CHRONIQUE DU JEUDI : Macross

Macross – La chronique du jeudi #70

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Pour l’introduction de cet article, tâchons de nous propulser et de nous visualiser plus tôt dans le temps. Nous sommes en 1982 et au Japon, c’est Mobile Suit Gundam qui fait la loi. Ainsi, c’est en mars de cette année que sort son troisième film, nommé Encounters in Space. Nous sommes alors au beau milieu d’une sorte de Gundamania qui touche tout le Japon. Dans l’industrie de l’animation japonaise de l’époque, la série de Yoshiyuki Tomino est au centre de tous les débats. C’est la preuve que l’animation japonaise ne se limite pas à n’être qu’un produit pour vendre des jouets aux enfants, mais peut aussi conter des histoires complexes sur des thématiques adultes.


C’est dans ce contexte très particulier, six mois après la sortie de Encounters in Space, que nous verrons la naissance de la franchise qui va, dans l’esprit des fans d’animation, devenir la rivale de Gundam : Super Dimension Fortress Macross


De haut en bas : Lynn Minmay, Misa Hayase et Hikaru Ichijyo


Souviens-toi


Macross prend place dans une année 2009 telle que fantasmée par le Japon du début des années 80. Dix ans auparavant, un gigantesque vaisseau spatial s’était écrasé sur Terre. L’analyse par les scientifiques de ce vaisseau spatial leur permet d’accéder à une technologie avancée, entraînant un bond sans précédent pour l’humanité. En 2009, donc, commence alors une cérémonie afin de célébrer le lancement d’un énorme vaisseau spatial nommé Macross, fruit des recherches et de la rétro-ingénierie des scientifiques de l’UN Spacy, un ordre militaire au service des Nations Unies.


Hélas, cette célébration sera de courte durée avec l’apparition de vaisseaux extraterrestres qui vont attaquer ce vaisseau et, pire encore, le reste de l’humanité. Commencera alors une guerre sans limites entre les humains et ces géants extraterrestres belliqueux nommés Zentradis…


Dans ce contexte, on va essentiellement suivre l’odyssée de trois personnages : un jeune pilote civil et fougueux nommé Hikaru Ichijyo ; une assistante militaire nommée Misa Hayase et une jeune apprentie idol nommée Lynn Minmay. Il se pourrait d’ailleurs que cette dernière, avec la force de sa musique, joue un rôle bien plus important dans ce conflit qu’on ne pourrait le croire…


Super Dimension Fortress Macross surfe bien évidemment sur la vague du genre Real Robot créée par Mobile Suit Gundam. Plus généralement, le staff de la série ne cache que rarement son admiration pour la série de Yoshiyuki Tomino. Ainsi Shôji Kawamori, écrivain de la série, avouera sans complexes être un grand fan de l’univers Gundam. Néanmoins, il serait très caricatural de réduire Macross à un simple “suiveur”. Et si la série a su marquer les esprits, c’est principalement grâce à quelques originalités qui vont l’aider à se distinguer brillamment de son modèle.


Un grand vaisseau colonie


Ainsi, la musique semble être au cœur de Macross. Si l’idée d’inclure un personnage civil d’idol en rôle principal peut aujourd’hui sembler classique, cela reste pour l’époque assez osé. La série va également mettre une certaine emphase sur la romance entre ses trois personnages principaux et si les adversaires sont d’origine extraterrestre, la série va se conclure sur une fin pacifiste. Enfin, la série se passe beaucoup dans l’espace, avec de très nombreux voyages en hypervitesse, qui ne sont pas sans conséquence sur le temps qui passe au sein de la série. L’exploration spatiale est ainsi un thème récurrent de la série et de la franchise, qui la ramène à des titres bien plus anciens comme Uchuu Senkan Yamato.


En somme, suffisamment d’éléments pour proposer une réelle alternative à Gundam et cela va marcher, la série se révélant populaire dès les premiers épisodes. Non sans raison, la série disposant d’importantes qualités : des batailles spatiales impressionnantes, des personnages attachants, un design travaillé et surtout, une musique à la hauteur des attentes. Pour une série qui souhaite mettre les arts musicaux au centre de son intrigue, elle travaille particulièrement sa bande originale et ses chansons, et des titres comme Watashi wa Kare no Pilot ou le générique d’ouverture, l’éponyme Macross, sauront marquer les esprits. Enfin, les Japonais se passionnent aussi énormément pour le personnage de Lynn Minmay et les différents Valkyries. Les robots de la série (qui sont, si on veut caricaturer, mi-vaisseaux spatiaux mi-avions de chasse) vont offrir à la série de quoi assurer largement ses revenus avec le merchandising et les jouets.


Et pourtant ce succès, il n’a pas été simple à obtenir...


Une illustration du fameux Valkyrie, le vaisseau emblématique de Macross


Dans l’espace, personne de la production ne vous entendra crier


C’est un euphémisme de dire que la gestation de Macross a été très compliquée. Si la série sort en octobre 1982, l’écrivain Shôji Kawamori présente le projet dès 1980, peu après la fin de l’animé Mobile Suit Gundam qui était alors, faut-il le rappeler, annulé faute d’audience. Le projet possédait alors le nom de Battle City Megaload et devait être réalisé par le tout jeune studio Nue. La série trouve alors un financement par un comité d’investisseurs, WIZ, qui souhaite faire du projet une comédie, ce que le studio n’accepte pas vraiment, souhaitant faire un animé Real Robot plutôt sérieux. Les deux partis vont alors aller de mésententes en mésententes, et le travail sur la série va avancer à vitesse médiocre. Surtout quand en 1981, WIZ déclarera faillite…


Le studio Nue se retrouve donc avec un animé commencé, mais pas d’argent pour le financer. Ils rachètent les droits Megaload à WIZ et négocient avec une agence de publicité nommée Big West les importantes rentrées d’argent nécessaires pour mener le projet à bien. Mais si Big West est intéressé pour financer la série, ils sont néanmoins assez peu convaincus du succès de cette dernière et vont forcer le studio Nue à couper le scénario de presque un tiers, passant de 36 à 26 épisodes.


La série en profite d’ailleurs pour trouver son nom final. Un cadre de Big West souhaitait nommer la série, et le vaisseau principal éponyme, MacBeth, mais le studio Nue ne se montra que guère enthousiasmé par l’idée. Au final, c’est de là que vient le nom Macross, qui sera le portemanteau, en quelque sorte, de MacBeth et de Megaload.


Lynn Minmay dans un poing de fer


À partir de là, tout pourrait aller dans le meilleur des mondes, sauf que non. Big West se rend compte que la série va tout de même lui coûter beaucoup plus cher que prévu et va donc essayer d’économiser de l’argent par divers moyens. Par exemple, en fondant un partenariat avec le studio Tatsunoko qui, à l’époque, possédait également une branche, pour pouvoir distribuer internationalement la série. Ceci va être très important pour la suite !


D’autant que pendant ce temps-là, la production de la série est chaotique, pour ne pas dire proche du ridicule. En effet, un coursier aurait perdu dans un train un épisode entier de Macross fraîchement réalisé. Tant et si bien que quand la série débute en octobre 1982, ce n’est que trois épisodes qui ont été alors produits, offrant au studio une avance réellement famélique sur leur planning.


Comme on l’a dit plus haut, dès le premier épisode, la série est un succès populaire indéniable, aux antipodes de ce qu’avait été la réception de Gundam lors de la première décision. Big West décide alors de revenir sur sa décision et exige du studio Nue la réalisation de 36 épisodes au lieu des 26 qu’ils avaient finalement souhaité. Si les écrivains du studio sont heureux de pouvoir réaliser l’histoire telle qu’ils l’avaient voulu initialement, cela force également le petit studio Nue à revoir tout son planning au dernier moment, ce qui continue de semer le chaos dans la production de la série.


