CHRONIQUE DU JEUDI : Lucky Star

La chronique du jeudi #120 – Lucky Star

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

« Des filles mignonnes qui font des choses mignonnes », voilà une phrase qui, mine de rien, peut faire référence à beaucoup de séries animées récentes et nous en avons même déjà évoqué certaines dans les chroniques du jeudi : Azumanga Daioh et K-On, par exemple. Deux animés qui n’avaient pas été innocents pour évoquer les séries comiques moe puisque le premier avait posé les bases du genre durant l’année 2001, que le second avait popularisé en 2009 à un pic encore peu égalé aujourd’hui. Mais entre les deux, en 2007, on trouvait une série qui n’était pas passée inaperçue et c’est celle qu’on va évoquer aujourd’hui : Lucky Star.


Kagami, Tsukasa, Miyuki et Konata, vos héroïnes pour aujourd'hui

 

Le scénario de Lucky Star est incroyablement simple : on suit la vie et le quotidien de quatre lycéennes qui partagent la même classe. Il y a donc Konata Izumi, une otaku hardcore qui passe sa nuit à raider des donjons dans des meuporgues, Miyuki Takara, une jeune fille intelligente et innocente, puis les deux sœurs jumelles Hiiragi avec Kagami, amie d’enfance de Konata au caractère bien trempé, et Tsukasa, plus douce et affable que son aînée. Ensemble, elles ont… des discussions. Le premier épisode, par exemple, va voir ces quatre héroïnes disserter pendant dix minutes sur la manière de manger un cornet au chocolat : par l’avant ou par l’arrière ? Excitant.

 

Mais en réalité, plus la série va durer, et plus les événements montrés seront exotiques, à défaut d’être délirants : vont ainsi se greffer aux quatre héroïnes de nouveaux personnages — une Américaine présente au Japon dans le cadre d’un échange, un show télé présenté par deux animateurs dont une idole acariâtre et méprisante, le père de Konata et ses délires très personnels, un libraire spécialisé dans la vente de mangas qui invoque des flammes dans son aura — et, avec cela, une multitude de situations diverses.

 

Du pot au feu entre amies

 

Mais ce qui va immédiatement différencier Lucky Star du reste des animés du genre — on est là dans de la sitcom classique, finalement — c’est que la série va déjà présenter un univers visuel assez particulier, avec des personnages au chara design immédiatement identifiable, mais surtout baser énormément son humour et son ambiance sur des ribambelles de références geeks et otakus plus où moins subtiles. Il serait très très long de tout lister mais citons quelques exemples au hasard : on peut voir Konata imiter Ultraman dans l’opening, Konata qui va même à un moment dans la série se cosplayer en Haruhi Suzumiya (de la série éponyme), les personnages essaient d’attraper des gachapons Keroro, etc. De nombreuses blagues reposent intégralement, donc, sur des citations, des hommages ou des références à énormément de jeux, de mangas ou d’animés, et le fait que le personnage de Konata soit une giga otaku y contribue énormément.

 

SUBTIL

 

Maintenant, si on revient sur l’histoire de l’œuvre dans son ensemble, ce côté méta peut se comprendre même si on serait surpris de constater que l’œuvre d’originale est, elle, beaucoup moins dépendante de ce genre d’humour. Ce manga original, donc, c’est un yonkoma — le fameux format à quatre cases inspiré des comic strips américain — qu’on doit à Kagami Yoshimizu, et qui est publié depuis 2003 dans le magazine Comptiq. Comptiq, notez-le bien, n’est pas un magazine de prépublication « normal » dans le sens où c’est avant tout un magazine… de jeux vidéo. Certes, il prépublie de nombreux mangas dans ses pages mais c’est majoritairement des adaptations de JRPG ou visual novels à succès : dot hack, Fate/stay night ou Little Busters, par exemple. Lucky Star est donc un des seuls mangas « originaux » d’un magazine qui déjà, de base, vise un public de connaisseurs et assez niché, qui achète le magazine plus pour en savoir sur les futurs jeux à acheter que pour lire des histoires d’écolières.

 

Futile ! 

