CHRONIQUE DU JEUDI : Persona 4

La chronique du jeudi #122 – Persona 4 the Animation

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Alors que vient d’être annoncée la date de sortie européenne de Persona 5 (le 14 février sur PS3 et PS4, bloquez vos agendas), et alors qu’un animé promotionnel va amorcer sa diffusion dans une poignée de semaines pour accompagner la sortie japonaise, notons que ce ne sera pas la première fois que Persona fera quelques pas dans le monde de l’animation japonaise. Ainsi, nous avions déjà évoqués dans le cadre de la chronique du jeudi la première adaptation de l’univers Persona en animé avec, en 2008, le très mollasson Persona Trinity Soul qui avait pour ambition de raconter une histoire originale qui servait indirectement de suite au jeu Persona 3, avec qui il partageait quelques personnages. Auréolé de peu de succès, Persona Trinity Soul n’a pas pour autant condamné l’avenir de la franchise puisqu’en 2011, trois ans après la sortie du jeu original, c’est au tour de Persona 4 de connaître une adaptation animée et, ça tombe bien, c’est de cette adaptation qu’on va parler aujourd’hui !

 

 

La série animée reprend donc l’intrigue du jeu vidéo et raconte l’histoire de Yu, un jeune garçon qui voit ses parents partir en voyage d’affaires et qui doit donc, l’espace d’une année, aller vivre chez son oncle dans la ville d’Inabe, une ville de taille assez moyenne située dans la campagne japonaise. Élève au sein du lycée, il va alors rencontrer de nouveaux amis qui vont rapidement lui raconter la légende urbaine la plus fun du moment : si on se regarde dans l’écran d’une télé éteinte à minuit les jours de pluie, on peut voir apparaître la personne de ses rêves. En parallèle, une série macabre de meurtres débute avec la découverte de plusieurs corps sur les toits de la ville, dont l’un appartient à une des camarades de classe du héros. Il se pourrait alors que cette légende urbaine et ces meurtres soient liés, thèse qui se confirme quand Yu et son pote Yosuke parviennent à découvrir un monde parallèle caché derrière les écrans de télévision : le Midnight Channel…

 

Yu et ses amis vont alors tâcher d’enquêter sur ces meurtres et, surtout, d’essayer de les empêcher en pénétrant dans le Midnight Channel et en interrompant le meurtrier avant qu’il tue ses cibles. Et c’est une tâche qui ne s’annonce guère facile tant le nombre de suspects est élevé et tant le Midnight Channel est un milieu hostile, peuplé de nombreux monstres nommés les Shadows. Heureusement, nos héros possèdent eux aussi des pouvoirs — matérialisés sous la forme d’esprits nommés, les Persona — et vont pouvoir faire parler la poudre dans ces donjons, tout en ne négligeant pas leur vie quotidienne car ils restent avant tout des lycéens et, à ce titre, doivent aussi préparer leurs examens !

 

La fine bande des héros au complet (et la cousine du héros)

 

Telle est donc l’intrigue de ce Persona 4 qui reprend les thèmes forts de la franchise : une ambiance qui repose beaucoup sur la thématique des légendes urbaines un peu saupoudrée de la relative légèreté de l’adolescence. Persona 3, sorti trois ans avant, s’était déjà fait beaucoup remarquer à l’époque pour son habile mélange entre un scénario très sombre et des phases de vie quotidienne beaucoup plus légères. Persona 4, en comparaison, offre une intrigue un peu moins lourde (même si pas pour autant dénuée de passages dérangeants) et, en tant que jeu, continue encore plus d’insister sur l’aspect léger du quotidien, avec des couleurs flamboyantes et un humour beaucoup plus présent.

 

On pourrait trouver étrange que trois ans s’écoulent entre la sortie du jeu (2008) et celle de l’animé (2011) mais, en réalité, cette adaptation fait partie d’un long plan marketing qui va voir en quelques mois sortir cet animé, le jeu de combat Persona 4 Arena qui sortira peu avant la fin de la série et, fin 2012, le jeu Persona 4 Golden, remake amélioré du jeu original pour la console PS Vita. En somme, un programme assez chargé pour Persona 4 qui s’offre cet animé surtout pour initier les non-connaisseurs du jeu original à l’univers afin qu’ils soient prêts à attaquer Persona 4 Arena ou qu’ils commencent à s’échauffer pour la future sortie de Persona 4 Golden.


