CHRONIQUE DU JEUDI : JoJo's Bizarre Adventure

La chronique du jeudi #124 – JoJo's Bizarre Adventure

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Nous sommes en 2016, l’année prochaine, One Piece fêtera dignement ses 20 ans, ce qui provoquera moult blagues et remarques sur le fait que ça commence à devenir sacrément long. Et s’il est vrai que le manga d’Eiichiro Oda peut se targuer d’une sacrée longévité (836 chapitres et 754 épisodes pour la version animée), il faut quand même savoir qu’il y a… toujours plus impressionnant. Ainsi, pour rester dans les shonens populaires, il y a une série qui reste toujours bien vivante trente ans après ses débuts et qui encore aujourd’hui émerveille une large quantité de nouveaux spectateurs… Bref, il est temps pour la chronique du jeudi d’évoquer les adaptations animées de la saga Jojo’s Bizarre Adventure !

 

Artwork officiel du jeu Jojo's All Stars Battle, avec Jotaro Kujo au centre

 

Une rapide mise en contexte pour commencer

Jojo’s Bizarre Adventure est donc un manga débuté en 1986 dans les pages du vénérable Shonen Jump. Dessiné et écrit par Hirohiko Araki, l’idée derrière ce titre est de nous plonger dans une large dynastie, celle des Joestar, qui se transmettent des pouvoirs de génération en génération et se retrouvent tous plus où moins liés à des événements étranges se déroulant autour d’eux. Chaque Joestar est donc le héros de son propre arc narratif, arcs qui se déroulent à des périodes et dans des lieux à chaque fois différents, souvent pour apporter une nouvelle ambiance.

 

En 2004, la série a été transférée du Shonen Jump (magazine hebdomadaire pour adolescents) vers l’Ultra Jump (magazine mensuel pour adultes), témoignant d’un changement progressif de cible au fur et à mesure de ses nouveaux arcs. Au total on comptabilise huit arcs, mais, attention, nous ne les évoquerons pas tous aujourd’hui puisque tous n’ont pas été adaptés en animés !

 

Plus largement, si chaque arc apporte ses particularités, l’univers de JoJo’s Bizarre Adventure est particulièrement remarquable de par ses liens avec la culture musicale, principalement rock. La plupart des personnages et pouvoirs sont ainsi nommés selon des artistes, albums ou chansons cultes. Plus généralement, le style visuel est aussi très remarquable avec des personnages extrêmement musclés, qui n’hésitent jamais à taper des poses parfois très excentriques.

 

Sur ce, commençons avec la première adaptation :

 

JoJo’s Bizarre Adventure (1993)



Nous sommes donc en 1993 et le manga existe depuis six ans. Et, enfin, il a le droit à une adaptation animée. Mais déjà, deux choses sont à noter :

  • Ce n’est pas une adaptation télévisée mais une série de six OAV, des épisodes vendus à l’époque uniquement en VHS et Laserdisc ;
  • Ces épisodes ne couvrent aucun des deux premiers arcs et vont directement adapter le troisième, Stardust Crusaders.


Et encore, adapter est un bien grand mot puisqu’il n’adapte que la seconde moitié du manga, passant tout le début à l’as sans la moindre once de regret ! Car ici, on suit l’histoire de Jotaro Kujo, un lycéen japonais qui part en Égypte afin de combattre Dio, ennemi juré de sa famille récemment sorti d’un sommeil de plus d’une centaine d’années. Ce réveil a éveillé en de nombreuses personnes un pouvoir — nommé Stand — qui diffère selon son détenteur mais met en danger la vie de certaines personnes, dont la mère du héros. C’est donc accompagné de son grand-père, Joseph Joestar, et d’une ribambelle d’acolytes (son grand-père Joseph, le froid Kakyoin, le sage Abdul et le désaxé Polnareff) qu’il part en guerre.

 

Cette adaptation 1993 de JoJo’s Bizarre Adventure est très particulière dans le sens où elle part intégralement du principe que vous connaissez déjà le manga de base et que vous avez lu le début de l’arc car elle vous projette directement, dès son premier épisode, au milieu de l’histoire. On va donc se concentrer surtout sur le combat final entre Jotaro et Dio mais aussi entre tous les adversaires égyptiens que vont rencontrer nos héros, comme les terribles d’Arcy ou Vanilla Ice…

 

Si aujourd’hui c’est très difficile à revoir, la série ayant très mal vieilli, cette version 1993 de JoJo’s Bizarre Adventure aura connu son petit succès dans les années 90, surfant sur la popularité alors hors normes de l’arc Stardust Crusaders tout autour du monde. Il faut également signaler la très bonne adaptation du combat final, dynamique et aussi intense que dans l’œuvre d’origine.

