CHRONIQUE DU JEUDI : Monster Musume no Iru Nichijô

La chronique du jeudi #108 – Daily life with Monster Girls

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Nous sommes durant le printemps 2012 et un jeune artiste tout droit venu de Pixiv va se lancer dans l’exercice délicat de la création d’un manga. Cet artiste, comme beaucoup d’autres, s’est longtemps exercé et s’est fait connaître dans le milieu du hentai mais lui, contrairement à beaucoup d’autres, s’est passionné pour un fétichisme bien ciblé et va ainsi, via son talent et sa motivation, plaire à une niche bien particulière. Dès lors, quand il obtient la possibilité d’écrire pour le magazine seinen Monthly Comic Ryu, il va décider de rester dans un univers qu’il aime et adore, reprenant une œuvre hentai en l’adoucissant pour l’adapter à un magazine seinen. La série va alors trouver rapidement un certain succès, être publiée même aux États-Unis où elle va connaître un succès inattendu dans les charts et obtenir dans son pays natal une adaptation animée en 2015. Un destin enviable pour une œuvre qui pourtant, s’était enfermée dans une spécialité qu’on aurait pu croire réservée à un public très réduit..

 

Cette spécialité ? Les monster girls.

 

L’œuvre ? Monster Musume no Iru Nichijô.


Les héroïnes avec Mîa la lamia au centre, puis derrière de gauche à droite :

Centaurea la Centaure, Mero la Sirène, Rachnera l'Araignée, Sû la Slime et Papi la Harpie

 

Dans Monster Musume no Iru Nichijô, on suit les aventures de Kimihito Kurusu, un jeune homme japonais vivant dans une maison très large et spacieuse placée dans la banlieue d’une grande ville inconnue. Dans cet univers, les choses sont plutôt tranquilles même si, trois ans auparavant, le fait que le gouvernement a révélé au monde entier l’existence de monstres qu’on croyait jusqu’alors légendes a pas mal chamboulé les choses. Les monstres en question vivant loin des humains, peu de problèmes se posent finalement et mis à part la fin de certains mythes, le quotidien de Kimihito n’en est pas changé.

 

Sauf quand, un jour, débarque chez lui Mîa. Mîa est une lamia, une femme-serpent, qui souhaite découvrir le monde des humains et est donc envoyée en programme d’échange… chez Kimihito. Sauf que Kimihito n’a jamais été volontaire pour des opérations de ce genre ! L’administration japonaise ne souhaitant pas vraiment corriger l’erreur — un peu pour ne pas perdre la face mais surtout beaucoup par flemmardise —, Kimihito va se retrouver obligé de cohabiter avec cette lamia à la force surhumaine qui va rapidement tomber dingue amoureuse de lui. Et ses malheurs ne font que commencer puisque vont rapidement les rejoindre d’autres colocatrices dont une harpie, une centaure, une slime, une sirène ou bien, cerise sur le gâteau, une femme-araignée.

 

Survivra-t-il à ce harem monstrueux ? Il se pourrait bien que non seulement il y arrive, mais qu’en plus il commence à pas mal s’attacher à toutes ces nouvelles têtes !

 

Et risquer sa vie !

 

Monster Musume est avant tout une comédie érotique qui va partir de cette intrigue un poil absurde pour offrir à son spectateur une pelletée de scènes drôles qui va jouer sur ce décalage naturel entre humain et monstres… qui sont pas mal humanisés dans leur design, ce qui aide beaucoup à s’y identifier ! Ainsi chaque espèce possède son background, ses codes, sa manière de se comporter. Mîa étant une femme-serpent, elle possède aussi bien des attributs humains que serpentins : sa peau mue à intervalles réguliers, elle ne possède aucun sens du goût et possède un sang froid qui va la ralentir si jamais elle n’a pas assez chaud.

 

Mais si parfois on se base sur une certaine réalité biologique, d’autres fois certains attributs sont surtout là à but humoristique : la harpie ayant littéralement une cervelle d’oiseau, elle ne peut pas faire trois pas sans perdre totalement l’attention ou le souvenir de quelque chose, les centaures ont un esprit chevaleresque profondément inscrit dans leurs gènes ; quant aux sirènes, cette espèce semble vouer un culte total à la tragédie et posséder une addiction déstabilisante au... désespoir. Ces spécificités uniques à chaque espèce — et souvent développées en profondeur dans des bonus à la fin des épisodes — offrent une certaine variété à l’ensemble et on se retrouve souvent à se demander quelle nouvelle espèce on va rencontrer pour toujours plus s’amuser des capacités et compétences de celles-ci.

 

Quant à l’érotisme évoqué plus haut, il est évidemment rarement très subtil, vous vous en doutez, mais ne va jamais plus loin que de la nudité et des symbolismes parfois un peu gras. Assez lourdement censurée dans la version TV, la série ne va pas spécialement plus loin dans ses itérations Blu-ray, proposant juste la vision de glorieux tétons à ses spectateurs. Pas de quoi donc s’offrir des longues soirées de débauche mais il faut avouer qu’il y a un certain charme qui se dégage des situations, qui parviennent à être variées et à en offrir pour tous les goûts. La série étant de base construire avec l’érotisme et le fanservice en tête, on ne peut pas dire que ça nous déstabilise beaucoup car, après tout, on regarde aussi Monster Musume pour ça.

 

Exemple d'érotisme troublant : la mue des lamia

 

La vraie surprise de cette adaptation, finalement, c’est de constater à quel point elle semble avoir été réalisée avec sérieux et ambition. Habituellement, quand un manga érotique passe en format animé, c’est rarement un résultat très réussi, tant les studios ne semblent pas trouver la motivation et les possibilités de faire quelque chose de respectable. Comme si, là encore, la comédie érotique n’était pas un genre noble, qui ne mériterait pas autant de moyens que les autres. Car, après tout, l’érotisme ne fait appel qu’aux bas instincts, ce n’est ni intellectuel ni source de fierté. Mais ici, le studio Lerche offre un travail vraiment sérieux qui, sans être exceptionnel, rend tout à fait honneur au manga en trouvant un rythme bien mené et un visuel coloré, avec quelques moments particulièrement bien animés.

 

Alors oui, après, le contenu de Monster Musume n’est clairement pas très malin. C’est parfois un peu stupide mais l’animé ne le cache jamais vraiment et n’a jamais la prétention d’être plus qu’un divertissement un peu coquin. Et il faut tout de même, encore une fois, signaler la cohérence énorme de l’univers, qui semble vraiment être la marotte de l’auteur original, Okayado, qui pour chaque espèce paraît avoir écrit des tonnes et des tonnes d’anecdotes. La variété énorme de personnages et d’espèces qui apparaissent est tout à l’honneur de la série et permet à celle-ci de ne pas être qu’un ouvrage érotique de plus.

 

S'amuser avec les dullahans à moindres frais

 

En somme, l’animé Monster Musume est la preuve que même un ouvrage érotique niché mérite une adaptation sérieuse et bien pensée. Grâce au travail de Lerche on a ainsi affaire à une série qui se regarde facilement, qui est agréable à l’œil et qui ne fait jamais vraiment passer de mauvais moments à ceux qui parviennent à trouver l’ouverture d’esprit nécessaire pour s’y mettre. Les autres pourront mépriser autant qu’ils veulent une œuvre qui ne leur parlera pas, mais... n’est-ce pas pour ce type d’œuvres totalement what the fuck et qu’on n’aurait jamais vues ailleurs que l’on aime aussi l’animation japonaise ?

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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