CHRONIQUE DU JEUDI : La Rose de Versailles

La chronique du jeudi #111 – Versailles no bara, Lady Oscar

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Après avoir fait un voyage dans le temps la semaine dernière avec une rétrospective dédiée à Osomatsu Matsuno et à ses frères, gardons la machine temporelle allumée et dirigeons-nous vers les années 70. Et cette fois-ci, on va rendre hommage à une série pas inconnue du public français, adaptation d’un manga pilier du shôjo manga, dont les codes sont toujours aujourd’hui régulièrement vénérés (ou parfois parodiés). Si on vous parle d’une histoire de romance impossible au sein de la cour du roi du France à l’heure où la Révolution risque de poindre à tout moment, vous avez sans doute un flash dans le fond de votre mémoire. Et si ce n’est pas le cas, pas de panique, car aujourd’hui la chronique du jeudi va revenir sur Versailles no Bara aka La rose de Versailles aka Lady Oscar.


Illustration officielle montrant Marie-Antoinette et Oscar, les deux héroïnes de la série

 

Nous sommes en décembre 1755 et le général François Augustin Regnier de Jarjayes voit naître son sixième enfant mais, à sa grande stupéfaction, c’est aussi sa sixième fille ! Il est évidemment désespéré parce qu’en tant que commandant de la prestigieuse garde royale, il recherche tant bien que mal un héritier pour reprendre son poste si jamais il devait lui arriver quoi que ce soit. Alors tant pis : cette fille qui vient de naître, il va la nommer Oscar, la considérer comme un homme et comme son héritier légitime ! Ainsi élevée pour devenir membre de la garde royale, Oscar va rapidement grimper les échelons et montrera de prodigieux talents dès ses 14 ans, au point de très rapidement se retrouver chargée de la protection de la reine dauphine, la bien connue Marie-Antoinette d’Autriche, femme du futur Louis XVI.

 

Évidemment, tout va rapidement se compliquer, le temps va passer, de dauphine Marie-Antoinette deviendra reine et en dehors des événements politiques troubles qui attendent la France de la fin du XVIIIe siècle, des sentiments confus vont commencer à poindre entre Oscar et André Grandier, son servant et confident depuis l’enfance… Mais ce n’est pas tout car Oscar va s’amouracher de Fersen, un aristocrate suédois qui lui n’a d’yeux que pour Marie-Antoinette… qui l’aime également mais est mariée au roi de France, Louis XVI !

 

Dès son intrigue, La Rose de Versailles montre une très grande profondeur, mélangeant plusieurs genres sans la moindre honte. À ces histoires de cœur tarabiscotées, composant un carré amoureux où chaque angle interagit l’un avec l’autre, se rajoute tout une épaisse couche historique qui, si elle n’est pas non plus exacte historiquement, sait faire preuve de crédibilité et utilise de manière réussie le contexte politique de la France prérévolutionnaire. De nombreux personnages de la série sont ainsi inspirés de réelles personnalités de l’époque : si bien évidemment Marie-Antoinette tire son caractère et son physique de la reine de l’époque, c’est aussi le cas de personnages historiquement moins notables, comme Axel de Fersen qui, dans la vie comme dans la série, est un noble particulièrement connu pour sa passion envers la reine. D’autres personnages comme Gabrielle de Polignac ou bien Marie-Rosalie Lamorlière, domestique la plus connue de Marie-Antoinette, sont eux aussi issus des livres d’histoire même si, évidemment, leurs caractères sont plus romanesques et exagérés pour l’occasion. Du coup, si La Rose de Versailles n’est pas forcément une source historique fiable, elle reste remarquable !

 

Le père d'Oscar ne rigole pas avec l'entraînement !