 

 

 

JoJo’s Bizarre Adventure (2000)

 

En 2000, le même staff que pour la version 1993 est rappelé à l’action pour produire une nouvelle série de 6 OAV estampillés JoJo’s Bizarre Adventure. Et, du coup, ils vont décider fort naturellement d’adapter… l’arc Stardust Crusaders. Encore une fois.

 

 

Mais cette fois-ci l’idée est d’adapter ce qui n’avait pas été fait dans la série précédente. On retrouve donc — enfin — une adaptation de la première moitié du manga, qui se focalise surtout sur le voyage de Jotaro et ses potes du Japon jusqu’en Égypte, une odyssée moderne remplie de contretemps et d’ennemis cachés jusque dans les dessous de lit.

 

Cette adaptation est donc logique par rapport à la première série, et les deux forment un tout. Si elle a un poil moins vieilli, elle a par contre le défaut d’adapter des combats beaucoup moins intéressants et passionnants que dans la version 1993. Mais, au moins, on possède enfin une bonne introduction à l’arrivée en Égypte de nos héros, et c’est déjà ça. Les deux séries sont sorties regroupées dans le même box DVD en 2007, au Japon. 

 

JoJo’s Bizarre Adventure (2012)


 

Nous sommes en 2012, le manga JoJo’s Bizarre Adventure vient de lancer depuis peu dans son huitième arc — Jojolion — et peut se targuer de faire partie du club très fermé des mangas ayant dépassé la centaine de volumes sortis. Un joyeux record et une longévité exceptionnelle, hélas un peu minée par le fait qu’aucune adaptation de l’ensemble de la série ne se soit encore fait connaître. Un problème enfin réglé quand, en 2012, sort à la surprise générale une nouvelle adaptation et c’est cette fois-ci une série télévisée ! Nommée fort simplement JoJo’s Bizarre Adventure et dirigée par le studio David Productions (jusque-là connu pour Ben-to ou Maison de Ayakashi), elle va s’occuper de mettre enfin en images les deux premiers arcs de la série, les origines !

 

Ainsi le premier arc, nommé Phantom Blood, démarre à la fin du XIXe siècle dans l’Angleterre victorienne et nous présente Jonathan Joestar, un garçon gentil et aimé de tous, fils unique d’un riche britannique. Mais, un beau jour, son père accueille dans la famille un nouveau fils adoptif, un certain Dio Brando, fils d’un voleur pitoyable des quartiers mal famés de Londres. Et Dio va tâcher, fort poliment, de pourrir la vie de Jonathan du mieux qu’il peut. Et ça ne va pas s’arranger quand, quelques années plus tard, Dio va devenir un vampire ultrapuissant, qui va faire régner la terreur dans un village anglais que Jonathan, qui aura gagné énormément en détermination et en connaissance de ses capacités, va devoir essayer de libérer…

 

Plutôt court (une dizaine d’épisodes), cet arc va donc poser une bonne partie des éléments de l’univers JoJo : des combats très variés et souvent gores, des personnages hauts en couleur et, évidemment, le début d’un combat millénaire entre Dio et la famille Joestar…

 

La seconde partie de la série, quant à elle, va donc logiquement s’attarder sur le second arc, Battle Tendancy. Là on avance presque cinquante ans plus tard, dans le New York des années 30, où on découvre Joseph Joestar, petit-fils de Jonathan et héritier de ses pouvoirs. Celui-ci vit une existence plutôt libre et décomplexée mais va devoir apprendre à gérer ses responsabilités quand de nouveaux vampires ultrapuissants vont sortir des profondeurs de la terre pour menacer l’humanité qu’ils souhaitent décimer et asservir. Ce sera à nouveau au Joestar local de régler les ennuis et, encore une fois, il ne sera pas seul au combat.

 

Et là ou Jonathan était un combattant qui misait tout sur l’honneur et les règles de la chevalerie, Joseph est lui… beaucoup moins académique. Parfois très lâche, toujours très cérébral, il compense son relatif manque de puissance par des stratégies tarabiscotées et par un usage extrêmement dangereux des… tac-tac, ces jouets du milieu des années 60 ici rendus bien létaux.

 

 

Cette adaptation 2012 a rencontrée un très bon succès public et critique au moment de sa sortie. Les fans de la première heure pourront être très satisfaits d’une adaptation très fidèle tandis que les personnes qui découvrent l’univers pour l’occasion seront rapidement séduites par un design unique et coloré auquel on peut ajouter d’excellentes bandes originales et de très bons combats tout le long des vingt-six épisodes. Porte d’entrée parfaite vers la franchise, donc, même s’il faut bien saisir que certains passages ont pas mal vieilli et que Phantom Blood pèche clairement d’une intensité moindre par rapport à l’arc suivant.

