CHRONIQUE DU JEUDI : Michiko to Hatchin

La chronique du jeudi #107 – Michiko & Hatchin

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Alors que tous les yeux seront tournés cet été du côté du Brésil pour les Jeux olympiques, il est temps de vous offrir une anecdote géographique qui va vous permettre de briller en société : ce pays est celui qui possède à l’heure actuelle le plus d’expatriés japonais, devant les États-Unis. Existant depuis le milieu du XIXe siècle, cette diaspora japonaise particulièrement importante comporte aujourd’hui près de 1,5 million de membres. Cela peut expliquer pourquoi aujourd’hui le pays possède une communauté de fans d’animés particulièrement importante, qui se développe de plus en plus vite.

 

Du coup, quand un animé décide de prendre l’Amérique latine comme cadre, ce qui arrive déjà assez peu, c’est souvent sur le Brésil que les créateurs se calent. Et s’il y’a un bien un animé qui retranscrit parfaitement une ambiance latine et brésilienne, c’est bien celui dont on va parler aujourd’hui, Michiko to Hatchin.


Michiko et Hatchin, nos deux héroïnes

 

Hana est une jeune fille de neuf ans qui ne vit clairement pas une vie facile. Maltraitée et torturée par ses parents adoptifs, son existence misérable ne connaît jamais de repos. Un jour débarque une femme nommée Michiko, évadée d’une prison de très haute sécurité, réputée inviolable,  qui décide de prendre la jeune fille sous son aile et de l’embarquer dans ses aventures. Car Michiko, fugitive, parcourt le pays avec un seul objectif : retrouver l’amour de sa vie, Hirochi Morenos, qui pourrait d’ailleurs être le véritable père de Hana…

 

La série va donc se construire autour de ce fil rouge qu’est la quête pour le fameux Hirochi Morenos, mais va surtout voir les deux femmes tâcher d’échapper aux forces de l’ordre – souvent corrompues – dans une course-poursuite permanente. Les rares moments de repos, où elles se retrouvent dans des villes colorées, sont souvent peu enclins à leur offrir de quoi se relâcher, puisqu’elles vont souvent s’y confronter à de nouveaux problèmes, souvent à cause de la population locale et des gangsters qui y règnent. En outre, la relation entre les deux personnages est loin d’être toujours paisible, et certaines de leurs disputes vont causer des tensions voire, dans certains cas, des séparations temporaires.

 

 

 

Malgré le fait qu’elle a neuf ans et son tempérament mature, calme et poli, Hana, surnommée « Hatchin », sait se montrer forte tête et gagnera, sous l’influence de Michiko, une grande confiance en elle et un tempérament combatif qui n’offrira à ses adversaires aucune pitié s’ils font l’erreur de la sous-estimer. De son côté, Michiko est une femme qui sait ce qu’elle veut et qui ne compte reculer devant aucun obstacle pour mettre la main dessus. Très douée au combat, elle fait preuve d’une instinctivité hors normes. Au départ très têtue et égoïste, Michiko va adoucir son tempérament au fur et à mesure du temps passé avec Hatchin, ce qui lui permettra de prendre des décisions plus réfléchies qui la rendront toujours plus efficace.

 

En soit, l’intrigue de Michiko to Hatchin est plaisante à suivre, connaît de sympathiques rebondissements et a le mérite d’avoir un épisode final plutôt bien trouvé. On peut simplement reprocher une certaine facilité dans l’ensemble, puisque tout tourne souvent autour du même schéma : Michiko et Hatchin arrivent dans une nouvelle cité, ont des ennuis avec un policier corrompu ou un membre de la pègre locale, doivent régler ces problèmes, partent de la ville, arrivent dans une autre, ont des ennuis, etc. Ça peut être un peu décourageant par moments, tant on peine à ressentir des évolutions et des avancées dans la quête de ces deux femmes, mais l’animé comble ce défaut avec une excellente ambiance. Ce n’est ainsi pas forcément exagéré de dire que c’est une série visuellement très ensoleillée : les couleurs explosent de partout, la série est très animée et, cerise sur le cadeau, la bande originale est de qualité. Composée par le brésilien Alexandre Kassin et produite par Shin’ichiro Watanabe (Cowboy Bebop, Samurai Champloo, Kids on the Slope), la musique de la série est incroyablement réussie et offre un mélange réussi entre de la salsa, du psychédélique et du funk, chose jamais vue ailleurs dans l’animation japonaise.

 

 

Et tant qu’on cite des noms, glissons impérativement celui de la réalisatrice, Sayo Yamamoto. Une des rares femmes à occuper régulièrement le poste de réalisatrice au sein de l’animation japonaise, elle fait ici ses débuts à la réalisation d’une série, poste qu’elle reprendra en 2012 pour Lupin III : Une femme nommée Mine Fujiko. Avant cela, elle avait été remarquée à la fin de ses études en animation par Satoshi Kon, qui voulait l’engager pour travailler sur Millenium Actress, projet qui tombera à l’eau. Elle rejoindra malgré tout le studio Madhouse en 2001 pour œuvrer sur X 1999 avant de commencer à réaliser des épisodes de séries comme Texhnolyze, Ergo Proxy ou bien, là encore, Samurai Champloo. C’est à elle qu’on devra cette année un très attendu animé sur le patinage artistique, intitulé Yuri on Ice.


 

Michiko to Hatchin est surtout, ne le nions pas, un animé à univers. On ne sait jamais vraiment dans quel pays on est, vraisemblablement un univers fictif où tous les personnages ont des prénoms japonais accolés à des noms latins. Ce n’est pas rare de croiser des « Sasuke Rodriguez » ou des « Satoshi Batista ». Cet univers un peu cinglé mais très cohérent, qui est toujours extrêmement coloré tout en abordant parfois des thèmes très durs (la maltraitance, la vente d’enfants) et où les personnages ont des caractères très sanguins reste extrêmement plaisant du début à la fin de la série. Tant pis, alors, si l’intrigue peut se révéler parfois un peu faible et les personnages parfois très antipathiques, si vous souhaitez voyager alors Michiko to Hatchin vous offre cette possibilité à moindre coût, et c’est tout à son honneur.

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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