CHRONIQUE DU JEUDI : Fate/stay night

Fate/stay night – La chronique du jeudi #26

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !


C’est une des grosses attentes animées de cette fin d’année : l’adaptation par ufotable du visual novel Fate/stay night, le studio ayant déjà particulièrement brillé sur l’adaptation du light novel Fate/zero et sur la création des films Kara no Kyôkai, tous issus de l’univers créatif du cercle Type-Moon. Mais certains d’entre vous sont peut-être en train de se dire : « Attends une minute, Fate/stay night ça me dit quelque chose, il y a pas déjà un animé qui porte ce nom ? » Et pour leur répondre succinctement : oui. C’est même le sujet de l’article du jour. Mesdames et messieurs, le sujet du jour est la version 2006 de l’animé Fate/stay night !

 

Les personnages principaux, de gauche à droite: Shirô Emiya, Saber, Archer, Rin Tohsaka



Destin/Reste Nuit


Le héros de l’animé se nomme donc Shirô Emiya. A priori, c'est un lycéen normal : il vit dans une très grande maison depuis la mort de son père adoptif, va à l’école tous les jours, a de nombreux amis et connaît quelques rudiments de magie parce que son père adoptif était un ancien mage (et, accessoirement, le héros de Fate/zero). Bref, il vit un quotidien très classique, avec une amie d’enfance qui vient le réveiller tous les matins, des occupations saines au club de tir à l’arc et sa prof d’anglais qui vient bouffer chez lui tous les soirs.


Un lycéen comme les autres, voué à une vie paisible et normale, donc.


Mais évidemment, ce qu’il ne sait pas, c’est qu’en parallèle, dans sa bonne vieille ville de Fuyuki, des mages préparent un évènement d’une importance capitale nommé la « Guerre du Graal ». Sept mages vont s’affronter, accompagnés de « Servants » – des personnages légendaires ressuscitent pour l’occasion –, et le survivant pourra prendre possession du Graal et exaucer ses vœux. Et tout ça, Shirô le découvre lorsqu’il est attaqué par un mystérieux lancier et fait la rencontre d’une épéiste à l’air mystérieux, qui se présente à lui comme son Servant. Car Shirô est le septième participant de cette guerre, et il va devoir se battre en compagnie de cette épéiste, nommée Saber, pour survivre…



C’est donc le point de départ autour duquel tourne le concept de Fate. Sept mages vont s’affronter, et chacun sera accompagné d’un Servant particulièrement important puisqu’il s’agira d’esprits légendaires chacun pourvu d’une compétence spéciale et d’un titre particulier, censé illustrer leur spécialité. « Saber » sera spécialiste en combat à l’épée, « Lancer » en combat à la lance, « Caster » en magie, « Assassin » en assassinat fourbe et discret, etc. Pour remporter la Guerre du Graal, il faut ainsi défaire les six autres Servants et obtenir l’abandon des autres participants – ceux-ci peuvent poliment déclarer forfait… ou simplement mourir.


Bref, voilà un univers qui peut faire office de rêve humide pour un rôliste ou une personne à l’esprit fécond. Voir Alexandre le Grand combattre Barbe-Bleue et le roi Arthur ? L’univers de Fate le permet et Fate/stay night symbolisait les débuts du concept.

 


Salade anglaise


Initialement Fate/stay night était donc un visual novel sorti en janvier 2004 sur PC. Il est issu du cercle Type-Moon, un cercle qui n’en était point à son coup d’essai en matière de visual novel puisqu’ils avaient déjà signé un peu plus tôt le très bon Tsukihime. Pour écrire cette histoire, l’auteur, Kinoko Nasu, se plonge dans ses souvenirs de lycéen à l’époque ou celui-ci avait conçu, sans doute ennuyé par les cours, les bases d’un univers à base de combats entre personnages mythologiques.


Ce qui est important, c’est que le visual novel ne contient pas qu’une seule histoire : il en contient trois ! Ainsi, s'il prend à chaque fois les mêmes bases (Shirô qui est un orphelin plongé dans un conflit auquel il participe involontairement), chaque scénario présenté dans le jeu raconte une facette différente de la guerre, quitte chaque fois à modifier son déroulement ou sa conclusion. Ces trois histoires, aussi appelées routes, sont distinguées par trois titres différents : il y a la première histoire intitulée Fate, la seconde intitulée Unlimited Blade Works et la troisième est Heaven’s Feel.