C’est alors le branle-bas de combat, tout étant bon pour fournir un épisode à l’heure. Ainsi, de très nombreux studios ont été appelés pour prêter main forte : Tatsunoko, AIC, Artland, mais aussi une bonne partie des personnes qui, quelques années plus tard, vont fonder un certain studio Gainax. Sauf que parmi tous ces studios, il n’y a pas que des talents et cela crée une importante irrégularité technique au sein de la série. Les fans les plus assidus de Macross vont parleront ainsi en longueur des dessins foirés de jeunes studios inconnus comme AnimeFriend, qui dénotent sérieusement dans l’ensemble.


Un vil Zentradi, et quelques humains tristement capturés


Si on enlève cet aspect technique qui peut parfois partir en eau de boudin, difficile de ne pas nier les qualités d’écriture de Macross qui, elles, perdurent. Et la série continuera d’être un succès, malgré une production qui fut, il faut l’avouer, un joyeux bordel.


En parlant de joyeux bordel, vous vous souvenez quand Big West est entré en partenariat avec Tatsunoko ? Le studio japonais décide alors de vendre les droits de Macross à la société américaine Harmony Gold qui va décider de diffuser la série en Occident de manière assez osée : c’est-à-dire en fusionnant trois séries de SF qui n’ont rien à voir ensemble et en essayant d’en faire malgré tout une série cohérente. Le résultat final, qui fusionne Macross avec Southern Cross et Mospeada, est ainsi connu chez nous sous le nom de Robotech qui fut diffusé sur la Cinq du début des années 90. Robotech qui deviendra plus tard sa propre franchise, finissant d’empoisonner les négociations et les acquisitions de licences en Occident.


Vers les étoiles


L’avenir de la saga Macross, suite à cette série, vous la connaissez peut-être. En 1984, la série est réécrite et adaptée dans un somptueux film nommé Macross Do You Remember Love. Un film assez particulier puisqu’il modifie d’importants points de scénario tout en restant “canon” dans la franchise. En effet, dans Macross 7, nous apprenons que le film Do You Remember Love que nous avions vu est un “vrai film” dans l’univers Macross, qui raconte de manière biaisée et un peu propagandiste les événements de 2009 à 2012… Compliqué ? Oui. Amusant et intelligent ? Également !


Des autres œuvres Macross, il y’en aura aussi beaucoup, même si la franchise sera bien moins productive que sa rivale Gundam. On pense ainsi à Macross 7, ou les idols sont remplacées par un groupe de rock, à Macross Zéro, Macross Plus ou bien encore la série réalisée en 2007/2008 pour les 25 ans de la série originale, la plutôt populaire Macross Frontier. Même si les avis divergent d’épisode en épisode (sauf sur le très bizarre Macross II, dont tous les avis semblent unanimes sur sa médiocrité), reste que ce sont des séries à chaque fois plutôt uniques et jamais dénuées d’intérêt. Et sur ce point, l’héritage de Macross semble réussi. Mais nous reparlerons sans doute plus en détail de certaines de ces séries dans des chroniques du jeudi à venir...



En somme, nous attendons donc maintenant fébrilement le prochain épisode de la saga nommé Macross Delta, qui a été annoncé l’année dernière. En attendant plus de nouvelles de cet épisode, n’hésitez pas à découvrir ou redécouvrir la série originale de 1982 ou, si vous ne pensez pas avoir le temps pour ça, l’extraordinaire Macross Do You Remember Love de 1986, un film fantastique qui se conclut sur une bataille spatiale illustrée par une des plus belles chansons de l’industrie, l’extraordinaire Ai Oboete Imasuka



Jeune adulte responsable qui a hâte de parler de Macross Frontier pour dire beaucoup de bien de Ranka, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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