valeur dans ce monde. Préparez-vous donc à voir des meurtres, du sang, de la violence et des actes parfois affreux, souvent effectués par des méchants de troisième ou quatrième ordre.

 

Cette exagération de violence, elle va peut-être même parfois trop loin, au point de remettre en question la crédibilité de l’univers. Si visuellement la série parvient à trouver le bon équilibre en montrant des choses violentes sans verser dans le gore, il faut avouer qu’au bout du cinquième ou sixième meurtre/viol/dépeçage de figurants en cinq épisodes, on commence à être lassé et insensibilisé à ce qu’il s’y passe. La série doit alors monter à chaque fois un peu plus dans la barbarie pour essayer de nous impliquer dans la lutte des « gentils » de Night Raid contre les « méchants » psychopathes, souvent soutenus de près ou de loin par l’Empire. On se demande du coup alors à quel moment l’escalade de la violence va se stopper dans cette série : non pas par envie de l’auteur mais simplement parce qu’il aura atteint un niveau d’ignominie qu’il ne pourra plus dépasser.

 

Heureusement, y a de l'humour (pas toujours très fin)

 

Sans compter que même si ce sont les héros, les membres de Night Raid restent, dans leur ensemble, assez contrastés moralement. Certains ont de vraies envies de mettre fin à l’injustice ou de construire un monde meilleur, d’autres ont des opinions… assez radicales sur la place des plus faibles dans cette société. Sans compter leur obsession pour se faire justice par eux-mêmes, ce qui est au mieux ambigu mais reste assez simple à justifier compte tenu de l’univers très noir du récit. Mais le véritable souci est particulièrement au niveau du chara design de ce groupe qui est très coloré et fait moins assassin que troupe de fanfare dans un Carnaval. Assez peu inspiré, le design des personnages — à l’exception de celui d’Akame — ne reste pas vraiment en mémoire et frôle le ridicule dans certains contextes — comment prendre au sérieux un assassin qui veut s’infiltrer mais porte pour l’occasion une robe rose ?

 

Cela pourrait paraître comme du chipotage mais le manque de charisme global des héros explique en fait pourquoi la série décolle quand elle introduit, presque à mi-saison, un nouveau groupe d’ennemis… qui se révèlent très rapidement beaucoup plus attachants et mémorables que Night Raid ! Nommé le groupe des Jaegers et mené par la charismatique Esdeath, ce groupe va voir des personnages hauts en couleur s’allier pour faire face à la fois à nos héros… mais aussi à l’Empire dès que l’occasion se présentera ! En introduisant des personnages aux ambitions similaires aux héros mais qui se révèlent beaucoup moins hypocrites, Red Eyes Sword nous place dans une situation incongrue, où l’on se met à espérer voir les héros perdre pour voir ces antagonistes prendre leur place. Étrange.

 

Ils portent très bien le costume, faut dire

 

Si la série animée adapte un manga, celui-ci est, encore aujourd’hui, toujours en cours de parution, ce qui explique que très rapidement — à partir d’environ le quinzième épisode — les deux supports ne racontent plus la même histoire. Et pour l’occasion nous avons même le droit à une fin totalement complète et inédite, qui a le mérite de ne faire de cadeaux à absolument personne. Si l’adaptation possède quelques défauts de taille comme un visuel et une technique qui sont très loin d’être satisfaisants, il faut tout de même apprécier l’effort et le courage d’écrire — sous la supervision de l’auteur original du manga — une fin inédite et qui n’appelle aucune suite. Certes, cette conclusion a des défauts et offre quelques incohérences, mais au moins la série évite l’écueil de forcer les spectateurs à lire le manga pour savoir la suite. Et si le visuel n’est pas acceptable, la bande originale est elle d’extrême qualité, composée par Taku Iwasaki (Tengen Toppa Gurren Lagann, Jojo’s Bizarre Adventure, Read or Die) qui sort encore quelques titres excellents comme le thème d’Esdeath ou Kinpaku, le thème de combat d’Akame.

 

En soit, Red Eyes Sword est une série finalement assez moyenne, qui saura plaire avant tout à ceux qui recherchent un divertissement dans un univers sombre et cruel. Il a beaucoup été comparé, sur les réseaux sociaux, à Game of Thrones, mais cette comparaison est assez osée : certes, comme la série américaine, Red Eyes Sword n’hésite pas à tuer ses personnages et à montrer des actes terribles à l’écran mais l’adaptation libre du roman de Georges Martin mettait également l’emphase sur des intrigues politiques profondes, un univers cohérent et des personnages charismatiques. C’est un peu ça qui manque à Red Eyes Sword qui, au-delà des petits chocs qu’il nous procure, ne semble jamais vouloir aller plus loin qu’un divertissement bête et méchant. Un peu plus d’ambition et de soin aurait pu développer le potentiel de cette série et en faire un nouveau pilier de la dark fantasy japonaise, dommage.

 

FATALITY


Amo pense que Kosaki est la meilleure, s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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