CHRONIQUE DU JEUDI : GeGeGe No Kitaro

La chronique du jeudi #106 – Kitaro le repoussant

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

En ce qui concerne l’animation, les Japonais n’ont pas forcément les mêmes héros cultes que nous francophones, ne serait-ce que parce qu’ils baignent évidemment dans ces univers depuis bien plus longtemps. Oh, bien sûr, comme nous ils adorent Goku, Grendizer, Luffy ou Astroboy, mais ils ont aussi leurs héros qui sont très personnels car pas forcément aussi connus dans notre pays. Il y a environ un an on parlait ainsi de Sazae-san, série d’animation indéboulonnable qui raconte depuis la fin des années 60 l’histoire d’une mère de famille devenue aujourd’hui un pilier de la télévision japonaise, malgré tout ignorée chez nous car inexportable et, au-delà du symbole, cela reste une série pas forcément très intéressante même pour le passionné.

 

L’œuvre dont on va parler n’est pas forcément très comparable, car elle est un poil plus connue, principalement par les passionnés d’histoire du manga, mais elle n’a jamais rencontré chez nous un aussi grand succès populaire qu’au Japon. À la base, un manga qui sera ensuite adapté en une tripotée de séries, films et jeux vidéo, la chronique du jeudi va vous présenter aujourd’hui l’univers de GeGeGe no Kitaro, aussi connu sous le nom de Kitaro le repoussant.

 

Illustration officielle de la chaîne Animax pour l'adaptation 2008 de Gegege no Kitaro. Kitaro est le garçon à la mèche au centre de l'image.

 

Le héros de cette série, Kitaro, n’est pas un garçon vraiment comme les autres. Déjà, physiquement, il attire l’attention : il est petit et une grande mèche argentée vient lui cacher un œil. Si jamais vous pouviez voir ce qui est dessous, vous seriez horrifiés de voir que l’œil de Kitaro est non seulement indépendant et vivant, possédant un corps qui le rend capable de quitter l’orbite oculaire à volonté, mais qu’il parle et qu’il se présente comme étant le père de Kitaro. D’ailleurs, au-delà de ça, tout autour de ce garçon semble laisse planer le mystère: il dispose d'étranges pouvoirs et semble attirer autour de lui esprits et fantômes, des plus bienveillants aux plus sournois…

 

Car Kitaro est un yokai. Les yokais, ce sont ces esprits qui sont une partie importante du folklore japonais. Il en existe une quantité ahurissante, qui peuvent prendre des formes extrêmement variées et disposent de pouvoirs changeants selon la source de leur transformation et leur apparence physique. C’est l’équivalent japonais de nos fantômes, avec beaucoup plus de diversité et d’imagination !

 

Or, Kitaro n’est pas seulement yokai, il est aussi né au beau milieu d’un cimetière. Sa mère morte au moment de sa naissance — Kitaro a dû ramper lui-même hors de l’utérus de sa mère —, son père réduit à l’état d’un œil, il doit alors assumer la lourde tâche d’être le dernier représentant d’un clan yokai bien particulier, qui possède des origines humaines. Dès lors, Kitaro n’aura plus qu’un seul objectif : tâcher de veiller au bon déroulement des relations entre humains et yokais, afin que la paix règne entre ces deux espèces que tout oppose. Médiateur, certes, ce qui ne l’empêche toutefois pas de disposer de nombreux pouvoirs : électricité, cheveux qui se transforment en épée ou en antenne pour détecter des esprits, champs protecteurs…

 

Gegege no Kitaro (1968)

 

Dire que GeGeGe no Kitaro est une œuvre culte est un euphémisme, tant le manga original aura été important à l’enfance de toute la génération de baby-boomers nippons. Publié entre 1960 et 1969 dans le plus gros magazine de prépublication de mangas de l’époque, le Weekly Shonen Magazine de la Kodansha, l’œuvre s’est très vite imposée dans le cœur des jeunes lecteurs grâce à un ton qui sait parfaitement mélanger l’horrifique avec des aventures riches en enjeux et en découvertes. Car l’auteur original, Shigeru Mizuki, est un passionné de folklore japonais et inutile de dire qu’il ne se retient pas de piocher dans sa culture et sa très grande connaissance des yokais pour offrir au lecteur une très large palette de personnages hauts en couleur. Très vite, le lecteur en vient à se demander quel yokai sera la star du prochain chapitre, et ce qu’il arrivera à Kintaro.

 

Mais vous seriez surpris : même si le manga est une institution, l’œuvre reste courte, avec seulement une dizaine de tomes. Et si ce manga aura touché une génération large, c’est surtout avec les adaptations en animés qu’il va vraiment s’inscrire dans le cœur de tous les enfants japonais. Car, on va le voir, des adaptations animées, GeGeGe no Kitaro n’en manque pas !

 

Un yokai en action (celui-ci se nomme Cyclone)

 

La première adaptation va arriver très rapidement, en 1968. Ce sera le alors jeune studio Toei Animation qui va s’en occuper, pour une durée pas négligeable : près de 65 épisodes ! Le succès sera au rendez-vous pour cette adaptation libre de l’œuvre de Shigeru Mizuki qui saura à l’époque émerveiller les jeunes auditeurs, principalement grâce à une chanson de générique particulièrement enivrante. Au niveau du staff, on retrouve quelques noms connus. Ainsi le réalisateur du dernier épisode de la série est un certain Isao Takahata ! Celui qui sera plus tard avec Hayao Miyazaki le cofondateur de Ghibli venait alors de rejoindre Toei Animation et se voyait ici confier un de ses premiers travaux de réalisateur.

