CHRONIQUE DU JEUDI : 5 cm per second

La chronique du jeudi #125 – Byôsoku 5 Centimeters

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Succès quasi surprise du box-office estival japonais, Your Name. de Makoto Shinkai est en train de réaliser à l’heure actuelle des scores d’affluence et de revenus assez incroyables, qui permettent à ce réalisateur talentueux de trouver enfin sa place dans le cœur du grand public. Une récompense méritée quand on connaît l’homme qui, depuis 1998, a su créer une large palette d’œuvres, souvent riches en émotions, souvent en solo ou avec le moins de staff possible. Stakhanoviste infatigable, à la productivité ahurissante et au style visuel lumineux immédiatement reconnaissable, Makoto Shinkai est en outre un auteur qui a la chance d’être relativement bien reconnu en France, grâce entre autres à sa mise en avant dans le catalogue de l’éditeur Kazé.

 

On pourrait donc dédier cette chronique à n’importe lequel de ses films : de ses débuts en 1998 avec le court-métrage Tooi Sekai à ses dernières œuvres comme Garden of Words ou Le Voyage vers Agartha, il y aurait de quoi dire sur chacune d’elles. On va cependant se concentrer sur un film en particulier, sorti en 2007 au Japon et nommé, tout simplement, 5 cm per second.


Akari et Tonô, nos deux héros

 

5 cm per second prend place dans le Japon moderne et débute dans les années 90. On y suit un garçon, Tonô, amoureux d’une de ses camarades de classe, Akari. Les deux se rapprochent au fur et à mesure des jours, au point de garder contact quand Akari doit déménager dans une autre préfecture, voisine de celle du héros. Cette prise de contact se manifeste sous la forme de bonnes vieilles lettres, que ces deux tourtereaux s’échangent à rythme très régulier, continuant ainsi de développer leurs sentiments l’un pour l’autre.

 

Hélas, Tonô apprend qu’il va devoir déménager à l’autre bout du pays, ce qui va l’empêcher de visiter Akari, qui va soudainement devenir bien plus lointaine. Il décide donc d’aller la voir afin de lui donner personnellement une lettre lui déclarant son amour et, pour cela, prend une multitude de trains régionaux qui vont rapidement se retrouver bloqués dans une tempête de neige…

 

 

Difficile d’en dire plus sans tout raconter, mais sachez simplement que ce résumé est l’introduction du premier acte d’un film qui en compte trois, centrés autour du personnage de Tonô, mais se déroulant tous les trois à une époque différente. Le deuxième acte va ainsi suivre l’histoire de Kanae, une lycéenne transie de Tonô et passionnée de surf, qui va essayer de trouver le courage d’avouer son amour au garçon qui, malheureusement pour elle, semble continuellement préoccupé par quelque chose d’autre.

 

Quant au troisième acte, il nous met dans la peau d’un Tonô adulte devenu salaryman dans une grande mégalopole. Il est non seulement seul, mais en plus profondément déprimé et enfermé dans ses regrets. Il trouvera, dans ce dernier acte, le déclic pour enfin aller de l’avant. D’autant qu’en parallèle, on retrouvera Akari, qui se prépare à un évènement important : son mariage…

 

 

5 cm per second a donc pour thème principal l’amour et les romances. Comme vous avez pu le deviner en lisant le rapide résumé de ces trois actes, ce ne sont pas des romances particulièrement heureuses. Non, ce sont des romances qui se veulent concrètement et tragiquement réalistes, et la relation entre Tonô et Akari possède, comme beaucoup de nos histoires d’amour, un début éclatant, une fin difficile et une gueule de bois interminable pour l’un des deux, avec les regrets et la déprime d’usage.

 

Ce film est donc une véritable montagne russe, qui va jouer avec nos émotions et nous confronter à beaucoup de sentiments personnels, car s’il y a une chose que partagent beaucoup d’humains, c’est bien un amour qui finit en déception. Et attention : plus ç’a été dur pour vous, plus 5 cm per second va vous toucher !

 

 

Le point qui marquera sans doute la totalité des spectateurs, c’est évidemment l’aspect visuel du film, qui est incroyable. On y retrouve le style habituel de Makoto Shinkai, avec des décors extrêmement travaillés (notez d’ailleurs le sens du détail sur les plans montrant des trains, passion assumée du réalisateur), une lumière bien particulière qui n’hésite pas à nous aveugler et un chara-design assez rond, qui met une grande emphase sur l’expression du visage des personnages. Et, évidemment, comme d’habitude avec Makoto Shinkai, ce qui épate le plus est autant le rendu final, superbe, que le fait de savoir que ça a été réalisé avec un staff très minimal ! Makoto Shinkai est ainsi réalisateur, storyboarder, scénariste, directeur artistique, directeur du son, coloriste, monteur, dessinateur de décors et même animateur 3D. Une fois le compte fait, c’est à peine une quarantaine de personnes différentes qu’on retrouve dans les crédits, ce qui est un chiffre presque trop bas pour un film d’une telle qualité visuelle.

 

Certains feront remarquer que c’est beaucoup plus que dans d’autres films de Makoto Shinkai (comme Voices of a Distant Star, où il est littéralement seul pour tout faire à la seule exception du son), mais c’est déjà beaucoup pour un tel film. Il faut également signaler que le film est classifié chez nous comme un moyen-métrage, et pour cause : il ne dure que 55 minutes. C’est ce qui explique d’ailleurs pourquoi le film n’a jamais connu de sortie en salles en France, la réglementation imposant une limite minimale de durée de film pour entrer dans le circuit habituel.

 

 

En bref, 5 cm per second est un immanquable et permet de comprendre facilement ce qu’est le style et la patte du réalisateur Makoto Shinkai. Même si on y trouve pas la touche SF/fantastique de certains de ses autres films (Agartha ou La Tour au-delà des nuages, par exemple), on y trouve quand même des thématiques fortes : le lien entre humain, temps, lieu et regrets, l’évolution qui passe par la prise de conscience de l’aspect positif des moments durs, la difficulté d’aimer. Quoi qu’on puisse penser du film qui, il est vrai, joue beaucoup sur des cordes émotionnelles qui peuvent ne pas toucher les plus insensibles, on ne peut pas nier la force de certaines de ses scènes - la longue attente du train dans la neige, le décollage de la fusée et le montage final du film, un très beau clip récapitulatif basé sur une chanson puissante et mélancolique intitulée One More Time, One More Chance.


 

On retrouve donc plein de bonnes idées dans ce film, qui parle de romance comme peu d’autres animés en parlent et qui nous offre presque en bonus une patte visuelle irréprochable, que Makoto Shinkai continuera d’améliorer à pas de géant dans ses films suivants. On espère donc beaucoup de choses similaires de Your Name. qui, même s’il ne contient que la moitié de la force émotionnelle de 5 cm per second, pourrait être la totale réussite que son énorme succès dans les salles japonaises nous laisse présager, d’autant plus qu’on le doit à un bouche-à-oreille très positif.

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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