CHRONIQUE DU JEUDI : Chivalry of a Failed Knight

La chronique du jeudi #123 – Rakudai Kishi no Cavalry

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Vous le savez déjà : les adaptations de light novel en animé, c’est une des grandes tendances du moment. Pas une tendance récente, certes, mais une suffisamment remarquable ces dernières années, entre autres grâce au succès d’œuvres comme Sword Art Online, Durarara!!, Spice & Wolf, A Certain Magical Index ou No Game No Life. Ces cinq titres représentent d’ailleurs cinq genres très différents, ce qui devrait suffire à éviter l’argument selon lequel tous les light novels proposent la même chose. Mais parfois ce cliché devient étrangement vrai, surtout quand en octobre 2015, un animé débarque et propose de suivre les aventures d’un héros loser au sein d’une académie de magiciens dans lequel il va se retrouver lier à une jeune femme tsundere aux cheveux longs et pourpres, le tout dans un univers mélangeant fantastique et science-fiction, avec un zeste de fanservice.

Ce synopsis, très simplifié, ce n’est pas celui d’un, mais de deux animés de l’automne 2015 : d’un côté Asterisk Wars, de l’autre, Chivalry of a Failed Knight. Hasard du calendrier, mais du coup les deux animés se sont annulés mutuellement et ont un peu contribué à la généralisation qui veut que tous les light novels racontent la même chose. Mais si on prend un peu de recul et qu’on donnait vraiment sa chance à l’une des deux séries, n’y a-t-il pas des chances d’être agréablement surpris ? Car, oui, surprise : Chivalry of a Failed Knight (de son nom original Rakudai Kishi no Cavalry) n’est pas inintéressant et nous allons donc lui dédier cette rapide chronique estivale !

 

 

Stella et Ikki, nos héros intrépides

 

Nous sommes dans un univers parallèle au nôtre, où des humains nommés les Blazers détiennent la possibilité d’invoquer une arme à l’aide de leur âme. Évidemment, tout le monde n’est pas égal à ce petit jeu et notre héros, Ikki Kurogane, possède un Blazer de rang F, c’est-à-dire extrêmement faible, pour ne pas dire purement inutile. C’est tout le contraire, donc, de la célèbre Stella Vermillion, princesse d’un royaume étranger, qui possède une arme de rang A et va rejoindre la même académie qu’Ikki… et devenir son camarade de chambrée ! Seulement, Stella entend bien ne pas partager la même chambre qu’un avorton pareil et le défie en duel. Duel qu’elle va… perdre. Cela va donc changer d’amblée son caractère et elle va très vite montrer énormément de respect pour son adversaire, qui a pour ambition de gagner le tournoi de l’académie afin d’être choisi comme représentant dans le grand tournoi national. Pourquoi ? Il semblerait qu’il veuille prouver des choses à sa famille…

 

En somme, voilà une intrigue relativement classique, qui n’ébahit guère par son originalité et il est vrai que les premiers épisodes de Chivalry of a Failed Knight peuvent paraître tout aussi classiques : de l’action, une petite sœur amoureuse de son héros de grand frère, du fanservice un peu débile, un héros trop gentil envers tout le monde… Rien de révolutionnaire, juste un divertissement régressif un peu comme l’animation japonaise a su en produire des cartons entiers ces dernières années. Mais c’est justement quand on commence à ne plus rien attendre de cette série, autour du quatrième épisode, que celle-ci va soudainement nous surprendre et montrer l’aspect le plus intéressant de son écriture : celle de jouer avec les clichés et les archétypes.

 

 

Les light novels d’action passent leur temps à monter un harem de jeunes filles autour d’un héros qui jamais ne se mettra en couple avec qui que ce soit, trop idiot qu’il est ? Boum : dans Chivalry of a Failed Knight, les deux héros se mettent rapidement en couple et les personnages féminins qui vont à partir de là graviter autour du héros ne le feront plus pour essayer de conquérir son cœur, mais le considéreront, simplement, comme un adversaire ou un partenaire honorable. Le héros possède un pouvoir à l’usage limité ? Il va rester limité tout le long de la série. La présidente du conseil des élèves est une fille à grosses binocles, maladroite et gentille ? Cela ne l’empêche pas d’être une véritable badass quand le moment de l’action sonne. Un des personnages secondaires est transgenre ? Il n’est pas une grande folle ultra maquillée, comme sont souvent hélas représenté les trans dans l’animation japonaise, juste une personne physiquement et mentalement semblable aux autres, jamais réduite à sa petite spécificité ! Bref, plein de petits twists qui, sans être révolutionnaires, sont bienvenus et rendent la série plus pimentée.

 

 

La série reste néanmoins une œuvre mélangeant action et romance, et si l’histoire assez tragique d’Ikki va jouer une grande place, amenant certaines scènes dramatiques, c’est surtout autour des combats et de quelques petites scènes coquines que la série va se construire. Ce qui se ressent, car ce sont de loin les scènes les plus soignées de la série ! Les combats de Chivalry of a Failed Knight sont très bien réalisés, riches en idées visuelles et ce sont des régals à voir. Ici, ce n’est pas celui qui tape le plus fort qui gagne, mais souvent celui capable de mieux apprivoiser son pouvoir.

Si la majorité des combats vont ainsi mettre en scène Ikki qui doit gérer ses faiblesses pour trouver une contre-attaque souvent fatale, les rares combats qui ne le concernent pas montrent énormément de qualité et de variété, faisant presque un peu regretter qu’il soit un héros avec un pouvoir volontairement limité !

 

 

Quant aux scènes de fanservice, elles sont disséminées ici et là tout le long de la série et font aussi l’objet d’un soin assez particulier qui, sans en montrer trop, réussit à bien dévoiler une certaine forme de sensualité et d’érotisme qui va plus loin qu’un simple panty shot où un décolleté mal dessiné. La fameuse scène de la cabane dans les bois restera peut-être en mémoire de tous les amateurs de chaleur et de passion ! L’ensemble reste tout de même assez chaste, et on n’ira jamais plus loin que quelques sous-entendus, mais le fait que ce soit mieux assumé que d’habitude rend ce type de fanservice plus simple à accepter.

 

Il faut bien un défaut pour contrebalancer ça, et disons-le clairement : quand la série n’est pas en train de montrer un combat, de la sensualité ou une avancée importante du scénario, le visuel est un poil plus relâché, pour ne pas dire qu’il est parfois assez moche. Et c’est même parfois assez peu intéressant, il faut le dire. C’est pour ça que le début de la série – qui passe quand même environ trois épisodes à poser les personnages principaux et les enjeux – peine tant à démarrer et à se montrer inspiré.

 

 

Bref, Chivalry of a Failed Knight est une bonne surprise. Encore une fois, ce n’est pas la révolution de l’année ni même le meilleur animé de combat qu’il soit, juste un divertissement très bien fait, qui montre qu’on peut sortir des clichés et des archétypes sans jamais rogner sur la qualité. Il faut donc signaler l’excellent travail du studio Silver Link et de son équipe dirigée par le réalisateur Shin Ônuma (ef, Baka to Test, Watamote, Negima !?...), issu de la « Team Shinbô » de SHAFT, qui livrent ici une adaptation réussie. Hélas on sort, comme d'habitude, du dernier épisode à espérer une suite… dont on ignore si elle sortira un jour, malgré les bonnes ventes de la série en Blu-ray. Cruel. En attendant, on peut toujours se passer en boucle l'excellent générique d'ouverture, c'est déjà ça.

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.


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