CHRONIQUE DU JEUDI : 3 ans de chroniques

La chronique du jeudi #132 – Trois ans !

Le jeudi, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Déjà trois ans que la chronique du jeudi s’est lancée sur Crunchyroll, à l’époque avec une première chronique dédiée à l’animé romantique Kare KanoTrois ans et cent trente-deux chroniques plus tard, nous voici donc réunis pour le désormais traditionnel article récapitulatif de l’année écoulée, pour qu’en un seul coup d’œil vous puissiez constater quels animés ont été évoqués et, pourquoi pas, lire ou relire l’article qui avait été écrit pour l’occasion !

 

Dans tous les cas, un petit mot de l’auteur avant de commencer et, effectivement, les lecteurs les plus assidus auront remarqués que après très exactement cent vingt semaines d’affilée à vous offrir un article sont apparus les premiers défauts au planning ! Et, à partir de là une grande dégringolade avec une rubrique passée doucement, mais sûrement, à un rythme irrégulier, pour se finir sur trois mois de pause de début novembre à début février. Car, hélas, et je vais ici l’évoquer rapidement, beaucoup de soucis personnels — santé, boulot, déménagement — sont venus pimenter mon année 2016 et ont grignoté mon temps libre, ne permettant pas de pouvoir assurer cet exercice hebdomadaire avec assiduité. Cela a conduit à cette longue pause d’un trimestre, nécessaire également pour retrouver le goût d’écrire car après 130 articles, le besoin de souffler est là !

 

Mais qu’importe, la chronique est de retour, prête à aborder sa quatrième année. En attendant, revenons un peu sur les trente animés évoqués de fin février 2016 à début février 2017...

 

Romance

 

Avec le recul, beaucoup d’histoires d’amour ont été évoquées cette année ! Cela trahirait-il des sentiments refoulés par l’auteur ? Difficile à dire mais on avait débuté en évoquant la très bonne adaptation animée du shojô Kimi ni Todoke, mieux connue en France sous le nom Sawako, qui conte avec légèreté l’histoire d’une adolescente au look rappelant pas mal les fantômes du cinéma horrifique japonais et sa relation avec un camarade de classe gentil, fiable et compréhensif. Une adaptation mignonne comme tout qui saura, avec certitude, réchauffer votre cœur.

 

 

Après ça, vous serez prêt pour Sakurasô no Pet na Kanojo, premier travail de réalisation d’Atsuko Ishizuka (No Game, No Life ; HaNaYaMaTa) et adaptation d’un light novel centré sur un pensionnat rempli d’étudiants excentriques aux ambitions artistiques particulièrement élevées, et les amourettes qui vont naître au sein de ce vénérable établissement. Visuellement à tomber par terre, avec des personnages attachants et un humour efficace, en voilà de la romance sous-estimée. Après, dans un autre style, vous aviez de l’adaptation d’eroge avec Yosuga no Sora, romances estivales entre un adolescent et plusieurs personnages féminins, qui adaptait son sujet avec tellement de fidélité que même les scènes érotiques étaient incluses ! Certes, limiter la série à ça est un peu réducteur mais c’est vrai qu’il s’agit de la chose la plus mémorable d’une série gentiment imparfaite.

 

On a aussi évoqué des blockbusters du genre avec l’inratable Nisekoi, comédie romantique la plus longue et la plus populaire de l’histoire du Weekly Shonen Jump. Et pour le coup, la Shueisha n’a pas eu peur de confier son bébé à un studio inattendu, en l’occurrence le studio SHAFT a qui on doit des œuvres aussi perchées visuellement que Madoka Magica ou Bakemonogatari. Passé la surprise, on se rend compte qu’on a affaire à une adaptation fidèle à la case près de ce qui est une œuvre qui, si elle peut être décevante en matière d’intrigue romantique, fonctionne bien mieux en tant que comédie. Tout aussi comique, c’est Saenai Heroine no Sodatekata, aka Saekano, qui derrière son intrigue d’une fine équipe tentant de créer le visual novel ultime tente plus où moins adroitement de se moquer et de parodier les genres de la comédie romantique, quitte à parfois être un peu trop poseur. Mais si ce détail ne vous gêne pas et que vous voulez juste une dissection parfois sous vitriol de la romance, n’hésitez pas !

 

 

Mais les histoires d’amour finissent mal en général disait le grand duo Rita Mitsouko alors, évidemment, on a évoqué Cinq centimètres par seconde, le moyen-métrage qui avait révélé Makoto Shinkai auprès du public français qui continue de lui être fidèle, si on en croit les chiffres qu’enregistre Your Name, devenant le premier film d’animation japonaise qui ne soit ni un Ghibli ni une licence à atteindre les 200 000 entrées en France. Déjà à l’époque, Shinkai abordait son thème phare, celui de la séparation entre les êtres, posant une romance tragique entre deux personnages qui vont voir leur amour être soumis à la distance et à l’érosion du temps, pour un résultât d’une profonde mélancolie. À voir !

 

 

Action

 

Mais outre la romance, la baston et l’action n’étaient pas en reste et on a également beaucoup évoqué des œuvres mettant en scène des combats intenses, du pouvoir de l’amitié et des personnages aux capacités hors-norme. Ça n’a pas toujours été rose, néanmoins, comme le montrent Red Eyes Sword et son univers sombre, où corruption et tueurs psychopathes règnent en maître, avec comme seule barrière une armée d’assassins aux intentions nobles. Si on reprochera longtemps à la série une absence handicapante de subtilité et une course permanente vers la cruauté, course qui s’essouffle vite, on appréciera beaucoup plus la bonne palette de personnages avec, en point d’orgue, les Jaegers, ces antagonistes qui deviennent très vite plus attachants que les héros eux-mêmes.

 

 

Mais si on reste dans les univers sombres et violents, on peut remonter dix ans en arrière avec le mythique Hellsing et son intrigue qui est un pot-pourri efficace de légendes urbaines où vampires, néonazis et radicaux catholiques s’affrontent dans un Londres ténébreux et métamorphosé, avec une bande originale magistrale pour accompagner tout ça comme il faut. Plus abordable sans doute est Persona 4 The Animation, adaptation très attendue d’un des JRPG les plus vénérés de la PlayStation 2. Ici, on reste dans les légendes urbaines, avec une ville de campagne victime d’un tueur en série qui suspend ses victimes sur les antennes des toits de la cité. Seul barrage à ça : une bande de lycéens disposant du pouvoir de passer à travers les écrans pour explorer le Shadow World et essayer de sauver les victimes avant qu’elles passent à l’as. Si vous n’avez pas l’occasion de jouer à l’excellent jeu, cette adaptation fera le taf, adaptant avec quelques bonnes idées une œuvre pourtant extrêmement touffue.

 

 

Touffu, le héros de One-Punch Man ne l’est certainement pas ! Que dire et ajouter sur un des plus gros hits récents de l’animation, alliant humour et action dans une œuvre qui navigue sans difficulté dans les limites ténues entre le sérieux et la parodie. Un véritable festival visuel, où la crème des animateurs japonais s’est donné rendez-vous pour contribuer à des scènes techniquement incroyables. Diffusé la même saison que Saitama et ses amis mais passé beaucoup plus inaperçu, Chivalry of a failed knight, de son nom original Rakudai Kishi no Cavalry, met en scène tous les clichés les plus connus des light novels d’action : un héros prétendument nul mais qui cache de nombreux secrets, une académie de magie, une héroïne tsundere, une petite sœur qui aime beaucoup son onii-chan… Tout ça partait mal mais dès qu’on gratte un peu la peinture, on tombe sur du matériau de qualité : désamorçant et esquivant tous les clichés, offrant à son public ce qu’il attend (du combat et du fanservice) et en l’offrant bien, Chivalry surprend plus qu’agréablement, se pose comme un des divertissements japonais les plus efficaces de 2015 et laisse dans la bouche une envie réelle de seconde saison.

 

Et en parlant de nouvelle saison, oui, To Aru Kagaku no Railgun nous manque peut-être aussi un chouia. Ce spin-off de To Aru Majutsu no Index qui choisit de se centrer sur un des personnages les plus populaires, l’électrique Misaka Mikoto, surprend là aussi agréablement. Si tout n’est pas parfait et que les arcs « inédits » de l’animé pèchent à atteindre la qualité du manga original, Railgun touche parfois la grâce et met en scène de vrais combats entre personnages intrigants, avec des enjeux toujours plus clairs et efficaces. Autre adaptation de manga, Btooom!! déçoit lui peut-être un peu plus, n’assumant pas vraiment son statut de Battle Royale explosif. Reste un concept fort, qui à défaut d’être extrêmement bien utilisé, laisse à rêver de jours meilleurs.

 

 

Mais fi de tout ça, si jamais on devait ne garder qu’une seule série d’action cette année, prenons l’un des rois du shonen contemporain, l’extraordinaire Hunter X Hunter, où nous avions parlé de son adaptation de 2011 qui, en près de deux ans de diffusion, a su rendre hommage à un de ces chefs-d’œuvre du Jump qui justifie même les attentes les plus interminables. Toujours plus surprenante, l’œuvre de Yoshihiro Togashi apporte un souffle neuf à l’univers du shonen nekketsu, avec des intrigues qui mélangent tous les styles, toutes les idées, tous les genres. On ne sait jamais ce qu’on va avoir dans cette série, la seule certitude qu’on possède est que, quoi qu’il arrive, ça sera maîtrisé et ça va toujours déjouer nos attentes.