Les « boss » possèdent un design souvent lié aux désirs profonds de la victime à sauver

 

Clairement un animé de commande, donc, Persona 4 réussit néanmoins vraiment bien cet objectif d’initier les bases de l’univers et de raconter la très large intrigue du jeu de la manière la plus accessible et condensée possible. Le rythme est efficace et alterne entre des épisodes centrés sur l’avancée de l’enquête des héros — et les combats qu’ils vont devoir effectuer — et d’autres, plus légers, centrés sur leurs vies de lycéens ou sur certains personnages secondaires. L’animé se fait ainsi un point d’honneur à évoquer tous les S-Links, des personnages avec qui, dans le jeu vidéo, on pouvait faire évoluer notre relation en plusieurs stades afin d’en apprendre plus sur eux et leurs problèmes.

 

Si certains de ces S-Links sont les amis du héros et possèdent donc un développement important, d’autres étaient beaucoup plus négligeables et n’avaient, pour ainsi dire, pas de rapport concret avec l’intrigue. Mais même ceux-ci sont évoqués, ce qui est une initiative plutôt courageuse et donne le droit à un épisode de mi-saison assez drôle où le héros passe son temps à courir d’un personnage à l’autre, comme s’il était conscient d’être le héros d’un JRPG qui devait profiter de son temps libre pour grinder au maximum ses liens avec les autres personnages.

 

Et qui ne grinderait pas avec eux ?

 

Ce côté un peu méta, on le retrouve généralement dans tout l’animé qui, parfois, se perd dans des gags ou des clins d’œil dédiés uniquement à ceux qui ont fait le jeu. Et, surtout, il va être particulièrement prononcé quand en 2014 sera diffusée une adaptation animée de… Persona 4 Golden ! En effet, le remake Vita va lui-même connaître son propre animé et inutile de dire que celui-ci part du principe que vous avez maté l’animé précédent ou joué au jeu car dès le début le héros semble agir comme s’il avait connaissance du fait qu’il est dans une nouvelle partie et passe donc son temps à rouler sur l’intrigue principale — qui n’est quasiment jamais évoquée — pour se concentrer sur l’intrigue secondaire de Marie, personnage original doublé par la toujours talentueuse Kana Hanazawa.

 

Marie vous observe de loin


Du coup, autant on peut recommander Persona 4 à des néophytes qui ne veulent pas jouer au jeu mais souhaitent découvrir l’univers, autant Persona 4 Golden the Animation est plus dur à conseiller, d’autant qu’on a du mal à comprendre le public qu’il vise. Ceux qui ont joué à Persona 4 Golden ? Compliqué, l’animé n’apporte rien. Ceux qui veulent découvrir l’univers ? Non, c’est juste incompréhensible pour le néophyte. Ceux qui ont joué au Persona 4 original de 2008 et veulent juste voir les passages scénaristiques inédits au remake ? Peut-être, mais du coup ça donne l'impression d'être introduit au chausse-pied. Étrange positionnement.

 

Derrière ces deux adaptations on retrouve le même studio, AIC, et le même réalisateur, c’est-à-dire celui devenu en une demi-décennie un réalisateur spécialisé dans les adaptations en tout genre : Seiji Kishi. S’il s’est fait connaître pour son boulot sur Seto no Hanayome en 2007 et Angel Beats en 2010, il trouvera une certaine niche après cela et s’occupera, entre autres, des adaptations de Danganronpa, Devil Survivor 2, Assassination Classroom, Jinrui wa Suitai Shimashita ou bien encore Hamatora. Un esprit assez libre, qui tente souvent des choses dans ses adaptations, quitte à ce que ça soit bien trop risqué. Ici dans Persona 4, il sait rester raisonnable et on sent que lui et son équipe ont bénéficié d’un temps raisonnable pour réaliser la série, qui possède du coup peu de réels défauts.

 

Shadow Yukiko, pas assez de temps d'apparition :(

 

Alors, évidemment, on vous conseillera surtout de jouer au jeu, purement excellent et chronophage. Car cette série animée reste une adaptation qui essaie de retranscrire en une vingtaine d’épisodes les sensations d’un jeu qui se joue facilement près d’une centaine d’heures au total, ce qui évidemment est une tâche peu aisée. Mais si vous voulez regarder cette série simplement pour avoir une version condensée de l’histoire et pour essayer de comprendre pourquoi aujourd’hui autant de gens attendent avec une vraie impatience le cinquième volet de la saga, elle peut faire amplement l’affaire et, honnêtement, c'est déjà pas mal.

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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