CHRONIQUE DU JEUDI : Spice & Wolf

La chronique du jeudi #113 – Ôkami to Kôshinryô

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Quand on pense à un light novel, on pense souvent aux archétypes : de la fantasy, de la science-fiction, souvent l’histoire d’un adolescent titulaire de pouvoirs uniques qui, grâce à sa personnalité et sa débrouillardise, va pouvoir sauver le monde, souvent entouré d’un harem de personnages féminins attachants. Notez que cette description va finalement plus loin que l’archétype, devenant clairement une gênante généralisation, mais qu’une grande partie des adaptations actuelles de light novel semblent rester accrocher à un schéma assez similaire d’œuvre en œuvre. Certains le font mieux que d’autres, tandis que d’autres sortent tout simplement de ces schémas, ce qui les rend d’autant plus uniques dans cet univers. L’adaptation de light novel dont on va parler aujourd’hui ne manque pas de popularité, connaît le succès en France avec son édition papier et sait sortir des clichés qu’on attribue, à tort comme à raison, au support : on va discuter aujourd’hui de Spice & Wolf.

 

Lawrence et Horo, nos deux héros (illustration officielle)


L’histoire se déroule dans un monde médiéval qui semble malgré tout différent du nôtre. Dans cet univers vit Lawrence, un marchand itinérant qui, avec sa fière charrette, va de ville en ville afin de vendre différents biens pour des espèces sonnantes et trébuchantes. Cela fait sept ans qu’il pratique ce métier afin de gagner en expérience et en économies afin de réaliser son rêve : monter sa propre boutique permanente en ville. Après s’être arrêté dans la paisible bourgade de Pasloe, il retrouve dans son chariot une étrange femme : celle-ci se nomme Horo, possède d’étranges oreilles pointues ainsi qu’une queue touffue, deux éléments qu’on se serait attendu à retrouver chez un loup. Et ce n’est pas innocent puisque Horo est une divinité louve, qui sert de déesse de la fertilité à Pasloe mais qui souhaite voir le monde et voit en Lawrence l’occasion unique de voyager. Avec pour objectif celui de rejoindre sa terre d’origine, elle va donc faire un bout de chemin avec Lawrence, et essayer de l’aider dans sa quête de devenir un marchand prolifique.

 

Mais évidemment, si Horo va pas mal aider Lawrence grâce à sa sagesse et sa connaissance de la nature, la femme ne peut pas cacher ses attributs lupins (ses oreilles et sa queue) et doit donc tâcher de les camoufler en permanence afin de ne pas créer la panique en ville et, indirectement, attirer sur elle les foudres de l'Église locale, qui ne tolère guère les croyances païennes. L’aventure pourrait donc se révéler plus compliquée que prévu.

 

 

En réalité, ne vous laissez pas avoir par ce synopsis car de l’action dans Spice & Wolf, il n’y en aura pas tant que ça. Autant vous prévenir tout de suite : Spice & Wolf est une série au rythme assez lent, qui va vous demander une attention de tous les instants et qui, surtout, va tâcher de parler de manière importante d’économie. Et ça, c’est pas quelque chose qu’on voit tous les jours dans une série d’animation ! Donc dès les premiers épisodes, on nous expose de manière assez détaillée l’univers médiéval avec rapidement des notions d’économie qu’il appartient au spectateur d’assimiler. Mais ce ne sont pas des notions toujours simples à appréhender : on n’échappera pas à de longues scènes explicatives sur ce qui détermine la valeur d’une monnaie, par exemple.

 

Maintenant, rassurez-vous : si la série parle énormément d’économie médiévale, ce n’est pas le seul enjeu de la série et, en réalité, la relation grandissante entre Lawrence et Horo est le véritable thème principal de la série, et celui-ci est beaucoup plus universel. Les personnages vont ensemble traverser de nombreux obstacles, et l’origine animale de Horo va avoir son importance à des moments clés du récit, qui vont profondément changer l’intrigue et la situation de nos personnages. Il faut donc voir la série comme un grand road trip où vont se mélanger des éléments fantastiques, des stratégies économiques, des rencontres impromptues et l’évolution de la relation entre un homme et une divinité.

 

 

C’est cette variété et cette originalité qui font la grande force, au final, de Spice & Wolf. Et elles valent la peine d’essayer de s’accrocher à un aspect économique qui, encore une fois, n’est pas forcément toujours très simple à suivre pour des personnes n’ayant pas forcément de bases en la matière.

 

Si le light novel original a démarré en 2006 et s’est conclu après 17 volumes en juillet 2011, c’est en deux saisons que l’adaptation animée va se développer. La première saison, Spice & Wolf, débutant en janvier 2008 tandis que la seconde, nommée fort intelligemment Spice & Wolf II, sera diffusée un an et demi plus tard, en juillet 2009. Si les deux saisons ne partagent pas les mêmes studios (Imagin pour la première, Brain’s Bases pour la seconde), elles partagent le même réalisateur, Takao Takashi, un réalisateur au CV très varié puisqu’en dehors de Spice & Wolf on y retrouve aussi bien des œuvres érotiques comme Sora no Iro, Mizu no Iro ou Yosuga no Sora que des œuvres plus originales comme Maoyû Maô Yûsha ou Rokka no Yûsha. Bref, un homme qui n’a pas peur de se salir les mains. Mais détrompez-vous si vous espérez retrouver un peu du talent de l’homme pour l’érotisme dans Spice & Wolf car même si Horo se retrouve parfois nue — particulièrement dans sa fameuse scène d’introduction — il n’y a pas vraiment d’érotisme dans cette série, même si certains argueront que la tension sexuelle entre Lawrence et Horo est visible depuis l’espace.

 

 

Techniquement, la série se distingue surtout par des décors réussis, qui s’inspirent avec réussite de la simili Europe médiévale dans lequel la série se déroule. La bande originale est également à mentionner avec, tout d’abord, des très beaux génériques mais aussi une composition de Yuji Yoshino particulièrement efficace, qui aident le spectateur à entrer en immersion complète dans cet univers.

 

Mais hélas, qui dit adaptation d’un ouvrage à l’époque incomplet dit fin incomplète, et à la fin de la seconde saison, Spice & Wolf vous dira sans la moindre diplomatie d’aller consulter le light novel si vous voulez savoir la suite. Un peu dommage parce que cette adaptation amène quelques petits changements à l’histoire originale : le personnage de Chloe, qui possède une sacrée importance dans le récit, n’existe que dans l’animé, par exemple.

 

 

Néanmoins, si cette fin inexistante peut être frustrante, nous avons de la chance puisque, pour une fois, on parle là d’un light novel édité en France ! Le premier tome est ainsi sorti aux éditions Ofelbe depuis mars 2015, et l'histoire devrait donc être, à terme, disponible dans son intégralité au format original. Ouf !

 

Mais dans tous les cas, sachez au moins que l’animé est une introduction réussie à l’œuvre. Néanmoins, attention : ce n’est clairement pas une série destinée à tous, et il n’est pas anormal d’être largué par le rythme lent ou par les propos économiques. À vous donc d’aborder cette œuvre en connaissance de cause, et pas simplement parce que l’héroïne est jolie, auquel cas vous risquez une petite déconvenue !

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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