 

Comédie

 

Ah, le mystérieux mais pourtant si intéressant humour japonais ! Pendant que les comédies affluent toujours plus chaque saison, on s’est appesanti cette année sur cinq d’entre elles, dans des genres très différents à chaque fois, à commencer par l’incomparable Monster Musume no Iru Nichijô qui, deux ans avant Freaky Girls, racontait déjà la cohabitation compliquée entre humains et demi-monstres, avec ici un angle beaucoup plus délirant et, surtout, érotique ! Malgré l’afflux de fanservice, la série surprend aussi pas mal de par la cohérence de son univers qui s’amuse, dans le moindre détail, à exploiter chaque particularité de ses très uniques personnages. Mais si vous souhaitez quelque chose de plus normal mais de tout aussi dérangé, il y’a évidemment le cultissime Excel Saga, où chaque épisode parodie un genre, un style, sans la moindre barrière. Un épisode qui moque les jeux de drague ? Vous avez. Un qui se moque des animés d’horreur ? On y est. Un qui se fout de la tronche des cartoons américains ? Emballez, c’est pesé. Porté par une des meilleures VF jamais produites, Excel Saga avait été un carton lors de sa diffusion sur les canaux hertziens il y a douze ans et aujourd’hui, grâce à la magie des coffrets DVD Gold, le découvrir n’a jamais été aussi simple donc n’hésitez pas !

 

 

Comédie sur un tout autre style puisque mâtiné de romance et d’observations plus où moins pertinentes sur la communauté otaku japonaise, Ore no imôto ga konna ni kawaii wake ga nai, alias Oreimo, restera beaucoup plus dans les mémoires pour sa fin polémique et pour avoir lancé la mode étrange des titres à rallonge, que pour tout ce qui précède même s’il s’agit d’une adaptation de light novel qui aura eu, à sa manière, un léger impact au sein de son industrie. Tout comme Lucky Star qui en 2007 voyait Kyoto Animation adapter un manga comique en 4 cases qui, là aussi, savait multiplier les références qui allaient plaire aux otakus. Si la série est extrêmement ancrée dans son époque et a, il faut le dire, pas très bien vieilli, il reste que Lucky Star a, via son succès, posé les bases pour d’autres adaptations du genre, et on pense là à des titres comme Hidamari Sketch ou K-On.


 

Mais l’une des comédies les plus récemment remarquées c’est le retour, de nulle part, des frères Osomatsu avec Osomatsu-sanremake très particulier d’une série culte des années 60 qui décide de se remettre au goût du jour avec une ribambelle de parodies, de running gags et des personnages décidément très outranciers. Véritable petit laboratoire à idées, chaque épisode d’Osomatsu-san propose quelque chose de différent, d’inattendu. Cela amène une irrégularité parfois extrême, où on peut pleurer de rire sur un épisode et trouver le suivant complètement ringard, mais au moins c’est un animé qui tente en permanence de nouvelles choses et il serait malaisé de le lui reprocher.

 

Voyages

 

On a également beaucoup voyagé cette année, avec foules d’animés qui vous proposent de suivre le voyage de personnages partout autour du monde. On commencera par Macross Zéro, qui reprend les codes habituels de la franchise intergalactique Macross (des gunfights, un triangle amoureux et l’habituel pouvoir de la musique) pour les transposer dans une petite île du Pacifique, où un pilote des Nations Unies va découvrir un peuple vivant en autarcie et peinant à trouver sa place entre la sempiternelle tradition et l’incontournable modernité. Au milieu de ça, des enjeux d’envergure mondiale avec un artefact d’une civilisation ancienne qui pourrait redéfinir la géopolitique telle qu’on la connaît. Aussi beau visuellement qu’entêtant musicalement, Macross Zéro est sans doute la gemme la plus sous-estimée de la prestigieuse franchise de Shôji Kawamori ! Et dans une ambiance tout aussi tropicale, nous avions également dédié une chronique à Michiko to Hatchin, œuvre de jeunesse de la remarquable réalisatrice Sayo Yamamoto, dont le monde entier crie son nom après un certain Yuri On Ice. Ici, point de patinage sur des terrains froids, on va dans un simili-Brésil où l’on suit le road-trip de deux femmes — une ex-bagnarde et une petite fille — à la recherche d’un homme et où chaque étape est l’occasion de rencontres toujours plus différentes. Porté par une direction artistique magistrale, Michiko to Hatchin est à recommander.