 

 

JoJo’s Bizarre Adventure: Stardust Crusaders (2014, 2015)

 

L’adaptation de Phantom Blood et Battle Tendancy ayant été un franc succès, le studio David se retrouve donc naturellement avec la dure tâche de s’occuper désormais de ce bon vieux Stardust Crusaders. Très attendu — car étant l’un des arcs les populaires —, cette longue adaptation d’une cinquantaine d’épisodes reprend donc l’histoire de Jotaro et ses compagnons dans leur voyage vers l’Égypte afin d’occire Dio une bonne fois pour toutes.

 

C’est ici qu’apparaissent les Stands, ces pouvoirs uniques à chaque personnages qui peuvent parfois être extrêmement compliqués à comprendre et utiliser, et si la première moitié de la série voit l’auteur pas mal tâtonner avec ces nouveaux pouvoirs — créant des combats très irréguliers du point de vue de leur intérêt et de leur qualité —, c’est au moment de l’arrivée en Égypte — à la moitié de la série — que le potentiel de ces pouvoirs se fait pleinement ressentir avec des combats soudainement beaucoup mieux menés et des Stands extrêmement intéressants dans leurs idées et leurs possibilités.

 

 

Peu de choses à dire sur l’adaptation en elle-même si ce n’est qu’on pourrait lui reprocher d’être un poil lente. Comme signalé plus tôt, le gros défaut de Stardust Crusaders étant son irrégularité, certains épisodes sont beaucoup trop lents et beaucoup trop longs pour ce qu’ils montrent et racontent, pouvant décevoir des spectateurs qui cherchent une action trépidante et intense. Mais si on passe sur ce souci finalement inhérent à l’œuvre d’origine, on y retrouve un shonen manga efficace, drôle, et qui aime nous faire voyager. Et, comme en 1993, l’adaptation du combat final contre Dio est parfaite, restant un des moments les plus forts de toute la saga.

 

JoJo’s Bizarre Adventure: Diamond is Unbreakable (2016)

 

Luxe auquel on s’est désormais habitué : l’adaptation annuelle d’un nouvel arc de JoJo avec, fort naturellement, le quatrième arc, Diamond is Unbreakable. Ici on se retrouve quelques années après les événements de Stardust Crusaders et on fait une découverte plutôt scabreuse : malgré son âge très avancé, Joseph Joestar avait un fils illégitime dans une ville japonaise plutôt classique nommée Morio ! Nommé Josuke Higashikata, le fils en question est un lycéen assez classique, qui aime tirer au flanc et dont la plus grande fierté semble être sa banane capillaire, dont il prend un très grand soin. Mais évidemment, tout va changer quand Jotaro Kujo arrive à Morio afin de rencontrer ce membre de la famille dont il ignore quasiment tout, ce qui va entraîner involontairement dans la cité japonaise un étrange rassemblement de possesseurs de Stand… 

 

Ce sera donc à Jotaro et Josuke de régler ce boxon, si possible en mettant la main sur un arc bien particulier, dont la capacité semble être de faire naître un Stand chez toutes les personnes touchées par ses flèches…

 

 

A priori beaucoup moins épique que Stardust Crusaders (on cherche simplement ici à sauver le calme d’une ville japonaise lambda), Diamond is Unbreakable vaut surtout pour ses combats incroyables car les possesseurs de Stands vont être nombreux et tous vont posséder des pouvoirs extrêmement variés, exigeant de nos héros une adaptabilité constante et un esprit en ébullition ! Chaque propriétaire est d’ailleurs finalement assez taré, ce qui tombe bien parce que Josuke lui-même a parfois des priorités assez peu morales, comme par exemple son envie assez régulière de tricher aux jeux d’argent !

 

Si on pourrait donc croire la série un peu plus légère, il n’en reste pas moins des moments incroyablement tendus, ce qui est bien aidé par le fait que Diamond is Unbreakable possède sans doute l’antagoniste le plus dérangeant de toute la saga, un salaryman nommé Kira…

 

Si l’arc est déjà, de base, un des meilleurs arcs du manga, l’adaptation animée est tout aussi réussie avec un sens du rythme bien mieux maîtrisé que dans Stardust Crusaders. Si la série est prévue pour 39 épisodes, on ne sait pas encore si elle adaptera tout le manga en un seul coup (Stardust Crusaders avait eu une pause de trois mois) mais on peut lui promettre, là aussi, un certain succès, qui ne serait que mérité vu la qualité globale de cet arc !

 

 

 

Voilà donc pour le tour d’horizon des séries JoJo’s Bizarre Adventure. D'ici là, profitez beaucoup de la fin de Diamond is Unbreakable et rendez-vous peut-être en 2018 pour l’adaptation du cinquième arc, Golden Wind, qui sait ? 

 

JoJo’s Bizarre Adventure est disponible sur Crunchyroll : http://www.crunchyroll.com/jojos-bizarre-adventure.

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

Other Top News

0 Comments
Be the first to comment!
Sort by: