CHRONIQUE DU JEUDI : Kochikame

La chronique du jeudi #126 – Kochira Katsushika-ha Kameari Koen Mae Hashutsujo

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

2016 est décidément l’année du renouveau pour le Weekly Shonen Jump. Le vénérable magazine verra donc se clôturer en moins d’un an des séries assez importantes de son catalogue. Assassination Classroom, Nisekoi et Bleach se sont ainsi interrompues — à la stupeur générale pour le dernier — et des séries comme Gintama ou Toriko pourraient suivre, leurs histoires semblant s’approcher de plus en plus vite d’une fin programmée. Mais parmi tout cela, une autre série s’est également terminée dans le numéro de cette semaine, une série qu’on ne voyait pas s’arrêter de sitôt, connue de tous les Japonais mais, paradoxalement, inconnue chez nous. Cette série, c’est Kochikame, et on va, en utilisant ses multiples adaptations animées comme support, tâcher de vous expliquer pourquoi cette fin est peut-être la plus importante de 2016.

 

Les personnages centraux de Kochikame avec, au centre, le héros, Ryotsu

 

Déjà, pour être plus clair, précisons que Kochikame n’est pas le nom officiel de la série, celle-ci se nommant en réalité Kochira Katsushika-ku Kameari Koen Mae Hashutsujo, ce qui peut se traduire par, grosso merdo, « Le Commissariat En Face Du Parc de Kameari Situé Dans Le Quartier de Katsushika ». Kochikame est donc son nom diminutif, que nous allons avoir peu de regrets à utiliser. Et d’ailleurs ce nom complet est bien pratique puisque, finalement, il explique très bien le scénario de l’œuvre qui se déroule, vous l’aurez deviné, dans un commissariat situé en face du parc de Kamaeri, situé dans le quartier de Katsushika.

 

Dans ce commissariat, on va suivre plus particulièrement les aventures de Kankichi Ryotsu, un policier tire-au-flanc passionné par le Pachinko et cherchant régulièrement des moyens simples de se faire masse d’oseille sans trop d’efforts. Parfois, parfois, il effectue un travail de policier mais c’est finalement assez rare. Autour de lui gravitent les autres policiers de ce commissariat, à commencer par son ami Keiichi qui est certes un policier tout ce qu’il y’a de plus normal à première vue mais qui est aussi l’héritier d’un important groupe industriel, ce qui fait qu’il a à sa disposition hélicoptères, jets privés et autres voitures de luxe. Un décalage qui ne manquera jamais de faire enrager Ryotsu !

 

Fais attention à toi, Ryotsu !

 

On trouve également un personnage principal féminin, Reiko, une métisse mi-japonaise mi-européenne élevée aux États-Unis qui, même si elle est en très bons termes avec Ryotsu, tâchera de souvent le dissuader de prendre de trop gros risques et essaiera, via ses racines, de donner un point de vue moins « japonais » sur les situations que notre héros va rencontrer. Oh, et il y a évidemment le commissaire qui supervise le tout, le très grognon Daijiro Ohara, un homme particulièrement strict, sévère, mais qui se retrouvera trop souvent la cible et la victime de plans de Ryotsu.

 

On peut ajouter à cela une ribambelle de personnages secondaires, qui travaillent également dans le commissariat : Maria, une transsexuelle ancienne championne de kickboxing ; Hana, une policière pleine de charme et de féminité à la japonaise ; ou bien Matoi, une jeune fille pleine d’énergie mais au caractère susceptible et impulsif. Il y a également les collègues masculins de Ryotsu, souvent aussi bourrés de défauts que lui. Bref, tout ce petit monde, on va apprendre à le connaître durant près de 1 963 chapitres.

 

Maria, policière et championne de kickboxing... et détentrice d'un grand secret

 

Oui, 1 963. Car ce chiffre est celui qui correspond au nombre total de chapitres de Kochikame qui auront été publiés depuis le 21 septembre 1976 dans tous les numéros du Weekly Shonen Jump. Car ce qui distingue principalement Kochikame des autres mangas, et qui explique sa renommée, c’est que le manga aura donc été présent dans 1 963 numéros successifs du Shonen Jump sans jamais être absent une seule fois. Une longévité remarquable, qui prend fin donc cette semaine, pile quarante ans après les débuts, et alors que sortira le mois prochain le deux centième et dernier volume. Tout cela fait de Kochikame le plus long manga jamais publié, dépassant d’une quinzaine de tomes le second, le tout aussi vénérable Golgo 13, qui n’en n’est qu’à son 185e tome.

 

Kochikame est donc un véritable lien entre plusieurs générations. Si l’on devait le comparer à une série occidentale, ce serait, finalement, Les Simpsons. On retrouve ainsi dans les deux séries pas mal de points communs : une longévité remarquable, des héros attachants et remplis de défauts qui se retrouvent dans des aventures extravagantes, avec un casting qui ne change qu’à de très rares occasions et des histoires qui s’inspirent énormément de ce qui fait alors l’actualité au Japon. Quelque chose est à la mode ? Kochikame va s’en servir pour une de ses histoires et sans doute s’en moquer très gentiment. En outre, l’histoire et les personnages n’évoluant pour ainsi dire jamais, n’importe qui peut lire un chapitre de Kochikame sans forcément avoir besoin de lire tous les précédents. Bref, un rendez-vous traditionnel, partagé par parents et enfants, et ce depuis une bonne quarantaine d’années.

 

Deux couvertures du manga : le 40e tome (sorti autour de 1984) et le 197e (sorti en 2015)

 

Et tout ce travail admirable on le doit donc à un homme nommé Osamu Akimoto. Ancien animateur (qui aura par exemple travaillé sur Gatchaman en 1972), il rejoint la grande famille du Jump et de la Shueisha en 1976, alors âgé d’à peine 24 ans, pour commencer Kochikame. Et, depuis, comme on l’a déjà mentionné, il aura toujours respecté ses deadlines et aura fourni, chaque semaine, pendant quarante ans, un chapitre pour le magazine. Si cela n’est pas déjà assez remarquable en soi, il faut également signaler qu’il aura dessiné en parallèle d’autres séries à plusieurs reprises comme, en 1985, une série de charmes et d’action nommée Mr.Clice. Aujourd’hui, le mangaka est enfin « libre », à l’âge tout aussi vénérable de 64 ans mais il a déjà annoncé en conférence vouloir repartir pour une nouvelle série. Pas de repos pour les braves !

 

À noter également que pour les 30 ans de la série, Kochikame s’est permis de vrais cross-over avec quelques « petites » séries de l’histoire du manga : Lupin III, Golgo 13, Dragon Ball… Dessinés et scénarisés par les auteurs originaux, ces cross-overs montrent, si’il fallait encore le signaler, l’impact et le poids de la série sur son sol d’origine !

 

Extrait de la dernière case du dernier chapitre du manga où Ryotsu n'a pas hésité à cracher sur les plats pour en profiter tout seul. Technique fourbe, mais efficace.

 

Mais la chronique du jeudi, vous le savez, elle parle surtout d’animés et, sans surprises, Kochikame aura connu plus d’une adaptation. La principale adaptation est arrivée relativement tard dans la vie du manga, puisqu’il aura fallu attendre 1996, soit vingt ans après le début du manga, pour voir les aventures de Ryotsu à l’écran. Mais une attente rudement bien récompensée puisque la série squattera les télévisions japonaises pendant huit ans, de 1996 à 2004, et offrira un mélange entre des adaptations d’histoires du manga et quelques histoires inédites de-ci de-là. Produit par le Studio Gallop (un studio spécialisé dans les longues séries-fleuves et qui est derrière les adaptations de Yu Gi Oh ou de Touch), c’est en fin de compte près de 373 épisodes qui sortiront, un chiffre loin d’être négligeable. Après, cela reste une adaptation somme toute classique, qui ne prend que peu de risques et ne fait pas preuve d’une qualité technique ahurissante.

 

Une fois la série animée terminée, Kochikame en animé va continuer via le biais de téléfilms qui sortiront à rythme très régulier entre 2005 et 2008. Ces téléfilms d’une durée située entre trente et cinquante minutes vont continuer à suivre le schéma habituel de l’œuvre, c’est-à-dire voir Ryotsu se retrouver dans des situations toujours plus comiques et incongrues.

 

 

Voilà pour Kochikame. Une série importante pour la culture japonaise et l’histoire du Weekly Shonen Jump mais qui ne sera finalement connue en Occident que pour être celle détentrice de nombreux records toujours plus ébouriffants. Rien de bien surprenant, tant la série est ancrée dans la culture et l’histoire japonaise, mais que cela ne nous empêche pas de rendre nos hommages à une œuvre qui va pouvoir bénéficier, enfin, d’un repos plus que mérité.

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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