CHRONIQUE DU JEUDI : One-Punch Man

La chronique du jeudi #114 – One-Punch Man

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Depuis le premier volume de Fairy Tail, jamais l’industrie du manga francophone n’a vu un tel démarrage que celui du manga One-Punch Man en début d’année 2016. Vendu à plus d’une centaine de milliers d’exemplaires, le manga de ONE et Yûsuke Murata peut se targuer dès à présent d’être un des plus gros cartons de l’histoire du support en France. Il faut dire qu’il n’est pas sorti de nulle part, avec une hype impressionnante qu’on doit à trois facteurs : une communication aux petits oignons, la grande popularité de l’œuvre d’origine créée grâce à Internet, et une adaptation animée extrêmement soignée sortie à peine trois mois avant le manga. Et c’est, justement, sur cette adaptation très récente que la chronique du jeudi va s’attarder !

 

Au centre : notre héros, le brave Saitama, entouré de Genos et King.

 

Saitama est un jeune homme avec deux particularités : la première, c’est qu’il n’a plus un seul cheveu sur le caillou, la seconde, c’est que grâce à un entraînement particulièrement poussé (10 kilomètres de course, 100 pompes, 100 abdos et 100 squats, tous les jours), il a acquis une force exceptionnelle, au point de pouvoir tout détruire d’un seul coup. Un pouvoir impressionnant et a priori extrêmement utile dans une métropole souvent envahie par des monstres, des démons et autres extraterrestres qui vont souvent retrouver sur leur route le divin chauve.

 

Maintenant, deux problèmes concrets se posent à lui : il ne gagne pas super bien sa vie et il aimerait bien, du coup, devenir un héros connu et respecté. Sauf qu’à cause de nombreuses coïncidences et méprises, les exploits de Saitama passent inaperçus auprès de l’association des héros, qui gère et unifie tous les différents héros de manière hiérarchique afin que leurs pouvoirs servent le bien commun. Bien désireux de trouver la renommée qu’il mérite, Saitama va donc rejoindre cette association avec pour objectif de grimper tout en haut de la hiérarchie. Pour l’occasion, il aura même son fidèle sidekick, Genos, un androïde surpuissant qui voit en Saitama un maître et un ami, même si cela n’est pas forcément réciproque.

 

Un poing, c'est tout.

 

Saitama, en soi, est un protagoniste assez intéressant dans le sens où il ne dispose pas vraiment des qualités héroïques attendues. S'il souhaite protéger la veuve et l’orphelin, il va le faire plus par envie de reconnaissance et pour tromper l’ennui que par vrai goût du combat contre l’injustice. Relativement fainéant, on le voit souvent ne rien faire, il reste assez amorphe et plutôt peu surpris des événements parfois très extraordinaires qui se déroulent autour de lui. Sa personnalité n'est pas vraiment définie, et même son look est une blague : son costume est incroyablement minimaliste et son visage ne possède aucun trait vraiment mémorable… si ce n’est son absence totale de cheveux qu’il semble vivre avec beaucoup de difficulté. Cynique et un peu déprimé, voilà un antihéros très spécial !

 

La série va mettre beaucoup de temps, néanmoins, à tisser une intrigue concrète. Ainsi, la majorité des épisodes raconteront la rencontre entre Saitama et différents antagonistes, allant d’un savant fou voulant conquérir le monde (pas Cortex, non) à une femme moustique géante qui veut juste sucer le plus de personnes possibles. Cependant, malgré la force de ces antagonistes parfois monstrueux, la fin de chaque épisode est évidente : Saitama va les détruire en un seul coup. Jamais il ne sera mis en difficulté, et l’intérêt sera moins le combat que tout l’enrobage autour : les personnages, l’ambiance, les blagues.

 

Et les poses badass.

 

One-Punch Man se présente avant tout initialement comme une véritable comédie, parodie des codes du manga shônen de combat. Un shônen de combat où le héros ne serait pas, comme habituellement, un jeune garçon plein d’idéaux au talent prometteur, mais plutôt un jeune homme très talentueux extrêmement blasé et ennuyé par la vie, dont le vrai combat sera finalement non pas les antagonistes qu’il va rencontrer, mais la recherche de reconnaissance et l’évolution dans une association hiérarchisée et très administrative.

 

On pourrait croire que ça engage le manga à devenir répétitif passé un certain point, car après tout, une question nous vient vite en tête : mais si Saitama passe son temps à tout détruire d’un seul coup de poing, n’y a-t-il pas un moment où cela va nous lasser ? N’est-ce pas faire reposer le manga sur un seul gag ? Du coup, One-Punch Man évite rapidement les pièges : tout d’abord en introduisant le personnage de Genos, qui lui est beaucoup moins puissant que Saitama et va pouvoir permettre à l’œuvre de montrer des combats « plus classiques », ensuite en développant plus largement l’univers et plus particulièrement l’association des héros. Passé un certain moment dans le récit, Saitama va ainsi être parfois mis en dehors des feux du projecteur pour permettre aux différents héros de la métropole de briller et de montrer leurs différentes facettes, sachant qu’on aura plus d’une vingtaine de personnages très très dingues.

 

Par moment, les personnages retournent à leur style « d'origine », souvent dans un but humoristique.