 

En 2007 débute donc l’adaptation animée et c’est le studio Kyoto Animation qui est mis au travail dessus. Le manga appartient à Kadokawa, qui a été très satisfait du travail fourni par le studio kyotoïte sur La mélancolie de Haruhi Suzumiya et leur donne donc une liberté assez large, dont les créateurs du studio vont se saisir sans le moindre remord. La réalisation est alors confiée à Yutaka Yamamoto, fidèle du studio, qui a travaillé sur le storyboard de Full Metal Panic ou de Haruhi Suzumiya et qui se voit ici réalisateur en chef d’une série pour la première fois de sa carrière. Une joie qui ne durera pas longtemps : il sera viré à partir du quatrième épisode pour des histoires contractuelles et « de performance ». À partir de là il sera remplacé par Yasuhiro Takemoto, déjà réalisateur de Full Metal Panic Fumoffu et futur réalisateur de Amagi Brilliant Park.

 

Difficile de dire si le changement de réalisateur a modifié en profondeur la série mais, en tant que spectateur, on ne peut que constater un changement total entre les premiers épisodes et la suite, que ce soit en matière de rythme, d’écriture ou d’humour. Car c’est à partir du cinquième ou sixième épisode que Lucky Star va trouver ses marques et s’engouffrer réellement dans son humour ultraréférentiel et ses gags destinés avant tout à ceux qui ont déjà une petite culture de l’animation japonaise.

 

Ce moment quand tu tiens une boutique animé/manga et que ton plus gros client est là

 

Au final, cela fait de Lucky Star une œuvre tout à fait polarisante. Si le public ciblé appréciera et même adorera les références nombreuses qui lui donneront l’impression d’avoir enfin trouvé une série qui leur parle, le public moins connaisseur passera à côté de nombreuses blagues et, osons le dire, aura du mal à trouver de l’intérêt dans la série en dehors de scènes très jolies techniquement de-ci de-là. Avec le recul, revoir Lucky Star en 2007 est même très compliqué, tant la majorité des grosses références sont aujourd’hui datées. C’est donc là qu’on voit la différence avec une série comme Nichijô — du même studio — qui, possédant un humour bien plus universel et bien plus visuel, vieillit beaucoup mieux et peut se targuer de mieux remplir les mémoires.

 

En somme, oui, Lucky Star vieillit très mal. Le fait, en outre, que la série passe rapidement son temps à multiplier les références à La Mélancolie de Haruhi Suzumiya semble l’empêcher d’exister en tant qu’œuvre propre. Certes, la série à la divinité lycéenne a été le mégacarton du milieu des années 2000, et difficile d’en vouloir à Kadokawa et Kyoto Animation de surfer sur ce succès, mais il y a des fois où ça parasite purement et simplement la vision et semble être inséré au chausse-pied. C’est dommage, car la série dispose de qualités qui lui sont propres et qui auraient pu être exploitées encore plus avec un univers plus original : le personnage de Konata est ainsi drôle et charismatique, et c’est finalement l’une des premières fois qu’on voit un personnage féminin et otaku devenir extrêmement populaire auprès de la communauté visée.

 

Chaque épisode se conclut sur le Lucky Channel, une sorte de courrier des lecteurs qui se termine souvent sur une crise de nerfs de sa présentatrice

 

Si au final Lucky Star est aujourd’hui vieux et démodé — alors qu’il n’a finalement que neuf ans — malgré un certain nombre de qualités c’est aussi parce que plus qu’un animé, c’est aussi une excellente capsule temporelle de son époque. Car si Lucky Star a eu un très grand succès en 2007 c’est aussi parce qu’il a su comprendre le public de son époque, dans une période qui a vu l’explosion des boards de discussion comme 2ch ou 4chan tandis qu’en parallèle Youtube et Nico Nico Douga commençaient doucement mais sûrement leurs irrésistibles ascensions. En bref, c’est grâce à cet humour ultraréférentiel et son personnage principal prompt à créer nombre de mèmes savoureux que Lucky Star a su exister et gagner une forte popularité auprès d’un public prompt à partager chaque bonne blague sur des réseaux sociaux balbutiants et fourmillants de créativité.

 

Aujourd’hui les temps semblent avoir changé et les séries très référentielles ne sont clairement plus à la mode mais, qui sait, peut-être qu’un jour le vent changera à nouveau de sens ?

 

En attendant garde ton cosplay Kagami, il est toujours d'actualité celui-là !

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

Other Top News

0 Comments
Be the first to comment!
Sort by: