CHRONIQUE DU JEUDI : Osomatsu-san

La chronique du jeudi #110 – Osomatsu-kun & Osomatsu-san

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Osomatsu-san est un des succès surprises de ce début d’année 2016. Qui aurait pu croire que cette comédie colorée mettant en scène un gang de sextuplés fainéants allait être une des meilleures ventes de l’année ? Au-delà de ses qualités concrètes et de son cast de doubleurs incroyables, c’est aussi une série qui peut se targuer d’avoir une importante histoire à son actif. Vous êtes perdus dans l’histoire de la franchise Osomatsu ? On va tout réviser aujourd’hui !

 

Les sextuplés Matsuno, dans Osomatsu-san

 

Osomatsu-kun (le manga)

 

Tout commence, donc, durant l’année 1962, sous le pinceau du mangaka Fujio Akatsuka qui imagine une histoire comique assez simple, centrée autour de la famille Matsuno, composée de six sextuplés qui sont tous identiques mais possèdent, déjà, un caractère changeant selon le membre de la famille. Osomatsu est ainsi l’aîné plutôt doué dans la bagarre, Choromatsu est le plus intelligent du groupe mais assez égoïste et Jyushimatsu est d’une extrême gentillesse, dont beaucoup de gens savent abuser. Les six frères sont tous amoureux de la même jeune fille, Totoko, et rencontrent au fur et à mesure de leurs histoires d’autres personnages comme Iyami, un mythomane aux métiers changeants qui proclame venir de France, Chibita, le rival des frères qui passe son temps à les malmener et les humilier, ou bien Dekapan, un personnage à la forte corpulence qui cache énormément de choses dans son… pantalon.

 

Un exemple de case du manga

 

La série est avant tout un gag manga assez classique mais qui trouve vite un succès non seulement populaire mais aussi critique puisque le manga sera décoré du Shogakukan Manga Award en 1964. Il faut dire également que Fujio Akatsuka n’est pas un petit auteur : en même temps qu’Osomatsu-kun, il est l’auteur d’un autre manga nommé Himitsu no Akko-chan (connu en France sous le nom de Caroline) qui va être ni plus ni moins la première œuvre mettant en scène une magical girl en héroïne ! Après Osomatsu-kun, sa popularité va exploser grâce à Tensai Bakabon, un autre gag manga mettant en scène une famille japonaise typique, avec d’abord comme héros un garçon turbulent, qui adore faire des farces, mais qui va peu à peu laisser sa place de héros à son père, qui lui est un travailleur japonais médiocre, peu intelligent et assez fainéant. Une telle description fait penser aux Simpsons, mais Tensai Bakabon a été créé près d’une vingtaine d’années avant et se déroule dans un monde bien moins réaliste... si l’on peut parler de réalisme dans les Simpsons, bien évidemment.

 

À noter que Fujio Akatsuka a été un des nombreux membres du Tokiwaso, un appartement japonais où se rencontraient de nombreux artistes des années 60 pour s’échanger des idées et travailler ensemble. Font ainsi partie de cette liste, entre autres, Osamu Tezuka (toujours lui), Shotaro Ishinomori (créateur de Sabu no Ichi et Kamen Rider) ou Fujiko Fujio (Doraemon).

 

Fujio Akatsuka à l'œuvre !

 

Osomatsu-kun (l’animé)

 

En 1963, Fujio Akatsuka, en compagnie de six autres auteurs, fonde un studio d’animation nommé Studio Zero. Comme Tezuka qui fonde un studio pour adapter sa propre œuvre — Astroboy, souvenez-vous —, c’est Osomatsu-kun qui va servir de première œuvre pour le studio, même s’il va falloir attendre 1966 pour voir débuter une diffusion concrète. Nommée elle aussi Osomatsu-kun, cette adaptation sera diffusée sur la chaîne MBS et va durer un peu plus d’un an, offrant au total près de soixante épisodes.

 

Notez que même si Fujio Akatsuka fait partie des fondateurs du studio, il ne sera pas impliqué dans la production de l’animé. Enfin, difficile de comparer cette version 1966 de Osomatsu-kun avec la version que l’on connaît aujourd’hui, tant les différences sont nombreuses, le caractère des sextuplés étant celui du manga original. Il faut noter que certains running gags de la série deviendront excessivement populaires au Japon, comme le fameux « Shéééé » du personnage d’Izumi, et la pose qui va avec. On peut dire, tous les cas, qu’Osomatsu-kun est sans doute un des premiers animés humoristiques à être diffusé, avec Obake no Q-Taro et Kaitou Pride, posant ainsi les bases des comédies animées des années suivantes : gags de situations, running gags et personnages souvent assez stupides mais corrigés par des personnages plus terre à terre. Précurseur, on vous dit !

 

Ça se finit souvent dans la douleur, mais ils l'ont bien cherché !

 

Osomatsu-kun (... le second animé)

 

Le manga prend fin en 1969, deux ans environ après la fin de l’animé. Mais la série ne va pas mourir pour autant et sera rediffusée dans de nombreux magazines pour enfants et adolescents dans le courant des années 70 puis 80, initiant continuellement de nouvelles générations à l’œuvre et aux personnages de la famille Matsuno. En parallèle, comme nous l’avons déjà dit, Fujio Akatsuka trouve une méga célébrité avec Tensai Bakabon. Il n’est alors pas surprenant qu’en 1988 une nouvelle série soit diffusée.

 

Celle-ci n’est ni plus ni moins qu’un remake de celle de 1966 : si, évidemment, on y trouve une grande quantité de gags inédits et l’amélioration technique et visuelle due aux évolutions technologiques (à commencer par la couleur), ça reste une adaptation de l’œuvre initiale, cette fois-ci par le studio Pierrot, studio fondé en 1979 et habitué alors des gros projets — Les Mystérieuses Cités d’Or, Creamy, Max et Compagnie rien que dans les années 80. En outre, ce n’est pas la première fois qu’ils reprennent un manga classique à leur sauce, puisque deux ans avant Osomatsu-kun ils ont adapté Anmitsuhime, un des premiers shojos mangas des années 50, qui met en scène de manière comique une princesse et sa cour assez déjantée.

 

5 secondes avant un bon vieux « Shé ! »

 

D’une durée de 80 épisodes, cette série va trouver un grand succès, qui ne sera cependant suivi de rien : ni nouveau manga, ni nouvelle série animée. Après 1990, le manga original ne sera plus publié nulle part en rediffusion, ce qui va l’empêcher de se créer un nouveau public. Enfin, en 2008 arrive le décès de Fujio Akatsuka, à cause d’une pneumonie précédée elle-même de quatre ans dans un état végétatif. Sa mort sera célébrée par de nombreux hommages tout autour du pays.

 

En 2015, il aurait ainsi eu 80 ans. Du coup, pour son anniversaire, un hommage lui est rendu via la production d’une nouvelle série Osomatsu...

 

Osomatsu-san

 

Disons-le dès maintenant : Osomatsu-san se base vaguement sur le manga original. Les caractères des sextuplés sont profondément modifiés, les personnages sont changés et la totalité des gags est écrite pour l’occasion. Si les personnages et leur univers sont finalement assez peu connus des jeunes générations, ce n’est plus un problème vu que l’animé va surtout parler aux plus vieux, à ceux qui ont connu Osomatsu quand ils étaient jeunes, qui ont grandi avec et qui aujourd’hui sont devenus des adultes à la recherche d’un humour moins… classique. Du coup, Osomatsu-san va leur parler en ne se donnant aucune limite ! Parfois vulgaires, parfois intelligentes, parfois référentielles, parfois visuelles, les blagues de la série sont d’une grande variété et débarquent à un rythme de mitrailleuse, laissant peu de repos au spectateur.

 

Il faut dire que le réalisateur de la série, Yoichi Fujita, est déjà un habitué de ce genre d’humour puisque c’est à lui que l’on doit l’intégralité de l’adaptation animée de Gintama, série particulièrement remarquée pour un humour extrêmement large, parfois très prompt à briser le quatrième mur et à jouer avec son spectateur, qualités partagées par l’adaptation du manga Binbougami ga qu’il réalise également en 2012. Il trouve dans Osomatsu-san un moyen d’aller encore plus loin, pouvant faire les rares blagues que les deux œuvres précédentes (issues d’œuvres de la Shueisha) ne lui permettaient pas de faire.

 

Les frères Osomatsu à la rescousse !

 

Au point d’en arriver à de grandes polémiques, comme ce fameux épisode 1 qui a été interdit et retiré de la circulation pour avoir brisé une quantité ahurissante de droits. Il faut dire qu’en deux minutes la série parodie aussi bien L’Attaque des Titans que Haikyû, Uta no Prince-sama, Dragon Ball, Bleach ou Yowamushi Pedal. La série connaîtra d’autres soucis plus tard, avec une parodie de SAW pas trop au goût des ayants droit, par exemple.

 

À côté de ces parodies, l’humour reste très coloré, chaque épisode est découpé en plusieurs histoires et tout va à un rythme assez délirant. Chaque sextuplé est reconnaissable grâce à un code couleur et des expressions du visage qui leur sont proches, et inutile de dire que les six personnages sont aussi des parfaits antihéros, dépourvus de toute morale. Ils n’hésitent jamais à se faire les pires crasses et parfois prennent des détours ahurissants juste pour pourrir la vie de leurs frères. Mais à la fin, ils se rabibochent toujours et tout est bien qui finit bien (sauf pour Karamatsu).

 

La série est en outre techniquement vraiment plaisante, avec une modernisation très efficace du style visuel que pouvait avoir la série en 1988, en ajoutant des couleurs très flashy et une animation plus que solide. Et, évidemment, difficile de ne pas mentionner le casting de la série, avec des voix japonaises connues et reconnues pour jouer les sextuplés, qui ici se lâchent et jouent à la perfection leurs rôles, ajoutant toujours plus à l’humour débridé de l’ensemble.

 

Ne donnez pas de câlins gratuits à cet homme, il ne les mérite pas

 

Si la série ne dispose au final « que » de 26 épisodes, une suite ne serait pas surprenante et on peut imaginer Osomatsu-san devenir une des nouvelles franchises comiques phares de l’animation japonaise des années 2010. Comme quoi, c’est parfois effectivement dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, et ici elle a même un petit goût de champignon hallucinogène… qui n’est pas forcément déplaisant !

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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