 

En outre, la situation politique de l’époque ne va pas échapper aux personnages, à commencer par Oscar, qui constatera de plus en plus au fur et à mesure de la série les abus et la débauche dont la noblesse fait preuve, tandis que le peuple de France meurt de faim et vit de nombreuses privations. On aurait pu croire qu’une série faisant de la garde du corps de Marie-Antoinette une héroïne aurait été en faveur de la noblesse ou aurait passé au silence l’injustice sociale de l’époque mais La Rose de Versailles évite de tomber dans ce piège et veut montrer une vision objective, sans manichéisme, de la situation de l’époque. Les abus des nobles ne sont pas camouflés, la colère du peuple à la fin de la série devient dès lors justifiée et ce sera un déchirement pour Oscar, qui sera tiraillée entre faire ce qui est juste et conserver sa loyauté envers son amie Marie-Antoinette.

 

En somme, on ne rigolait pas quand on parlait d’une œuvre profonde un peu plus tôt. Et le plus appréciable est que jamais la série ne se perd et qu’elle parvient à rester cohérente et fluide malgré la grande quantité de sujets traités. À certains moments, la série saura même se montrer cruelle pour ses personnages : le destin de la jeune Charlotte pourrait émouvoir même le plus froid des bandits au cœur glacé !

 

Marie-Antoinette heureuse et innocente (ça ne va pas durer toute la série)

 

La Rose de Versailles naît donc en 1972, comme un manga en dix volumes dessiné et scénarisé par Riyoko Ikeda. Manga qui sera rapidement un énorme carton et va profondément modifier la manière dont le alors très jeune genre du shôjo manga va se mettre à raconter des histoires au cours de la décennie qui suit. Elle va ainsi populariser l’introduction d’éléments historiques dans des histoires de romance mais aussi l’archétype de l’héroïne obligée de se travestir pour être considérée comme l’égal des hommes, quelque chose qu’elle n’a pas forcément créé (on pense à Princesse Saphir d’Osamu Tezuka) mais qui va être démocratisé par la suite : Utena, Sailor Moon ou même Persona 4 s'en inspireront pour certains de leurs personnages.

 

L’animé sortira cinq ans après la fin du manga, à partir de 1979. Il va durer 40 épisodes, adaptera l’ensemble du manga et va connaître un véritable succès international, particulièrement en France où il sera diffusé dès 1986 sur Antenne 2. La sortie de l’animé coïncidera au Japon avec une adaptation cinématographique… franco-japonaise ! Réalisé en 1979 par le Nantais Jacques Demy, émérite réalisateur des Demoiselles de Rochefort en 1967, le film connaîtra un succès nul en Europe mais réalisera d’excellents scores en Asie, ce qui va finir de populariser toujours plus l’œuvre originale.

 

À noter que la Révolution est bien plus développée dans l'animé que dans le manga original

 

Mais pour revenir à la série animée, on la doit au studio TMS et à un réalisateur prestigieux : Osamu Dezaki. Animateur à l’époque de Astro boy, l’homme a très vite évolué au poste de réalisateur et possède sur son CV une quantité ahurissante de séries cultes avec, entre autres, Ashita no Joe (1970), Rémi Sans Famille (1977) ou bien Cobra (1982) entre mille autres choses. Très talentueux et perfectionniste, Dezaki va tâcher d’offrir à La Rose de Versailles une adaptation fidèle, qui évite néanmoins le piège du copier/coller, modifiant un peu la narration pour la rendre plus dynamique. Visuellement, la série est également une réussite, conservant le style emblématique de Riyoko Ikeda qui se retrouve allié à une animation honorable. Si, évidemment, la série a aujourd’hui vieilli visuellement, elle reste loin d’être déshonorable.

 

La Rose de Versailles, la série animée, est donc la rencontre parfaite entre deux choses : un manga de Riyoko Ikeda profond, complet et passionnant avec le talent et le perfectionnisme d’Osamu Dezaki. Si jamais vous deviez vous plonger dans un seul animé des années 70, ce pourrait sans problèmes être celui-ci ! 

 

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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