CHRONIQUE DU JEUDI : The [email protected] the Animation

The [email protected] – Chronique du jeudi #4

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !


Parlons très rapidement de la Xbox 360 au Japon.


Vous le savez peut-être déjà, que vous soyez hardcore gamer ou non, mais les joueurs japonais ne sont pas spécialement très fans des tentatives de Microsoft de pénétrer leur territoire, âprement défendu par Sony et Nintendo. La première Xbox avait été un four phénoménal, pas aidée par une manette jugée gargantuesque, l’absence de jeux destinés au marché japonais et un prix interstellaire. Alors quand débarqua la Xbox 360, Microsoft essaya de régler quelques-uns des soucis du modèle précédent, à commencer par tâcher d’attirer des développeurs 100 % japonais pour développer des jeux qui cibleraient efficacement le marché du pays. Une initiative intéressante, qui vit la console commencer à se créer une réputation chez les otakus japonais. Mais cela n’aurait sans doute pas été possible sans un jeu développé par Namco Bandai (à qui on doit aussi les Tekken, les Tales Of, les Ridge Racer…) qui, à lui seul, à réussi à lancer la console dans cette niche inattendue.


Ce jeu, c’est The [email protected].


Sorti au milieu de l’année 2007 sur les Xbox 360 japonaises, le jeu n’est pas une création inédite puisqu’il s’agit à la base d’un portage d’un succès des salles d’arcades. Dans The [email protected] vous prenez le contrôle d’un producteur dans une société de production d’idols. Votre objectif sera donc de devenir le manager d’une idol en herbe, de la former, l’entraîner, lui trouver des dates pour des concerts et interagir avec elle pour garder son moral au plus haut. Le jeu mélange donc aussi bien des éléments de jeu de drague avec des interactions, des sorties ou un taux d’affection à gérer que des éléments issus de jeu de rythme avec des phases de chants et de danse ou il faut appuyer sur les bons boutons aux bons moments.


Carton absolu, le jeu connaît en 2009 une suite, qui sort cette fois-ci à la fois sur Xbox 360 et PlayStation 3. La plupart des filles du premier volet refont leur apparition dans cette suite mais la continuité et l’univers change : des tas de détails se retrouvent ainsi modifiés par rapport au jeu précédent. À partir de là, citer tous les spin-offs vidéoludiques ne ferait qu’encombrer la page mais disons que des tas de versions différentes d’[email protected] feront leur apparition sur DS, PSP, iOS et plein d’autres, devenant pour Namco Bandai une source de revenus non désagréable. 


En 2007, un animé utilisait déjà l’univers d'[email protected]. Nommé Idolmaster Xenoglossia, cet animé reprenait les apprenties idols du premier volet pour en faire… des pilotes de robots qui doivent sauver le Japon d'astéroïdes et autres morceaux de lune. On en reparlera sans doute plus tard mais c’est, fort étrangement, bien meilleur qu’il n’y paraît.


Mais ce qui nous intéresse est, évidemment, l’adaptation animée du jeu sortie durant l’été 2011 et nommée, fort sobrement, The [email protected]ster: the Animation.


Ca fait beaucoup de filles !

Les héroïnes de la série, en tenue de combat.

Rang de derrière, de gauche à droite: Takane, Makoto, Haruka, Chihaya, Miki, Azusa

Premier rang de gauche à droite: Hibiki, Yukiho, Iori, Yayoi, Ami & Mami



Go My Way


Les jeux vidéo adaptés en séries animées sont, à l’image des adaptations cinématographiques, rarement des chefs d’œuvres, il est vrai. Et on peut facilement craindre, en voyant le jeu qui sert de base, d'avoir affaire à un ouvrage frivole simplement créé pour promouvoir sans talent un jeu qui s’est jusqu’alors déjà vendu par camions entiers. Cette adaptation aurait donc pu être bâclée et se contenter du minimum syndical.


Mais attention, surprise totale, ce n’est absolument pas le cas.


Derrière cette adaptation, qui reprend donc l’univers du second jeu, on retrouve le studio A1 Pictures. Ce studio, fondé en 2005, a tout simplement explosé ces dernières années, en parvenant à offrir aussi bien des adaptations solides et imaginatives que des ouvrages originaux à l’univers unique et aux sujets intéressants. On leur doit aussi bien Black Butler que AnoHana, Blue Exorcist, So Ra No Wo To, Silver Spoon, Shinsekai Yori ou bien Sword Art Online. Le studio s’efforce également de toujours proposer un aspect technique travaillé. Presque cinq ans après sa création, le studio pouvait déjà s’enorgueillir de ses succès publics et critiques lui offrant une réputation solide incitant clairement à la confiance.


Et pour The [email protected], le studio s’est lâché et s’est montré à la hauteur de cette réputation. Inutile de dire que techniquement l’animé est, sans surprises, d’une solidité à toute épreuve en plus d’offrir de temps à autre quelques moments extrêmement travaillés avec une animation extrêmement fluide et impressionnante. On retrouve en outre un aspect graphique coloré, un véritable régal pour les yeux.


