CHRONIQUE DU JEUDI : Btooom!!!

La chronique du jeudi #121 – Btooom!!!

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

En 2000 sortait dans les salles japonaises un film nommé Battle Royale qui va pas mal se faire remarquer dans son pays et tout autour du monde pour son concept cruel, qui voit une vingtaine de lycéens s’entretuer dans un jeu mortel dont la seule récompense est la survie. Adaptation d’un livre, Battle Royale va influencer d’autres créateurs, à commencer par Suzanne Collins, écrivain de ce qui sera la série à succès des Hunger Games, et créer plus largement une tendance des œuvres de survival games, où l’on voit des personnages nombreux se battre à mort pour une récompense souvent floue. Au Japon, des œuvres comme Platinum End, Danganronpa ou Mirai Nikki sont clairement insérées dans cette tendance, tout comme le manga dont on va évoquer aujourd’hui l’adaptation animée : Btooom!!

 

Himiko et Ryota, nos héros alliés pour la survie

 

Ryota Sakamoto a 22 ans et est, disons-le nettement, clairement pas un modèle de vie. Reclus chez lui, sans emploi, il passe ses journées à jouer à un jeu multijoueur nommé Btooom! qui consiste, en gros, à faire exploser tous ses adversaires à coups de bombes. S’il est l’un des meilleurs joueurs du jeu, aimé de tous et respecté, cela ne lui apporte pas grand-chose dans le monde réel et il ne fait guère la fierté de la famille. Tant et si bien qu’un beau jour il se réveille non pas chez lui… mais sur une île tropicale. Ignorant de comment il est arrivé jusque-là, il constate malgré tout très vite que sur lui se trouve de petites bombes censées servir d’armes. Et la raison de les utiliser va vite se montrer à lui quand il sera attaqué par une autre personne…

 

Le voilà donc au milieu d’une véritable partie grandeur nature de Btooom, où ont été regroupées sur la même île des personnes que leurs proches trouvaient nuisibles et dont ils souhaitaient se débarrasser d’une manière ou d’une autre. Heureusement, il y a des moyens de gagner et ça consiste à récupérer sur le corps des autres joueurs différents objets qui vont lui permettre d’appeler un hélicoptère pour s’en aller. Et dans ses pérégrinations il rencontre une jeune fille, une lycéenne nommée Himiko, avec qui il fait rapidement équipe. Les deux vont donc tâcher de survivre à cet enfer explosif, sachant que, bien entendu, les bombes sont les seules armes autorisées et qu’il y en a une sacrée variété : qu’elles soient télécommandées, à minuteur ou bien à détection de mouvement, il va falloir ruse et réflexion pour s’adapter et déjouer les nombreux pièges.

 

Quand tu es l'homme avec un plan

 

Btooom!!! ne cache donc pas ses ambitions et son propos : il s’agit surtout d’une œuvre shonen où le but du jeu est de voir qui va survivre. Un pur divertissement, en somme, qui ne s’embarrasse d’aucun moment un tant soit peu intelligent et subtil, souhaitant faire quelque chose de simple et facile d’accès pour un public finalement assez large. Et on ne niera pas que le début de la série est ainsi assez séduisant, nous mettant d’emblée dans un contexte facile à comprendre, avec des premiers combats assez efficaces dans la manière de montrer et expliquer les règles du jeu et les particularités de ce Btooom grandeur nature.

 

Cette simplicité, elle se constate par les très nombreux personnages qui vont se succéder au fur et à mesure de la série et autant le dire : peu d’entre eux semblent vraiment très stables psychologiquement, le héros étant sans doute la personne la plus normale de l’île ! On trouve ainsi beaucoup de criminels ou de psychopathes placés là dans l’espoir fin de s’en débarrasser et rares sont ceux qui semblent faire preuve de beaucoup d’intelligence. La série se veut finalement assez manichéenne en général et met souvent une ligne claire entre les gentils personnages (qui disposent d’un développement et d’excuses à leurs comportements parfois limites) et les méchants (qui sont moches, tirent des grimaces et sont cruels sans la moindre raison). Encore une fois, ce n’est pas l’ambition de la série que d’essayer de nuancer ou de complexifier son propos, donc c’est difficile de vraiment le lui reprocher même si, par conséquent, les limites du concept se constatent rapidement.

 

Himiko va pas mal souffrir pendant une majorité de la série

 

En fait, la vraie particularité de Btooom — et ce qui peut être vu comme un défaut vu sa thématique — c’est qu’il s’agit d’une œuvre qui, certes, met en scène un survival game… mais le fait de manière finalement très timide et assez inoffensive. Peu de personnages importants meurent durant l’ensemble de la série, les morts ne sont jamais affreuses, il n y a pas de passage choquant et les seuls moments un peu dérangeants ce sont… les flashbacks, quand les héros parlent de leurs vies avant l’île. Ainsi Himiko possède un passé particulièrement lourd, qui inclut une histoire de viol, ce qui n’est certes pas du meilleur goût mais est sans doute la chose la plus dure de tous les douze épisodes.

 

Alors certes, du coup, Btooom se retrouve à montrer les plaisirs assez primaires des survival games au public le plus large possible, sans choquer personne, mais du coup qu’est-ce qu’on est loin de l’esprit d’un Battle Royale ! Le film de Keiji Fukasaku avait un propos politique et social en plus de ses scènes d’exécutions macabres et dérangeantes, prouvant de vraies différences d’ambitions par rapport à un Btooom limité à son public shonen et qui, par conséquent, cherche plus à divertir et séduire que choquer et faire réfléchir. Mais au-delà de ça, on aurait aimé plus d’intensité dans la série et on aurait aimé trembler pour nos personnages, ce que la série ne parvient pas toujours à nous faire ressentir. Car avouons-le : après six ou sept épisodes à ne voir aucun personnage important mourir — uniquement des seconds couteaux ou des personnages sans nom —, on en vient vraiment à ne plus attendre grand-chose de la série. Et au final Btooom a cette étrange particularité de proposer un survival game… où personne ne meurt !

 

Sauf quand des dragons de Komodo entrent dans l'équation

 

Ce souci, on le doit évidemment aussi au fait que la série animée ne couvre pas l’intégralité du manga et n’en adapte que la moitié des tomes. La fin de l’adaptation reste cependant assez correcte, proposant une conclusion bien placée qui, si elle ne règle pas tous les problèmes, permet aux spectateurs de se tourner vers le manga sans être frustré ou sans s’y sentir obligé. Au-delà de ça, l’adaptation ajoute ou corrige pas mal de petits détails par rapport au manga qui rendent l’univers un poil plus cohérent. Si on y ajoute une réalisation honnête et un visuel qu’on prend finalement rarement en défaut, l’adaptation animée reste un bon moyen de se lancer dans l’œuvre, quitte à s’en servir comme tremplin vers le manga.

 

Bref, Btooom n’est certes pas une œuvre excessivement mémorable mais est une de ces petites séries qui peuvent vous occuper le temps de deux ou trois soirées. L’écriture est parfois maladroite, les personnages principaux souvent énervants, la romance entre les deux héros assez simpliste et le manque de morts ou de rebondissements importants empêchent vraiment de s’impliquer mais ça n’en est pas pour autant une vraie mauvaise série et ça peut être une initiation correcte au genre du survival game en attendant d’avoir les nerfs ou l’envie de voir plus brutal et/ou compliqué ! 

 

Bah alors, tu viens plus aux soirées ?

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

Other Top News

1 Comment
Sort by: