CHRONIQUE DU JEUDI : Tetsujin 28

La chronique du jeudi #130 –Tetsujin 28-go

Le jeudi, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Les méchas, ou robots géants, sont de véritables symboles de l’animation japonaise. On ne compte plus les grandes franchises et séries qui reposent sur ces colosses d’acier. De Gundam à Evangelion, on passe par Code Geass, Aldnoah Zero ou bien encore GaoGaiGar. On peut trouver une multitude de raisons pour expliquer les nombreuses apparitions de méchas dans l’animation japonaise. Mais partons aujourd’hui en 1963, du côté de la source historique du phénomène, le tout premier mécha emblématique de l’industrie : Tetsujin-28.

 

 

Couverture du manga original, avec Shotaro et Tetsujin

 

L’histoire de Tetsujin-28 trouve ses bases dans l’Histoire avec un grand H, en l'occurrence la Seconde Guerre mondiale. Durant le conflit, un homme du nom de Dr Kaneda développe dans sa base secrète des armes expérimentales pour l’armée japonaise, armes censées renverser le cours du conflit. Hélas pour lui, ladite base est bombardée. L’homme trouve la mort, et ses travaux top secret sont perdus. Ses armes restent donc enfouies sous les gravats jusqu’à dix ans après la fin du conflit, où deux bandits s’introduisent dans les ruines. Ils tombent alors nez à nez avec deux robots télécommandés de grande taille et vont aussitôt comprendre l'intérêt de tels engins pour le crime organisé. Semant la pagaille dans la ville, ça sera au fil du Dr Kaneda, Shotaro, de régler la situation. Pour cela, il sera amené à explorer à son tour le laboratoire de son père pour découvrir un autre prototype de robot géant télécommandé, le Tetsujin 28. Ce dernier est bien plus grand et bien plus fort. Il devra s’en servir pour combattre le crime et offrir à l’humanité paix et prospérité…

 

La série va donc suivre les aventures de Shotaro et du Tetsujin 28. Ils seront assistés par certains membres de la police contre d’importantes menaces, à commencer par l’armée de robots du vil Dr Franken. Une intrigue simple, mettant en scène un enfant héros malin et intelligent. Il va pouvoir ajouter à ses dons intellectuels la force brute et efficace du Tetsujin, machine impressionnante de 18 m de haut qui ne fait jamais dans la dentelle. Les épisodes racontent souvent des histoires indépendantes, qui ne dépassent pas trois épisodes d’affilée. Peu de fils rouges, mis à part le mystère du Tetsujin 28 et des inventions du professeur Kaneda. En somme, une série pour enfants relativement classique dans sa construction, avec un épisode de vingt minutes chaque semaine. À cette époque, l’animation japonaise est encore balbutiante - Astroboy ne date que de neuf mois lors de la diffusion du premier épisode de Tetsujin 28.


 

Tout comme Astroboy, Tetsujin 28 n’est pas une création originale. Il s’agit là aussi de l’adaptation d’un manga qu’on doit à un génie méconnu, en l'occurrence Mitsuteru Yokoyama. En dehors de Tetsujin, il créera nombre de séries importantes pour l’histoire du manga et de l’animation japonaise. Citons également Sally la Petite Sorcière (une des premières histoires de magical girl), la série Giant Robo ou bien le manga comique Iga no Kagemaru, inconnu en dehors du Japon, mais déclenchera un boom des histoires de ninjas. Une personnalité importante des années 50 et 60, donc, qui fut à la source de nombreux styles et qui créera à la fois le genre du Mécha et celui des magical girls.


 

L’adaptation animée de Tetsujin 28 suit donc les repères posés par l’adaptation de Astroboy plus tôt dans l’année. Si la série sera au final plus courte que son aînée (97 épisodes pour Tetsujin 28 là où Astroboy en produira 163), son impact ne se fera pas attendre et le personnage de Tetsujin 28 va rapidement séduire les enfants japonais. Néanmoins cela ne lance pas pour autant un boom d’œuvres possédant en star des robots géants. Tetsujin va même être le seul sur ce créneau pendant la quasi-totalité de la décennie, posant les bases d’un genre sans pour autant le créer.

En réalité, il faudra attendre deux séries complémentaires pour créer un véritable élan autour des robots géants. On citera la série live Giant Robo, en 1967, qui est toujours issue de l'esprit de Mitsuteru Yokoyama. Mais surtout Mazinger Z, en 1972, qui introduira le concept de méchas contrôlés de l’intérieur, apportant une nouvelle dynamique au genre. Tetsujin 28 et les deux œuvres précitées peuvent donc être légitimement considérées comme les trois piliers du mécha dans la culture visuelle japonaise.

 

 

En plus de participer à la création d’un genre, Tetsujin 28 marquera une quantité ahurissante de jeunes enfants des années 60, les initiant à la science-fiction. Cela se fera ressentir moult années plus tard, quand certains d’entre eux deviendront des créateurs. L’exemple le plus probant est sans nul doute le film Akira, de Otomo. Si le héros du film se nomme Shotaro Kaneda, ce n’est pas par coïncidence. C’est un clin d’œil tout à fait voulu au jeune protagoniste de Tetsujin 28. Ce lien se confirme quand on observe le nom d’autres personnages, comme le colonel Shikigami, qui partage son patronyme avec le mentor du héros de Tetsujin, et il y en a d’autres… Otomo aura même déclaré, dans une interview, avoir souhaité, avec Akira, créer une “nouvelle version” de l’œuvre de Yokoyama. De manière plus étrange, il n'y aura pas que Otomo qui aura été marqué par le jeune héros de la série puisque le mot shotacon (qui désigne une forme d’attirance pour des jeunes garçons, similaire au mot lolicon), tire sa racine… du prénom du héros, Shotaro. 

 

La version années 80 de Tatsujin est beaucoup moins… ronde, c'est sûr

 

En dehors de la série animée de 1963, d’autres adaptations seront mises en production. La plus polémique d’entre elles sortira en 1982 et placera l’action de la série au début des années 2000. Elle y intégrera la création d’un “nouveau” Tetsujin, qui ne ressemble pas tout à fait à l’ancien. Trois autres séries suivront en 1992, 2003 et 2013, se destinant à chaque fois à un jeune public. Chaque génération japonaise possède donc sa série Tetsujin, créant un lien entre petits et grands. Et comme tout symbole fort de la culture visuelle japonaise, le personnage est mis en avant dans certaines villes japonaises. Un Tetsujin grandeur nature aura ainsi été construit à Kobe, en 2009.

 

En France, Tetsujin est bien moins connu que peut l’être un Goldorak ou même Gundam. C’est pour la simple et bonne raison qu’aucune série mettant en scène le robot géant télécommandé ne nous est parvenue. En règle générale, la franchise a toujours eu du mal à s’internationaliser. La série originale avait été diffusée aux États-Unis à la fin des années 60 sous le nom de Gigantor mais n’avait déjà pas dépassé la cinquantaine d’épisodes avant l’annulation. Pour autant, il faut bien prendre conscience du poids - au propre comme au figuré - que possède le robot d’acier dans le paysage japonais et son importance dans l’imaginaire collectif, aujourd’hui encore !

 

18m d'acier pour défendre la paix et la justice dans le centre de Kobe !

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.


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