CHRONIQUE DU JEUDI : Yosuga No Sora

La chronique du jeudi #119 – Yosuga no Sora

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


La chronique du jeudi, en presque 120 éditions, n’a finalement jamais vraiment beaucoup évoqué les adaptations de visual novel, principalement ceux du genre fort répandu de la romance. Pourtant, inutile de dire que des animés adaptés de « jeux de drague », il y en a pléthore, et que ça peut être intéressant d’en évoquer. On pourrait alors parler de chefs-d’œuvre du genre, de titres qui derrière l’apparence d’un jeu de drague cachent une véritable profondeur comme Clannad ou White Album 2... mais comme il fait extraordinairement chaud cette semaine, continuons à ébouillanter le mercure tant qu’il est chaud, et parlons d’une adaptation de jeu de drague qui a su rester dans les mémoires pour de judicieux choix de production : Yosuga no Sora.


Le casting principal de la série, de gauche à droite : Nao, Kazuha, Akira, Haruka, Sora

 

Yosuga no Sora débute de manière relativement tragique, puisqu’on découvre deux personnages, deux jumeaux nommés Haruka et Sora qui deviennent tout juste orphelins à la suite de la mort de leurs parents dans un accident de la route. Afin de reprendre une connexion avec la réalité, les deux personnages – surtout Haruka – décident de s’installer dans une maison détenue par leurs grands-parents, dans un village campagnard que les deux jumeaux avaient pour habitude de retrouver lors de leurs vacances estivales. L’action prend donc place en plein été, au moment où les jumeaux s’installent, et où déjà des signes de tension apparaissent entre les deux membres de la famille, puisque si Haruka est motivé par l’idée de redécouvrir cette campagne qu’il n’avait pas explorée depuis son adolescence, Sora, elle, semble ne pas trouver l’endroit tout à fait à son goût.

 

Très rapidement, Haruka va rencontrer ou retrouver de nombreux personnages locaux. Il va ainsi croiser Nao, son amie d’enfance, une binoclarde populaire et très sportive qui ne cache pas ses sentiments envers Haruka, même si Sora semble particulièrement agressive à son égard. Il va également retrouver Akira, une prêtresse remplie d’énergie et d’innocence, dont la gentillesse et la bonne humeur ne s’épuisent jamais. Il va également rencontrer Kazuha, la fille d’un politicien local, une personnalité impressionnante et perfectionniste qui cache en réalité une grande modestie et une vraie loyauté envers ses amies.

 

Kizuha et Akira, qui semblent liées par un grand secret 

 

L’histoire de Yosuga no Sora va donc tâcher de développer ces cinq personnages qui ont tous quelque chose à cacher, que ce soit dans leurs personnalités, leurs sentiments, leurs origines ou leurs passés. En règle générale, c’est surtout le thème de la famille qui va être pas mal évoqué, mais l’œuvre va aussi aborder l’amour sous toutes ses formes, des maladresses des premières relations amoureuses à… l’inceste pur et simple.

 

Pour développer chaque personnage, le jeu original Yosuga no Sora utilise une structure assez répandue et assez habituelle. En effet, le visual novel propose, comme tous les jeux de ce genre, différentes routes narratives qui changent selon les choix des joueurs. Ainsi le joueur qui veut, par exemple, surtout se lier à Akira va se retrouver sur la « route d’Akira », qui va développer principalement le lien entre le héros et la prêtresse, et qui va nous permettre non seulement d’en apprendre plus sur son caractère, son passé et ses origines, mais aussi, bonus non négligeable, de connaître une histoire d'amour avec ce personnage, ce qui passe par des scènes allant du mignon à l’érotique.

 

Haruka n'est pas toujours à l'aise près de Nao... 

 

Ce système de routes et de choix, qui est donc relativement classique dans le monde du visual novel, complique donc habituellement la tâche de l’adaptation puisque, évidemment, les séries animées étant un média non interactif, il ne peut pas s’adapter au choix du joueur et doit tâcher de « linéariser » l’œuvre d’origine. C’est le cas, par exemple, de séries comme Steins;Gate ou Clannad qui vont tâcher d’inclure les éléments les plus importants de chaque route et de condenser le maximum d’informations avec l’intrigue la plus cohérente qui soit. Pour être toujours plus précis, Clannad, par exemple, part du principe qu’il adapte principalement la route du personnage de Nagisa mais y colle beaucoup d’éléments des autres routes.

 

Yosuga no Sora ne va cependant pas choisir ce schéma et va, finalement, rester sur un système de route et de fin à l’ancienne. Ainsi, le premier épisode de la série va introduire tout ce que le spectateur a besoin : les personnages, les bases, les éléments à savoir à tout prix. Et dès l’épisode suivant, on est parti sur une route. Les épisodes 2 à 4 racontent la route de Kizuha. Durant ces trois épisodes, le héros va se rapprocher de ce personnage, en découvrir plus sur elle et fonder une relation romantique avec elle. À la fin de l’épisode 4, la série connaît déjà une première conclusion… qui est oubliée au début de l’épisode 5 qui revient plus tôt dans le temps. À partir de là débute la seconde route, celle d’Akira, qui dure de l’épisode 5 à 6. Et ainsi de suite.

 

La grande bouffe 

 

C’est un schéma finalement très similaire à Higurashi No Naku Koro Ni  qui « redémarrait » tous les 5 épisodes environ – pour ne pas dire complètement le même qu’une autre adaptation de jeu de drague, sorti à peine quelques mois plus tôt, Amagami SS, qui lui aussi proposait des redémarrages réguliers de la continuité pour proposer au spectateur des arcs entiers dédiés à la relation entre le héros et une nouvelle fille. Et ici dans Yosuga no Sora, si le personnage principal ne se souvient donc pas de ce qu’il a fait à chaque « route », le spectateur lui le sait et comprend très vite l’intrigue de la série, sachant compter sur ses souvenirs et ses connaissances de l’univers et des personnages pour comprendre ce qui se déroule sous ses yeux.

 

En outre, comme le nombre d’épisodes dédiés à chaque route est relativement faible, tout se passe assez vite, et offre une certaine concision, qui permet d’aller directement à l’essentiel. Le seul vrai défaut de ce schéma est de remontrer certaines scènes plusieurs fois, souvent sans véritables bonnes raisons ou changements de point de vue, ce qui peut donner un côté avare à l’ensemble.

 

On s'amuse dans l'entrepôt de la piscine

 

Mais au-delà de cette construction narrative certes originale mais pas unique, ce qui va permettre à Yosuga no Sora de se démarquer, c’est son absence de pudeur quant aux relations amoureuses entre les personnages. Chaque « route » va ainsi se conclure par de l’amour poussé et intense entre jeunes adultes, ce qui peut se traduire par « scènes de sexe ». Car ici, l’aspect sexuel des choses n’est non seulement pas camouflé – les personnages se laissent facilement guider par leurs passions –, mais c’est une des thématiques centrales de la série, de nombreux malentendus et problèmes étant nés à cause du sexe et de sentiments maladroits.

 

Plus concrètement, non seulement le sexe est évoqué, mais il est surtout montré de manière érotique sans être pornographique, avec de la nudité non camouflée et des positions imaginatives. Le plus remarquable étant que cette nudité n’est pas exclusive à la version DVD/Blu-ray – comme souvent –, mais qu’elle était présente dès la diffusion télé, une rareté compte tenu des exigences très prudes des chaînes câblées japonaises.

 

Ici un extrait relativement tout public d'une des scènes avec Akira 

 

Après, ce serait dommage de résumer Yosuga no Sora à cela, surtout qu’il faut avouer que certaines scènes de sexe tiennent un peu du gadget et semblent un peu insérées au chausse-pied, comme pour remplir un cahier des charges. Et, de manière intéressante, la série va même finalement presque plus loin que l’œuvre originale, finalement assez radine en scènes de sexe pour un visual novel de ce genre. D’autant que, finalement, là où la série a vraiment créé une certaine polémique, c’est en mettant une relation incestueuse au centre de son intrigue. Évidemment, ça a occasionné quelques débats.

 

Débats, vous vous en doutez, très animés, l’inceste restant un sacré tabou, d’autant plus que la série avait été diffusée en même temps que Ore no Imôto ga konna ni Kawaii wake ga nai qui, elle aussi, jouait pas mal sur une certaine thématique d’amour entre personnes du même sang, thématique qui semble avoir explosé depuis une dizaine d’années dans les œuvres pour otakus en général… et dans le hentai en particulier.

 

Amour et tabou

 

En soit, ce n’est pas vraiment le rôle de l’auteur de cet article de dire si l’inceste est convenable ou pas, ou de juger son influence dans la qualité concrète de l’animé. En fin de compte, ça dépendra de votre propre appréciation du sujet, mais sachez juste que si ça vous rebute, évitez à tout prix cette série. Notez néanmoins que l’inceste n’est pas forcément utilisé ici comme un simple fétichisme et qu’il y a quelques éléments de bonne foi qui poussent à la réflexion sur le sujet, les personnages eux-mêmes se questionnant pas mal sur le sujet.

 

Sur un autre sujet, on notera d’ailleurs que la série a la particularité d’avoir deux génériques de fin par épisode, puisque chaque épisode se conclut sur un « épisode bonus » humoristique qui met en scène Motoka, une domestique assez délurée et qui parfois se moque allègrement de la série elle-même. Épisode bonus qui se termine, à chaque fois, par un très bon générique de fin sur très dynamique chanson des Momoiro Clover, et c’est nécessaire de le signaler. Tant que nous sommes à parler du staff ayant travaillé sur la série, les personnes très expertes noteront que le réalisateur de la série est Takeo Takahashi qui s’est récemment fait remarquer pour avoir dirigé Rokka no Yûsha mais qui, avant ça, avait écrit le story-board de Sora no Iro Mizu no Iro, une série de deux OAV qui comme Yosuga no Sora reprend des thèmes estivaux, passionnés et… érotiques.

 

Les bonus de fin d'épisode possèdent un style beaucoup plus mignon et amusant


Bref, finalement, Yosuga no Sora est une véritable curiosité. Si c’est une série qui n’est pas toujours réussie, à l’écriture parfois maladroite, on ne peut que néanmoins remarquer toutes ses petites particularités dans les thématiques abordées et la manière de les traiter. Car ici, pour une fois, la forme aide à mettre en valeur un fond qui, sans cela, serait sans doute passé beaucoup plus inaperçu et aurait été, cinq ans et demi après sa sortie, déjà complètement oublié.

 


Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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