CHRONIQUE DU JEUDI : Oreimo

La chronique du jeudi #129 – Ore no Imôto ga konna ni kawaii wake ga nai

Le jeudi, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Parfois, l’animation japonaise apporte son lot de surprises et l’on voit ainsi certaines œuvres prendre une place importante dans l’industrie alors que rien, à l’annonce du projet, ne pouvait le laisser deviner. Et pourtant, on ne peut que noter à quel point la série Ore no Imôto ga konna ni kawaii wake ga nai, aussi nommé Oreimo, a pas mal influencé, à sa manière, son époque. Si en Occident l’œuvre est reçue avec certaines pincettes — pour les raisons que nous allons exposer dans cet article —, au Japon ce fut tout l’inverse, le light novel original détruisant des records de ventes, participant un peu plus à ce second boom des light novels qu’on connaîtra au début de la décennie 2010. Plus largement, on peut aussi arguer du fait que la série a participé au retour des œuvres « méta » mettant en scène les communautés otakus, a repopularisé les romances incestueuses entre frères et sœurs et, enfin, a offert à son public le don des titres interminables, qui va devenir une marque de fierté pour de nombreux autres light novels.

 

Oreimo est donc une série qui, dans un sens, représente très bien son époque. Maintenant, et alors que la série fête ce mois-ci ses six ans, que vaut-elle si on la sort du contexte de sa sortie ?

 

Kyosuke et Kirino, frère et sœur mais aussi héros de la série

 

Kyosuke est un lycéen japonais typique, qui vit tranquillement dans la préfecture de Chiba, mais qui possède avec sa petite sœur, Kirino, une lycéenne extrêmement douée, mannequin à côté de ses études, une relation assez peu développée, avec beaucoup d’indifférence et de distance entre eux. Mais un beau jour, Kyosuke découvre dans l’entrée de sa maison un DVD d’animé… qui cache en fait un eroge, un jeu érotique. Il va alors découvrir, à sa grande surprise, que sa sœur est une énorme otaku, passionnée de jeux de dragues et d’animés pour enfants, et celle-ci va alors l’initier à cet étrange univers, créant par la même occasion des nouveaux liens entre eux… Sachant qu’il va falloir également la couvrir, leur père étant du genre traditionaliste et plutôt sévère.

 

Kirino va donc faire découvrir à son frère le monde des otakus, en commençant par divers jeux et animés, puis allant vers les bons vieux rassemblements IRL, où Kyosuke va faire la rencontre des amies de sa sœur, toutes aussi otaku qu’elle. On retrouve ainsi la très passionnée et mal fringuée Saori, mais aussi la cosplayeuse élitiste Kuroneko, qui a régulièrement avec Kirino des discussions très animées sur ce qui serait la source de tous les problèmes de l’animation japonaise.

 

Moi aussi j'étais comme ça devant Clannad

 

On va donc découvrir ce petit monde en compagnie de Kyosuke, sachant que si la série au départ parle surtout de la simple découverte du monde otaku et du fait d’assumer ses passions, on va rapidement aller vers une série de romance, puisque le cœur de notre héros va pas mal s’emballer… et celui des filles qui l’entourent également ! Car en dehors de Kirino et de Kuroneko, il va devoir aussi gérer les petites crises de jalousie de sa pourtant très discrète amie d’enfance, Minami, tout comme les camarades de classe et collègues mannequins de Kirino, Ayase et Kanako, qui ont un jugement du monde otaku qui n’est guère positif.

 

On tient donc ici une très habituelle comédie romantique, avec son lot de jeunes filles tournant autour du héros, un lycéen normal qui ne pensait pas se retrouver dans une telle situation. Ce qui va aider Oreimo à se distinguer est le fait qu’il se déroule intégralement dans une atmosphère résolument otaku, où les personnages féminins vont autant se battre pour le cœur du protagoniste que pour, par exemple, déterminer quel est le meilleur animé. Kirino, de par son amour pour les eroges et les animés de magical girl, est clairement étudiée pour que le public otaku visé se sente proche d’elle ou, du moins, de ses goûts. On pourrait donc le comparer à Genshiken, qui déjà dépeignait dès 2003 une communauté otaku avec leurs passions et leurs problèmes de cœur, sauf que c’est ici beaucoup plus simplifié et les personnages y sont un poil plus caricaturaux. Sans compter que l’analyse des us et coutumes du monde otaku ne va finalement pas bien loin, les relations entre Kyôsuke et les différents personnages féminins se révélant très vite le point sur lequel Oreimo va se concentrer.