 

Le succès de cette première saison amènera un résultât logique : la réalisation en 1971 d’une seconde saison qui ne sera, elle, composée « que » de 45 épisodes ! Au niveau du staff, on retrouve à nouveau Isao Takahata (sur l’épisode 5, par exemple) et le studio Toei Animation, qui fournit un travail similaire à la première saison, avec néanmoins un ajout de taille : la couleur !

 

Gegege no Kitaro 2 (1971)

 

Après ces deux adaptations et la fin du manga, Kitaro va alors devenir un héros culte, qui continuera de bénéficier longtemps d’une véritable renommée grâce à la réédition des tomes et la rediffusion des séries à la télévision. Cette popularité restant toujours forte et une nouvelle génération de jeunes spectateurs se retrouvant devant les écrans japonais, une nouvelle série va alors voir le jour en 1985, près de treize ans après la seconde série. On y retrouve sans surprises le casting des séries originales, avec des designs parfois modernisés pour mieux les adapter à l’ambiance des années 80. Le ton est également un peu plus léger, avec un personnage de Kitaro toujours plus gentil et généreux, moins apathique que pouvait l’être son itération des années 60. Encore une fois, une nouvelle ribambelle d’enfants découvrent l’univers très particulier de la série et s’amusent à se faire peur avec ces yokais et ce héros à l’œil spécial !

 

On retrouve une nouvelle fois la Toei à la tête du projet, qui durera au final près de 115 épisodes. La série est d’abord confiée au réalisateur Osamu Kasai, qui va quitter le bateau quelques épisodes avant la fin pour aller partir diriger des épisodes de Dragon Ball. Il sera remplacé pour les six derniers épisodes par Hiroki Shibata, futur réalisateur de la série Digimon et de différents épisodes de Sailor Moon.

 

Gegege no Kitaro 3 (1985)

 

À partir de là, Kitaro va également devenu une star… des jeux vidéo ! Que ce soit sur Famicom (NES), Super Famicom (SNES) ou NEC PC-Engine, une quantité plus qu’honorable de jeux à sa gloire, certains de très bonne qualité, vont sortir sur le marché, prouvant une nouvelle fois l’énorme popularité du personnage et les nombreuses possibilités que permettent l’univers très coloré de l’œuvre. Dans le même temps, Shigeru Mizuki sortira un Dictionnaire des Yokai, qui approfondira toujours plus son amour de ces légendes. Enfin, en plus de la série sera produit un film animé, nommé Gegege no Kitaro: Yokai Daisenso.

 

Et, très logiquement, les années 90 arrivent et, avec cette décennie, une nouvelle série ! Cette quatrième série Gegege no Kitaro continue avec les mêmes bases : on est toujours sur du très long cours, avec près de 114 épisodes, et c’est toujours aux mains de la Toei qui met comme réalisateur un certain Daisuke Nishio. Vous ne connaissez peut-être pas ce nom mais vous connaissez forcément ce qu’il a réalisé, l’homme étant à la tête de certaines des adaptations les plus mythiques du studio : il sera plus tard le réalisateur de Futari wa Precure et, surtout, a supervisé la réalisation de Dragon Ball et Dragon Ball Z. Bref, un homme qui a de la bouteille et qui n’a pas peur des longs projets qui adaptent des œuvres cultes !

 

Gegege no Kitaro 4 (1995)

 

Pas grand-chose de plus à dire : la série continue de moderniser visuellement l’univers de Kitaro et ses amis, et sera accompagné de films, OAV et jeux vidéo sur PlayStation. Toujours un succès et toujours accueilli de manière très chaleureuse par les jeunes spectateurs de l’époque… et leurs parents qui eux aussi regardaient Kitaro à leur âge !

 

Sans surprise, les années 2000 auront aussi leur dose de Kitaro. Mais ce sera plus particulier, cette fois ! S’il y aura en 2007 une adaptation classique par la Toei d’exactement cent épisodes qui modernisera toujours plus le design des personnages et l’esprit de la série, il y aura également une seconde adaptation en 2008 qui ne va pas s’appeler Gegege no Kitaro mais… Hakaba Kitaro. D’une durée de seulement onze épisodes, cette série va tâcher d’adapter le plus fidèlement possible l’esprit original du manga des années 60. On en revient donc à un univers plus sombre, un héros moins sympathique et des morales parfois assez dures, le tout étant destiné aux anciens jeunes spectateurs devenus cinquantenaires nostalgiques.

 

Hakaba Kitaro (2008)

 

Depuis, on a pas eu de nouvelles de Kitaro dans le monde de l’animation japonaise et la franchise est en période de repos, la dernière itération étant un film live en 2008. Entre-temps, une triste nouvelle nous a été transmise le 30 novembre 2015, jour de la mort du créateur original, Shigeru Mizuki. Néanmoins, sur une note plus positive, la série originale fêtera en 2018 ses cinquante années d’existence, alors on peut toujours espérer voir Kitaro faire son grand retour et réapparaître sur les écrans des jeunes enfants, qui seront toujours aussi enthousiastes à l’idée de retrouver leur héros borgne dans un univers qui laisse une grande place aux émotions, aux traditions et à l’imaginaire !

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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