CHRONIQUE DU JEUDI : 5 animés se déroulant en France

La chronique du jeudi – Hors-série #7

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Hasard du calendrier, cette chronique du jeudi sortira donc la semaine du jeudi 14 juillet, ce qui va nous permettre de sortir les drapeaux tricolores, les cocardes, les statues de Marianne et les baguettes pour pouvoir aborder un thème simple et relativement évident : la France ! Car les animés aiment parfois quitter leur Japon natal pour prendre place dans des pays étrangers et la nation aux milliers de fromages a su pas mal inspirer nombre d’auteurs pour leurs œuvres. Si de nombreuses séries ont placé leurs intrigues en France, c’est cinq d’entre elles que nous allons détailler dans cette nouvelle chronique hors-série !

 

Rémi sans famille (1977)

 

Deux séries phares des années 70 vont prendre place en France : Lady Oscar, pour lequel nous avons déjà dédié une très longue chronique il y a quelques mois, et, évidemment, Rémi sans famille. Évidemment, car cette série animée de 52 épisodes ne pouvait pas se dérouler ailleurs et pour cause : c’est l’adaptation du roman Sans famille d’Hector Malot. Roman écrit en 1878 et qui raconte, donc, l’histoire de Rémi, un jeune orphelin acheté par Vitalis, un musicien ambulant, qui va l’emmener faire le tour de la France de la révolution industrielle. Dans le même temps, Rémi va essayer de retrouver ses origines car ses parents ne sont manifestement pas vraiment les siens…

 

Rémi sans famille aura énormément marqué les enfants des années 80 et 90, non seulement parce qu’il a été très abondamment diffusé sur de nombreuses chaînes, mais aussi parce qu’il conserve l’essentiel de la cruauté du livre original, se contentant de vaguement l’adoucir. Ainsi toutes les personnes proches de Rémi vont connaître des destins tragiques, rendant le voyage du jeune garçon un calvaire permanent. Souvent vendu, maltraité ou se retrouvant dans des situations dangereuses, la vie de Rémi sera loin d’être aisée et, encore une fois, il peut être simple de résumer la série à un amas de malheurs et de pathos pas toujours très bien dosé.

 

 

Néanmoins, la série dispose de réelles qualités, entre autres une exemplaire réalisation de Osamu Dezaki, réalisateur de génie à qui on devra peu de temps après les séries Lady Oscar ou Cobra. L’adaptation du livre est relativement fidèle, changeant quelques détails de-ci de-là et parvenant à en faire une série animée bien construite, bien rythmée et disposant de très jolis décors pour son époque.

 

Enfin, la série puise clairement dans la France de la fin du XIXe siècle et nous propose de visiter Toulouse, Bordeaux ou Lyon, ainsi que les mines et les forêts du territoire français. Pour être même plus précis, mis à part quelques passages à Paris, c’est l’ensemble du sud de la France auquel la série rend hommage.

 

Si la série est aujourd’hui disponible facilement dans de nombreux coffrets DVD, il faut noter toutefois que la France n’a jamais vu arriver la version 1996 de Rémi sans famille qu’on devait alors au studio Nippon Animation et qui proposait de suivre les aventures d’une version féminine de Rémi.

 

Nadia, le secret de l’eau bleue (1990)

 

Nous sommes donc au tout début des années 90 et la grande chaîne publique NHK décide de commander une série animée basée sur l’univers de Jules Verne. Commande prestigieuse et, donc, loin d’être inintéressante qui va se retrouver dans les mains d’un tout jeune studio qui venait alors d’être remarqué grâce à l’énorme succès de Gunbuster :  le studio GAINAX. Véritables passionnés de mécanique et de science-fiction, le thème de Jules Verne va donc motiver les membres du studio qui vont offrir une série rapidement devenue culte au Japon : Nadia.

 

Nadia, le secret de l’eau bleue se déroule donc à la fin du XIXe siècle et débute donc à Paris, lors de l’exposition universelle de 1889 ou est dévoilée la tour Eiffel et mille autres nouvelles technologies qui accompagnent encore aujourd’hui notre quotidien. Dans ce contexte, nous allons donc suivre deux héros : le jeune inventeur Jean et la mystérieuse Nadia, une jeune fille venue d’un pays lointain et dont le cristal qu’elle porte en collier semble non seulement posséder d’étranges pouvoirs mais en plus fait d’elle la cible d’un groupe maléfique dirigé par Argon, qui semble motivé à découvrir un pouvoir ancien : celui des Atlantes.

 

Illustration officielle de Yoshiyuki Sadamoto, chara designer original

 

Si la France n’est traversée que pendant une mince poignée d’épisodes — c’est en Afrique que la majorité de la série va se dérouler —, l’ombre de Jules Verne plane évidemment partout le long des 39 épisodes de la série : le capitaine du sous-marin dans lequel se retrouvent nos héros se nomme ainsi Nemo. Et ce n’est que la moins subtile des références à Vingt mille sous les mers, livre qui sert d’influence principale à l’ensemble de la série.

 

Dirigée par un alors jeune Hideaki Anno, sur une idée qui selon la légende serait due à Miyazaki, Nadia est une série très complète, accessible pour un très large public et qui sait parfaitement stimuler l’imaginaire de tous ses spectateurs. Alors évidemment, la production n’a pas toujours été aisée pour ce qui était à l’époque un tout jeune studio, du coup on se retrouve avec des épisodes étranges et souvent irréguliers, mais si on excepte ces passages creux, voilà une série à voir ou à revoir !