 

fate vn

Un screenshot du visual novel, vous pouvez comparer avec la même scène version animée

 

La première, Fate, pose les bases de l’univers, se concentre sur le personnage de Shirô et possède un ton finalement proche d’un shônen manga assez classique. Le héros y est donc présenté comme un idéaliste plein d’espoir, qui affronte des adversaires de plus en plus puissants et les défait grâce à son lien avec Saber et l’amélioration de ses propres capacités.


La deuxième, Unlimited Blade Works, est déjà plus nuancée et un poil plus sombre. Shirô commence à s’affirmer et à renier certains de ses idéaux, mais cet arc se concentre bien plus sur d’autres personnages de l’univers, particulièrement un duo « adverse » à Shirô et Saber : Rin Tohsaka et son Servant, Archer. Ce dernier est le personnage emblématique de la route et l'on y apprend bien plus sur ses origines et son objectif personnel. Après nous avoir présenté les « bases » dans la première route, Unlimited Blade Works sert avant tout à développer l’univers, à le détailler en profondeur et à nous montrer que le tout pourrait être plus profond qu’on le croit…


Enfin, la troisième, Heaven’s Feel, se concentre sur un troisième duo, en l’occurrence celui du Servant Rider avec la famille Matô. Shirô et Saber y sont bien moins présents et le ton général est bien plus glauque et sombre que ses deux prédecesseures.


Les trois sont de durée semblable et encore aujourd’hui le débat fait rage pour savoir laquelle des trois histoires peut être considérée comme « canonique ». À noter qu’initialement les trois jeux étaient clairement classifiés comme « pour adultes », ceci étant dû à la présence de scènes de sexe un peu placées là par « obligation ». Celles-ci sont écrites avec les pieds et sont, en fin de compte, tellement nécessaires à l’intrigue qu’une version sur PS2 sortira en excluant ces scènes, sans que rien d’importance n’ait été vraiment perdu. Malgré tout, la légende reste et certains parlent encore de Fate/stay night comme l’adaptation d’un jeu pornographique ce qui est, soyons honnête, une mignonne exagération.


Et, évidemment, quand vient le moment d’adapter le visual novel en animé, des questions se posent : quelle route adapter ? Peut-on adapter les trois ? Ou bien tout mélanger ? Des questions auxquelles le studio DEEN a tâché de trouver une réponse…



Qui dort, DEEN


C’est donc le studio DEEN qui se retrouve avec la responsabilité de l’adaptation. Aujourd’hui connu pour être un studio assez médiocre dans sa production (faut-il vous rappeler l’existence de Pupa ou de Meganebu ?), le studio sortait à l’époque d’une première moitié d’années 2000 de pas trop mauvaise qualité, avec aussi bien des adaptations solides comme Read or Die (les OAV originaux), La Fille des Enfers ou Fruits Basket que d’autres, plus négligeables, comme Get Backers ou Samurai Deeper Kyo.


Mais voici donc le défi herculéen auquel le studio est confronté : réussir à adapter correctement Fate/stay night en 26 épisodes. Sachant que les visual novels d’origine sont assez verbeux, très riches en évènements et sont censés être joués comme un ensemble, chaque route laissant des questions en suspens qui ne sont résolues que dans les histoires suivantes. Au lieu d’adapter chaque arc un par un, il est donc décidé de couper la poire en deux : l’adaptation va principalement se concentrer sur le premier arc, Fate, mais va également incorporer des éléments issus des deux autres arcs, pour essayer d’être le plus complet et autonome possible.


Le résultat ? Correct.


En fait, le mot « correct » est clairement l’adjectif qui désigne le mieux cette adaptation animée dans son ensemble.


La technique ? Elle est correcte. Certaines scènes sont moches, d’autres sont plus réussies, c’est pas spécialement régulier, mais c’est ni forcément laid à en pleurer ni somptueux visuellement ou techniquement. Bref : c’est correct.


La narration ? Elle est correcte. Le rythme est parfois trop lent, parfois trop rapide, parfois juste comme il faut. Là encore, c’est pas forcément régulier, mais ni trop ennuyeux ni trop passionnant. Bref : c’est correct.


