CHRONIQUE DU JEUDI : Goshu le Violoncelliste

La chronique du jeudi #133 – Cello Hiki no Gauche

Le jeudi, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

La nouvelle est tombée le mois dernier : Hayao Miyazaki sort de sa retraite ! Inutile de dire que cela n’a pas spécialement surpris grand monde, surtout quand on connaît la productivité et la faculté de l’homme à enchaîner les projets. On peut donc commencer à espérer un retour du studio Ghibli qui fêtait l’année dernière les trente ans de la sortie de son tout premier film, Le Château dans le Ciel. Mais ce n’est ni de Ghibli, ni de Miyazaki qu’on parlera aujourd’hui puisqu’on va se tourner du côté d’Isao Takahata. Isao Takahata, c’est le cofondateur de Ghibli, studio dans lequel il signera des œuvres très différentes, qui s’étendront du Tombeau des Lucioles au Conte de la Princesse Kaguya en passant par le film Ghibli sans doute le moins « ghibliesque », le néanmoins très drôle Mes voisins les Yamada. Si le Hayao Miyazaki pré-Ghibli est relativement connu grâce à des œuvres comme Nausicaä ou Le Château de Cagliostro, le Isao Takahata pré-Ghibli est, lui, plus obscur du grand public. Il a pourtant eu une importance capitale dans l’industrie du film d’animation, que ce soit avec des titres comme Horus, le fils du soleil ou bien le film dont on va parler aujourd’hui, Goshu le Violoncelliste.


 

Goshu le Violoncelliste raconte, et ça va vous surprendre, l’histoire d’un jeune violoncelliste nommé Goshu. Alors que la fanfare dans laquelle il joue se prépare à un grand concert centré autour de la Sixième symphonie, le jeune homme est, à son grand désarroi, l’élément le plus faible du groupe et se fait ainsi régulièrement critiquer par son chef d’orchestre, un petit homme excité et perfectionniste. Bien déterminé à améliorer son jeu, il s’enferme alors chez lui pour répéter quand un chat doté de parole va s’introduire chez lui et exiger qu’il lui joue le Traumerei de Schumann. Excédé par cet animal sans-gêne, Goshu va alors lui jouer le titre de manière violente et emportée, ce qui va faire fuir l’animal mais aura permis au violoncelliste d’apprendre à utiliser ses émotions pour améliorer son jeu et le rendre plus vivant. À partir de là, différents animaux vont venir s’introduire chez le musicien et lui permettre de découvrir des facettes de la musique dont il n’avait, jusque-là, que peu conscience. Le film se clôturera sur le concert final où, grâce à tous les enseignements qu’il aura appris, Goshu sera la star du groupe et permettra à la fanfare d’atteindre des niveaux inégalés.

 

Le film est au final relativement court. À peine long d’une heure et cinq minutes, ce long-métrage adapte un roman de Kenji Miyazawa, auteur japonais du début du XXe siècle, mort excessivement jeune en 1933, à l’âge de 37 ans. Très peu connu lorsqu’il était vivant, il fut redécouvert par le Japon des années 50 qui était alors à la recherche d’auteurs et de poètes talentueux avec des idéaux sociaux marqués. Aujourd’hui devenu un auteur phare de la littérature japonaise moderne, il savait s’adresser à différents publics, comme le montre Goshu le Violoncelliste qui reste, avant tout, un livre destiné aux enfants. Il n’est du coup pas anormal de voir Isao Takahata à la tête du projet, l’homme, qui fut avant tout un homme de lettres avant d’entrer dans le monde de l’animation, partageant beaucoup d’idéaux politiques avec Miyazawa et étant à la recherche d’œuvres pouvant parler à un public qui puisse être le plus large possible. La rencontre était donc naturelle.

 

Un portrait effrayant de Beethoven surveille toujours avec application notre héros, quoi qu'il fasse 

 

Si on part donc du principe que Goshu le Violoncelliste vise avant tout les enfants, comme encore beaucoup d’œuvres du début des années 80 où le public adulte commençait à peine à être pris en compte, on comprend aisément pourquoi le film possède un ton aussi simple et porte des enseignements sur la pratique d’un art qui pourraient nous sembler assez évidents tout en utilisant comme moyen de les enseigner des animaux mignons et anthropomorphisés. Le film possède également un rythme très simple, puisqu’on alterne entre des phases de jour — où Goshu vaque à ses occupations quotidiennes et part à la fanfare — et les phases de nuit — où un animal va venir interrompre les répétitions solitaires de notre héros. Pas de changement de formule en cours de film, pas de surprises : Goshu le Violoncelliste est un train qui avance continuellement à la même vitesse et ne change jamais de trajet en cours de route.

 

La réalisation du film est en règle générale assez modeste mais brille à deux moments très précis. La première séquence marquante est le tout début du film, qui suit une répétition du club de fanfare qui va être si emporté par son interprétation de la Sixième symphonie qu’il va être transporté et nous, spectateur, on va ainsi les voir jouer au beau milieu d’une tempête comme pour exprimer la grandeur de Beethoveen. La seconde scène qui marquera les esprits de par sa beauté est le concert final, où Goshu interprétera devant une foule médusée un solo de violoncelle extrêmement puissant. Dans ces deux scènes on perçoit déjà le Takahata qui nous offrira trente ans plus tard Le Conte de la Princesse Kaguya, un des plus beaux et des plus oniriques films d’animation jamais réalisés.

 

 

Il faut également mentionner le soin effectué à l’animation des doigts sur le violoncelle, d’une précision surprenante. Cela pourrait paraître quelque chose d’évident de nos jours — surtout quand on regarde une série comme Sound! Euphonium qui se permet de retranscrire et d’animer avec exactitude les doigts qui se baladent sur les instruments d’une fanfare entière — mais il faut se remettre dans le contexte de l’époque, où l’animation se faisait à la main et au cellulo avec des moyens nettement moins impressionnants. Ainsi, si le film ne dure qu’une heure et trois minutes, c’est ni plus ni moins que six années qui ont été nécessaires pour le réaliser, quand bien même le film reste, comme dit plus haut, relativement modeste la majorité du temps : on n’y trouve pas les grandes scènes d’actions ambitieuses de films contemporains comme Gundam ou Le Château de Cagliostro.

 

En somme, Goshu le Violoncelliste est une œuvre idéale pour les enfants qui ont l’âge d’être initiés à l’animation japonaise mais tout aussi idéale pour les grands enfants qui veulent découvrir Isao Takahata en dehors de ses œuvres au sein de Ghibli. Le film est sorti en France en DVD autour de 2001, peu après une sortie en salles assez limitée mais saluée par la presse de l’époque. N’hésitez pas à être curieux et à découvrir cette œuvre certes vieille mais pas dénuée d’intérêt.

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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