 

 

Sur un autre sujet, on dit que les voyages forment la jeunesse, donc on se dit que depuis vingt ans de Pokémon, Sacha devrait certainement commencer à exiger plus qu’une simple formation et passer directement au CDI ! Dans une longue rétrospective en deux parties (la seconde étant dédiée aux animés sortis à partir des saisons liées à Diamant et Perle), on était donc revenu sur les différentes séries Pokémon, et on avait essayé de suivre l’évolution de Sacha, de la série et de son public. À l’heure où la série a pris un tournant résolument plus cartoon avec Pokémon Soleil & Lune, il peut être intéressant de se replonger dans les saisons précédentes, qui se sont révélées très irrégulières en matière de contenu et de qualité.

 

On a également exploré le Japon de l’ère Meiji avec un film, en l’occurrence le Miss Hokusai de Keiichi Hara, criminellement passé inaperçu lors de sa sortie en salles. Ce qui peut sans doute s’expliquer par le choix d’une figure pas forcément bien connue en France — la fille du maître Hokusai, grand fleuron des étampes japonaises — et par un film construit en plusieurs petites histoires sans vraiment de lien entre elles. Il serait malgré tout dommage de passer à côté d’une des reconstitutions les plus minutieuses du Tokyo du début du XIXe siècle et d’un film porté par un personnage principal féminin fort en gueule et suant le charisme à chaque frame d’animation. Et tant qu’on est dans un tel discours à base de suées de charisme, difficile de voyager plus qu’avec Jojo’s Bizarre Adventure qui vous fera voir Londres, l’Italie, le Mexique, l’Égypte et les villes japonaises tranquilles en à peine une centaine d’épisodes, découpés entre plusieurs arcs, adaptés à rythme posé, l’œuvre de Hirohiko Araki ne mérite sans doute pas de présentation plus large tant le mythe est connu.

 

 

Mais si on peut clôturer sur un animé qui parle voyages mieux que tout, Spice & Wolf se pose sans doute de manière évidente. Centré sur une relation pleine d’alchimie positive entre un marchand débutant et une déesse louve au caractère piquant, Spice & Wolf peut se targuer de savoir attirer un public large et de proposer, mine de rien, une initiation intéressante à pas mal de principes basiques d’économie.

 

Rétrospectives

 

Enfin on a profité du cadre de la chronique pour parler de certaines séries qui, bien qu’inconnues en France, ont au Japon créé un héritage culturel réellement indéniable, qu’il serait dommage d’ignorer. Le plus connu est sans doute La Rose de Versailles ou Lady Oscar, du nom original Versailles no Bara, shôjo d’action se déroulant dans une France où la Révolution peut gronder n’importe quand et se reposant sur le mythe d’Oscar de Jarjayes qui, selon la légende, serait une femme ayant dû se grimer en homme pour devenir chevalier et respecter la volonté de son père. Œuvre d’une importance inquantifiable qui aura montré, vingt ans après Princesse Sarah, la possibilité offerte au shôjo de ne pas se limiter aux amourettes et aux histoires de princesses.

 

 

Passons du shôjo au shônen en évoquant un manga enfin arrivé à sa conclusion: Kochikame, une œuvre ayant parcouru 40 ans de l’histoire du vénérable Weekly Shonen Jump, et une sorte de précurseur japonais aux Simpsons, ni plus ni moins ! Avec tout juste 200 tomes au compteur, le manga peut partir la tête haute tandis qu’on avait évoqué les différentes adaptations animées — et étrangement tardives — des aventures du policier le plus connu du Japon. Dans un tout autre registre, on a aussi exploré le folklore des yokai et esprits japonais avec GeGeGe No Kitaro, les histoires d’un jeune garçon capable de voir et de communiquer avec les fantômes et monstres qui l’entourent. Là aussi cultissime au Japon et ayant fait l’objet d’une très grande quantité d’animés qui, de manière amusante, semblaient perdre en aspect glauque un peu plus à chaque fois !

 

Enfin, on a parlé de mécha géant avec le papy du genre : Tetsujin 28 ! Premier robot géant de l’animation japonaise, ce mécha télécommandé par un écolier malin comme Sherlock Holmes combattait le crime avec force et puissance. On a ainsi pas mal disserté autour de l’influence de cette série — et du manga qu’il adaptait — en rappelant moult anecdotes autour de cette série là aussi mal connue des Français.

 

 

 

Et voilà pour ce troisième bilan ! En vous remerciant, encore une fois, de votre lecture et de votre attention, je vous dis donc, logiquement, à jeudi prochain ♪ !

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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