L'épisode 15, ou quand les idoles font de la télé japonaise.


Mais la meilleure surprise vient de l’écriture. Comme attendu, on suit donc durant vingt-cinq épisodes les aventures du studio 765, de son producteur et de sa quinzaine d’apprenties idols. Citer tous les personnages serait fastidieux mais dites-vous qu’il y en a pour tous les goûts : de la timide qui veut devenir idol pour arrêter de paniquer à chaque interaction sociale à la fille remplie d’énergie toujours souriante mais issue d’une grande famille plutôt pauvre en passant par la mystérieuse à l’air digne et aux cheveux argentés qui semble vivre dans son propre monde, chaque personnage possède un caractère et un univers qui lui est propre.



I’m [email protected] !


Tous les épisodes d’[email protected] sont construits selon le même schéma : bien souvent, un épisode se concentrera sur une ou plusieurs filles en particulier, et tâchera de les voir réussir à surmonter une situation ou des doutes, trouveront une résolution à leurs soucis et apprendront quelque chose dans la foulée. Tous les personnages sont donc développés au fur et à mesure de l’avancée de la série et, surtout, évoluent. Si la plupart de leurs archétypes restent indéboulonnables (la jeune Hibiki, par exemple, continuera à être la fille sauvage qui parle aux animaux, quoi qu’il arrive), elles gagnent sur des petits détails de caractère qui font d’elles autre chose que de simples personnages féminins « basiques ».


Mais si tous les épisodes possèdent plus ou moins le même schéma, on ne peut pas en dire autant des univers traversés. Chaque épisode est donc fondamentalement différent dans sa forme des précédents, avec des situations très variées et parfois hautes en couleur. Un épisode est ainsi dédié aux performances des idoles dans une série de jeux télévisés japonais incroyablement idiots tandis qu’un autre verra une des idols, habillée en robe de mariée, se perdre dans une ville et se retrouver à interagir avec des yakuzas, entre mille autres choses. La majorité de la série garde un ton léger et comique parfaitement adapté, et il se passe toujours quelque chose à l’écran : le rythme est rarement lent ! 


Le genre de petits plaisirs visuels qu'on retrouve par dizaines dans chaque épisode de la série.


Mais une série sur les idols exige, bien entendu, de la musique de qualité. The [email protected] triche un peu puisque l’animé a à sa disposition l’intégralité des musiques issues des jeux. Chaque épisode possède donc une chanson différente comme générique de fin, souvent adaptée aux événements de l’épisode, amenant une variété non négligeable. Après, ces chansons sont un peu irrégulières en terme de qualité mais vous êtes assurés de trouver un ou deux titres à votre goût.


Mais qui dit « animé musical » dit « scène de concert », et voilà une série qui n’en manque pas, toutes impeccablement réalisées. La série dans son ensemble est déjà une performance technique plus que solide mais ces scènes de concerts semblent avoir fait l’objet d’une concentration bienvenue de la part des animateurs et se montrent toutes d’une fluidité à couper le souffle. Les chorégraphies sont travaillées, les costumes de scène splendides et les chansons plus qu’agréables. Il y a finalement peu de scènes dans ce genre dans la série – une demi-douzaine – mais toutes restent en mémoire et donnent cette envie d’être dans la salle de concert pour acclamer les héroïnes tout en remuant ces sticks néon dont l’auteur de l’article ignore le nom.  




Tout cela fait que The Idolm@ster the Animation est un modèle d’excellente adaptation de jeu vidéo en série animée. Non seulement les fans du jeu vidéo sont ravis de retrouver leurs héroïnes et un univers respecté à la lettre (quitte à même insérer quelques private jokes destinées aux fans hardcores ici et là), mais en plus, ceux qui n’y connaissent rien à l’univers original ne sont pas mis de coté puisque la série s’adresse à eux en priorité, n’exigeant à personne d’avoir joué au jeu pour comprendre tout ce qui se passe. Le premier épisode est d’ailleurs à ce titre excellent puisqu’il nous initie parfaitement à l’univers et présente impeccablement tous les personnages, afin que dès l’épisode 2 on sache parfaitement qui fait quoi. Et vingt-cinq épisodes plus tard, le non-joueur peut se retrouver à se demander si ça vaudrait le coup apprendre le japonais juste pour pouvoir jouer au jeu (jamais sorti en anglais) et passer encore plus de temps avec ces personnages attachants et hauts en couleur.


Faites fi de vos préjugés : The [email protected] the Animation est, de manière surprenante, une série animée qui réussit tout ce qu’elle entreprend. Drôle, divertissante, bien écrite, techniquement ultrasolide, aux nombreuses chansons et à la riche personnalité, voilà une série d’idols qui a compris que pour être mémorable, il ne faut pas se contenter de personnages joliment dessinés. À conseiller en priorité pour ceux qui regardent un épisode d’animé le matin en prenant leur petit-déjeuner et qui seront ainsi assurés d’être de bonne humeur le reste de la journée ! 


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Quand il n’écrit pas des news, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo
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