 

One-Punch Man a donc un cheminement assez unique : débutant comme une parodie de shônen de baston, il évolue assez vite au rang d’hommage complet au genre, particulièrement à sa période dorée, celle des années 80/90 (Dragon Ball, YuûYû Hakusho, Saint Seiya, Kenshin, etc.) qu’il n’hésite pas à invoquer dans son esprit, son ambiance et son humour. Il garde ainsi toujours une grande légèreté dans son propos, ne se prend jamais véritablement au sérieux, tout en ne s’empêchant pas d’offrir à son spectateur des batailles parfois intenses entre des personnages mémorables. Et puis, au fond, on continue d’espérer Saitama tombera contre un adversaire qui lui offre un peu de résistance. Un jour, peut-être ?

 

One-Punch Man a une origine plutôt incongrue, puisqu’il s’agit, à l'origine, d’un webcomic, un manga publié intégralement sur Internet, débuté en 2009 par ONE, un auteur amateur qui ne sait manifestement pas vraiment dessiner et ne s’en cache pas, mais qui a une idée amusante de scénario et compte bien l’utiliser. Publié gratuitement, ce webcomic va trouver un succès immédiat dans son pays, au point d'être remarqué par des internautes occidentaux qui vont rapidement le traduire et le faire tourner sur les sites de passionnés. Si on passe donc ce style très enfantin et très simpliste, le webcomic original reste très simple à lire, se révèle très drôle et pose admirablement toutes les bases.

 

Une case au hasard du webcomic original, toutes les cases ont ce style.

 

Mais évidemment, ce n’est pas cette version qui s’est vendue à près d’une centaine de milliers d’exemplaires en France ! En 2012, Yûsuke Murata se saisit du projet et décide, avec le patronage de ONE, de dessiner lui-même un remake du webcomic original. On reste dans le 100 % numérique, néanmoins, puisque ce nouveau One-Punch Man est exclusif au Tonari no Young Jump, une version numérique du Young Jump, le principal magazine seinen de Shûeisha. Yûsuke Murata n’est pas non plus n’importe qui, puisque déjà dans les années 2000 il avait marqué au fer rouge le prestigieux Shônen Jump avec son EyeShield 21, manga de football américain particulièrement populaire. Surprenant donc de le retrouver pour un « petit » projet dans un « petit » moyen de publication, mais le dessinateur va dès lors s’en donner à cœur joie et exploiter en totalité le support à sa disposition. Pensé pour la lecture sur écran, ce remake de One-Punch Man montre donc l’énorme talent de l’artiste, qui fait péter les grandes pages ultra détaillées et s’amuse même parfois à faire de l’animation. Rien de surprenant quand on sait que l’animation est aussi l’un des hobbies de Yûsuke Murata.

 

Inutile de dire que ce webcomic, déjà très populaire quand il était moche, va exploser en renommée avec ce duo magique d’un scénariste créateur d’un univers immédiatement attachant avec un dessinateur perfectionniste et à la patte certaine. Dès lors, rien de surprenant qu'en 2015, sorte enfin une adaptation animée des aventures de Saitama. Pour l’occasion, on met les petits plats dans les grands avec un staff pas piqué des hannetons : le prestigieux studio Madhouse est invoqué, et la réalisation confiée à Shingô Natsume, jeune mais talentueux réalisateur, animateur remarqué sur des séries comme Tengen Toppa Gurren Lagann, Space Dandy ou The Tatami Galaxy, qui va rameuter autour de lui une multitude de designers et animateurs renommés pour offrir à ce One-Punch Man animé tout le soin et la qualité visuelle nécessaire, ne serait-ce que pour tenir la comparaison par rapport aux dessins de Yûsuke Murata.

 

Quand Saitama est – un peu – plus sérieux.

 

Dire que One-Punch Man est un festival graphique tient alors presque de l’euphémisme : visuellement sublime, la série est animée avec précision et offre par conséquent des scènes de baston ultra intenses, d’une lisibilité et d’une qualité hors normes. La bande originale est nerveuse, et la série trouve rapidement son rythme de croisière, devenant un divertissement de très bonne qualité. Ajoutez à cela un générique d'ouverture interprété par JAM Project, groupe qui compte en son sein la crème des chanteurs de génériques d'animés du siècle dernier, et vous gagnez le jackpot.

 

Néanmoins, les meilleures choses ont une fin, et seulement 13 épisodes sont produits, n’adaptant qu’une quantité réduite du manga d'origine.

 

Et la fille moustique n'apparaît qu'un épisode – c'est le second défaut de la série.

 

Néanmoins, gardons évidemment espoir : la série est un hit international comme rarement le Japon en connaît, elle est extrêmement populaire, touche un public très large et le manga original continue son bonhomme de chemin sans le moindre problème. Il ne faut certes pas s’attendre à une seconde saison dans un futur proche, mais il est tout à fait probable que cela survienne à long ou moyen terme. En attendant, difficile de reprocher quoi que ce soit à One-Punch Man, que ce soit au(x) manga(s) ou à l'animé, hormis peut-être un manque d’implication émotionnelle dû à son statut de divertissement pur, mais on lui pardonne aisément devant tout le plaisir que la série sait nous procurer. On ne peut donc que vous conseiller d’y jeter un œil, d’autant que la série est disponible gratuitement en France chez nos confrères d’ADN, donc sachez en profiter !

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo. Il sera ce dimanche à Epitanime pour présenter la cérémonie des prix Minorin 2015, qui récompenseront le meilleur et le pire des animés de 2015 ! 

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