 

Et les maids, évidemment

 

Là-dessus, difficile de vraiment décrire les romances d’Oreimo sans trop spoiler tant la série peut surprendre sur ce point. Disons simplement que quelques choix assez intéressants sont faits par l’auteur : ici pas de statu quo, le héros va se retrouver en couple avec l’une des héroïnes, mais ce n’est pas parce qu’il ne sera plus célibataire que la série va se conclure pour autant. C’est même le contraire : cela ne va que rendre toujours plus confus les sentiments du héros vis-à-vis des autres personnages féminins et son cœur va tout de même vadrouiller ailleurs. Tout cela se conclura sur un très polémique épisode final, qui va apporter une fin définitive, où il fera un choix déterminant… mais assez mal assumé par la série. Ce traitement, qu’on pourrait résumer par l’expression « avoir le cul entre deux chaises », mettra une partie des spectateurs dans une rage assez vocale. Ce n’est même pas le cas typique où les fans d’une héroïne sont enragés de ne pas voir leur favorite « gagner » : ici, tous les fans de tous les personnages l’ont très mal digéré, ce qui est un exploit plutôt rare.

 

 

D’un point de vue technique, c’est le studio A1 Pictures qui s’occupe de l’adaptation et on sent que la série possède quelques ambitions dans son enrobage et ce dès les génériques, qui changent à chaque épisode de la première saison. L’opening s’enrichit de plus en plus d’éléments visuels au fil des épisodes tandis que treize chansons ont été composées et interprétées par les doubleuses pour les treize différents endings de la série. Visuellement, la série peut également bénéficier d’un très beau character design, qu’on doit à Hiro Kanzaki (a qui on doit également le design de Classroom Crisis ou d’Eureka Seven AO), offrant à la série un style très fin, très coloré, qui rend le visionnage de la série généralement très attrayant. La première saison fut diffusée d’octobre à décembre 2010 tandis que la seconde, encore plus réussie visuellement, sortira entre avril et juin 2013.

 

En soi, Oreimo est une série qui se laisse très bien voir mais qui possède quelques points qui peuvent être rédhibitoires pour certains : le personnage de Kirino se conduit parfois, pour le dire poliment, de manière profondément antipathique, pouvant créer une forme d’agacement auprès d’une frange non négligeable du public. En outre, le héros de la série, Kyôsuke, cumule un peu les tares habituelles du héros typique de light novel, manquant parfois régulièrement de caractère et de personnalité, et prenant à certaines reprises des décisions mal pensées, quand elles ne semblent pas sortir de nulle part. Et, évidemment, si les thématiques incestueuses vous mettent mal à l’aise, Oreimo n’est clairement pas pour vous, mais ça, vous vous en êtes peut-être douté juste en voyant le nom qui, pour rappel, se traduit par Ma petite sœur ne peut pas être aussi mignonne…


Après, vous pouvez ne regarder que les épisodes dédiés à Kuroneko, ça règle le souci ♪ 

 

Bref, Oreimo reste un divertissement assez simpliste, qui est facile à regarder et a eu la chance d’avoir le droit à une adaptation travaillée. Ce n’est pas un immanquable, mais si vous aimez les comédies romantiques qui possèdent une fin et si vous aimez vous enguirlander avec vos potes quand il s’agit de désigner quelle est la meilleure fille du casting, ça peut satisfaire vos besoins. En attendant, l’œuvre aura marqué, à sa façon, le petit monde des light novels, et c’est déjà quelque chose.

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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