 

Noir (2001)


 

Nous y avions dédié une chronique du jeudi il y a maintenant presque deux ans, mais il est difficile de passer à côté de cette série si on veut évoquer la France dans l’animation japonaise. Parce que la majorité de l’animé prend place à Paris, que l’une des deux héroïnes est une fière Corse nommée Mireille Bouquet et que la langue française elle-même possède une place importante, du nom de la série jusqu’au nom des antagonistes (les Soldats).

 

Noir raconte donc l’histoire de Mireille et Kirika, deux tueuses à gages qui font équipe après que la première ait recueilli la seconde, qui s’est réveillée amnésique. Ensemble elles font face à un groupe mystérieux, les Soldats, et vont tâcher de délier les mystères qui entourent leurs vies et leurs passés. Évidemment, en parallèle, elles doivent également remplir les contrats d’assassinats qui leur sont confiés et il se pourrait que certains d’entre eux soient liés à ce qu’elles cherchent…

 

 

Premier élément de la trilogie Girls with Guns du studio Bee Train (qui sera suivi par Madlax en 2004 et El Cazador de la Bruja en 2008), Noir est un animé trompeur car derrière son intrigue qui promet fusillades et action débridée se retrouve en fait une série au rythme très posé, presque planant, qui prend son temps et passe moins de temps à montrer des tirs qu’à développer ses personnages et leur passé. Le tout étant accompagné d’une superbe bande originale, qui va dévoiler au monde entier les talents de la compositrice Yuki Kajiura, pour une hypnose toujours plus complète.

 

En somme, Noir est un animé assez à part, qui ne conviendra pas à tous, mais qui occupe une place assez chère dans le cœur de tous ceux qui ont réussi à entrer dans cette série.

 

Nodame Cantabile (2007)


 

Si très récemment les fans de musique classique ont pu trouver une grande joie à voir Shigatsu wa Kimi no Uso, ils seront heureux d’apprendre — si ils ne le savent pas déjà — qu’une autre excellente série animée est centrée sur les œuvres des grands compositeurs : Nodame Cantabile. Adaptation d’un manga vaguement publié en France (quand son éditeur se souvient qu’il existe), Nodame Cantabile va donc raconter l’histoire de Noda Megumi et Chiaki Shinichi, deux virtuoses de la musique classique que tout oppose : l’une est une experte pianiste au caractère excentrique et je-m’en-foutiste tandis que l’autre est un apprenti chef d’orchestre si talentueux et perfectionniste que tout le monde lui promet un avenir doré… mais qui est phobique des transports et ne peut donc pas quitter l’archipel japonais.

 

Chiaki va donc devenir le professeur de Noda et si au départ ils passent leur temps à s’engueuler, une relation privilégiée va naître entre les deux jeunes adultes et ils sauront s’aider à évoluer dans leur passion et leur art.

 

 

Du coup, si la série débute au Japon, la seconde saison, elle, va se dérouler intégralement à Paris ! Ainsi Chiaki va avoir l’occasion de travailler comme apprenti d’un des plus prestigieux chefs d’orchestre du monde, et Noda va elle avoir la possibilité de devenir élève d’une école parisienne, ce charmant petit couple va donc se retrouver de l’autre côté du monde !

 

Très jolie série, Nodame Cantabile est incontournable si vous n’avez ne serait-ce un début d’intérêt pour la musique classique ou les jolies romances. Riche en bons sentiments et en humour, les trois saisons de la série sont vraiment conseillées, tout comme le manga original.

 

Ikoku Meiro no Croisée  (2011)


 

Le plus récent de la liste, Ikoku Meiro no Croisée, est un animé de l’été 2011 qui se déroule à nouveau à la fin du XIXe siècle, peu après l’ouverture du Japon au reste du monde. Prenant place à Paris, la série raconte l’histoire de Claude, un jeune adolescent dont le grand-père revient de voyage du Japon accompagné d’une jeune fille japonaise nommée Yume, qui va alors découvrir la France et tâcher d’aider Claude à gérer la boutique familiale, spécialisée dans la ferronnerie.

 

Série placée sous le signe de la tranche de vie, rythmé assez posé, la série se distinguera surtout du reste par d’excellents décors et une reproduction certes fantasmée mais assez fidèle au Paris de cette époque. Ce qui n’est pas surprenant quand on voit les artistes qui travaillent sur la série puisqu’aux décors on retrouve les noms de Thomas Romain, Stanislas Brunet et Yann le Gall, membres français et talentueux du studio Satelight. Leur expertise et leur sens du détail vont donc contribuer à rendre ce Paris vivant et fidèle, sans détails particulièrement choquants et, à ce titre, leur travail mérite d'être salué.

 

Si le contenu même de la série n’est pas à tomber par terre, ça reste une série assez bienveillante qui n'a pas pour ambition de révolutionner quoi que ce soit, c’est donc surtout pour cet aspect visuel réussi, accompagné par une OST de ko-ko-ya assez merveilleuse, que la série peut valoir le détour.

 

 

Voici donc pour cette liste de cinq animés se déroulant en France mais, évidemment, elle n’est pas exhaustive. D’autres animés vous sont sans doute venus en tête. Parmi ces cinq animés et vos expériences personnelles, quelle est votre représentation préférée de la France dans l’animation japonaise ? Êtes-vous, vous aussi, de grands blonds aux yeux bleus ? 

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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