Non, ce qui sort Fate/stay night de tous les nombreux animés qui mettent en scène des lycéens qui se battent avec des pouvoirs magiques, c’est bel et bien tout ce qui provient de la source de base : ses personnages charismatiques et hauts en couleur, son univers ultra codifié et bien huilé, ses combats bien pensés et ses rebondissements sadiques. Tout cela fonctionne impeccablement et l'on est vite pris d’affection et d’intérêt pour cet univers qui sort nettement du lot malgré un concept de base pas forcément si original – ça reste un survival game urbain avec de la magie, après tout.

 

Saber contre Illya et Berserker


Néanmoins, les personnages restent le point fort de la série, à commencer par les Servants. Ces sept personnages sont auréolés de mystère : quels personnages légendaires sont-ils ? Quels sont leurs pouvoirs ? Quelles sont leurs relations avec leurs Masters, celles-ci pouvant être compliquées ? Chacune de leur apparition entraîne un grand nombre de questions et pique notre curiosité. Sans compter un design général soigné, à commencer par le personnage de Saber qui, aujourd’hui, vend toujours des figurines par paquet de mille juste grâce à son look. Les personnages « normaux » ne sont pas en reste : que ce soit Illya la mystérieuse petite fille à l’apparence glaciale, Rin la tsundere prodige à l’héritage familial peu aisé, même le classique archétype de l’amie d’enfance un peu nunuche se voit amélioré avec le personnage de Sakura Matô (même s'il faudra se tourner vers Heaven’s Feel pour la voir mieux mise en avant.)


En revanche, il faut avouer que cette adaptation ne rend pas forcément justice à l’œuvre de base. Certains personnages sont parfois simplifiés, car ne pouvant pas être aussi développés que dans le visual novel. Le cas le plus exemplaire de la chose reste le héros, Shirô qui est, dans l’animé, une véritable tête à claques misogyne et semble dépourvu de la moindre once de matière grise dans sa caboche, ne semblant survivre que grâce à une chance inouïe plus qu’à de véritables compétences. Son idéalisme peu crédible est même carrément nuisible par moment, et l'on passe un temps fou devant la série à vouloir lui botter la joue à coups de bol de riz.


Mais cela, c’est inévitable quand tu n’adaptes qu’une partie d’une œuvre et que tu coupes le développement, pourtant nécessaire, d’un personnage. Certes, dans le visual novel d'origine, Shirô Emiya reste quand même un poil misogyne et l'on est gêné pour lui quand il ordonne presque mot pour mot à sa Servant bien plus balèze et bien plus douée de rester dans la cuisine, mais au moins c'est expliqué et développé. Après, libre à nous en tant que lecteur de pouvoir juger si Shirô est un imbécile ou non, mais l’animé ne présentant pas la totalité des éléments, difficile pour nous de pouvoir juger correctement.



Malgré tout, si vous souhaitez découvrir l’univers de Fate avant l’arrivée de la série cet automne (qui adaptera la deuxième route, Unlimited Blade Works) et que vous n’avez pas vingt heures devant vous pour lire la première route du visual novel, cette adaptation animée de la première route peut faire l’affaire. Elle n’est pas suffisamment mauvaise pour être déconseillée, mais en même temps, n’est pas suffisamment bonne pour qu’on puisse honnêtement vous recommander de sauter dessus. Elle est correcte, quoi.


Fate/zero



La meilleure idée, à la limite, si vous souhaitez découvrir l’univers, c’est de vous jeter sur l’adaptation animée de Fate/zero. Ce dernier est à la base un light novel racontant la précédente Guerre du Graal, qui se déroule environ une dizaine d’années avant celle racontée dans Fate/stay night. Elle cumule de très nombreuses qualités : elle est immédiatement accessible pour ceux n’ayant aucune connaissance de l’univers Fate, elle est extrêmement bien écrite (Gen Urobuchi, scénariste de Puella Magi Madoka Magica et Aldnoah.Zero), techniquement impeccable, remplie d’action, d'excellents personnages, un rythme intense, de très bons dialogues… Bref, il est difficile de ne pas tarir d’éloges envers la série et ça sera le conseil de la semaine !

 

Jeune adulte responsable qui a arrêté la lecture du visual novel après le premier échange de mana dans la petite cabane de la forêt, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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