CHRONIQUE DU JEUDI : Excel Saga

La chronique du jeudi #128 – Excel Saga

Les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Les comédies japonaises n’ont pas toujours un succès équivalent au Japon et en France, le choc des cultures aidant. Ce décalage on l’a déjà évoqué en discutant, dans le cadre de cette chronique, de séries comme Seto no Hanayome, Tekkyû ou, plus récemment, Kochikame. Mais une série comique japonaise a su séduire autant, voire plus, les Occidentaux que les Japonais et la source de ce petit miracle, il a un nom de logiciel de bureautique. Vous l’avez peut-être compris via cet habile jeu de mots : aujourd’hui, on évoque Excel Saga !

 

Hyatt et Excel, vaillantes héroïnes

 

Cet animé prend donc place à la fin des années 90, dans une cité japonaise - la cité F, très inspirée de la cité de Fukuoka - tout à fait normale. Mais au nez et à la barbe de ses habitants, dans les souterrains de la ville, se trame une immense conspiration nommée ACROSS. Elle est dirigée par Il Palazzo, un vil individu bourré d’ambitions et de plans néfastes. À son service, ce n’est ni plus ni moins que deux soldates volontaires, nommées Excel et Hyatt, qui vont tâcher de faire chuter de l’intérieur cette cité pour l’offrir aux mains de leur grand maître. Problème : les plans de Il Palazzo ne tiennent pas tant que ça la route, Excel est incompétente et Hyatt meurt toutes les trois secondes. C’est pour cela que malgré les meilleures volontés du monde pour essayer de faire le mal, les plans d’ACROSS et leurs ambitions de domination mondiale n’avancent jamais. Pire : ça ne paie pas très bien pour nos deux héroïnes, qui passent leur temps affamées dans leur petit appartement bon marché.

 

D’autant que rapidement, d’autres ennuis vont vite faire leur apparition : Excel va rapidement mourir, avant d’être sauvée par la Volonté Suprême de l’Univers. Celle-là même la conduira rapidement à exécuter une mission d’assassinat qu’elle mènera à bon terme… sauf que la victime sera Rikudo Koshi, l’auteur du manga qui sert de base à cet animé ! Ce qui créera un énième paradoxe, vous vous en douterez.

 

 

À partir de là, chaque épisode de Excel Saga va se retrouver dans un genre différent du précédent : la science-fiction, les jeux de drague, les animés sportifs ou même encore Walt Disney vont ainsi, sans la moindre concession, se retrouver sous la loupe de cette série qui se fera dès lors un malin plaisir à les… parodier. Purement et simplement.

 

Car comme son sous-titre l’indique, Excel Saga se veut être de “l’animation expérimentale” et, à partir de là, ne va se donner aucune limite. La série dispose ainsi d’un humour extrêmement absurde et très varié, qui est servi telle la vitesse d’une mitrailleuse. On notera d’ailleurs le personnage d’Excel dont la caractéristique la plus remarquable est sans doute son débit de parole, ahurissant. En effet, elle se lancera dans des tirades qui, parfois, se perdent largement en route, pour des résultats hilarants.

 

Il Palazzo vous suggère fortement l'achat du manga, entre deux blagues

 

Mais en dehors de l’histoire d’ACROSS, quelques histoires parallèles vont venir pimenter la série : on suit ainsi parfois les tentatives d’évasion d’une chienne nommée Menchi, qui a été adoptée par Excel et Hyatt dans le seul but… de servir de nourriture de secours ! À de nombreuses reprises, elle aura donc la possibilité de s’évader, mais très souvent, va se retrouver d’une manière ou d’une autre à son point de départ. Autre grande histoire parallèle, celle de Pedro, un immigré latino-américain qui meurt tragiquement dans l’épisode 1. Ce dernier se retrouve l’amant de la Volonté Suprême de l’Univers. Il se retrouvera en conséquence dans des situations toujours plus tragiques pour lui. Les épisodes où il apparaît se termineront d’ailleurs souvent sur lui clamant un gigantesque “NON”, en pleurant des larmes en cascade. On suit également souvent la police de la ville dont une section, qui pour faire face contre ACROSS, s’équipera sous la forme évidente d’un groupe de sentai en cinq couleurs. Évidemment, les membres de cette section particulière passeront leur temps à se demander ce qu’ils font là, tandis que leur leader, un personnage moustachu et paranoïaque, semblera voir le danger sous chaque pierre.

 

Bref, chaque épisode est clairement une expérience. Et comme les boîtes de chocolats, on ne sait jamais vraiment sur quoi on va tomber.

 

 

Derrière la série, on retrouve certes le studio JC Staff, mais surtout un réalisateur très particulier nommé Shinichi Watanabe. S’il est important de ne pas le confondre avec Shinichiro Watanabe, le réalisateur de Cowboy Bebop ou Space Dandy, c’est surtout parce qu’en plus d’être des quasi homonymes, les deux hommes n’ont pas vraiment le même style ! Physiquement, Shinichi Watanabe est assez remarquable. Quand celui-ci apparaît dans des événements publics, c’est toujours avec une très belle coupe afro naturelle. Et surtout, un costume quasi copié/collé de celui du personnage de Lupin dans la franchise Lupin III. Un look qui n’est pas exclusif à ses apparitions, c’est aussi un réalisateur qui aime beaucoup se mettre en scène dans ses séries et cela est très visible dans Excel Saga où “Nabeshin” - comme il aime se faire appeler - est un personnage à part entière du show. Il va même passer de longs épisodes à s’engueuler avec… l’auteur du manga ! Cela est beaucoup plus prononcé que dans d’autres séries où Nabeshin apparaît avec plus de discrétion et moins d’importance - ces séries allant de Tenchi Mûyo à EyeShield 21, en passant par Hayate no Gotoku et Sket Dance.


"Nabeshin" en haut, Watanabe en bas. Si vous pensiez être cool, voici votre nouveau standard

 

La décision est prise très tôt dans la production de faire d’Excel Saga une adaptation très libre du matériau d’origine, avec l’accord total de l’auteur. Shinichi Watanabe va très vite s’amuser à développer le personnage de Pedro et de la Volonté Suprême de l’Univers qui, dans le manga original, n’occupent qu’une seule case. En outre, au moment de l’enregistrement des dialogues, la doubleuse d’Excel, Kotono Mitsuishi, jusque-là connue pour des rôles comme Misato dans Evangelion ou Usagi dans Sailor Moon, surprend de par son débit et sa facilité à se mettre dans la peau du rôle. Cela va créer un enregistrement qui va pas mal favoriser les improvisations ! Ainsi, une bonne partie des tirades et digressions d’Excel dans la série n’ont été que peu scriptées, le talent de la doubleuse jouant pour beaucoup.

 

Enfin, la production de l’animé s’achève sur un très controversé 26e épisode, qui se nomme tout simplement “Aller Trop Loin” et qui, comme son nom l’indique, va tâcher… d’aller trop loin. Pour être plus précis, il s’agit même pour les membres de JC Staff de réussir la simple tâche de produire un épisode… qui ne peut pas être diffusé à la télévision japonaise. L’humour gras et vulgaire va alors être de sortie, et cet épisode sera interdit de diffusion, n’étant limité qu’aux éditions DVD de l’animé. Objectif réussi, donc, mais avec du recul, autant l’épisode est vraiment drôle, autant beaucoup de séries comiques japonaises actuelles comme Seitokai Yakuindomo, No-Rin ou Panty & Stocking possèdent finalement un humour et des éléments visuels qui vont parfois aussi loin voire plus. Cela en dit beaucoup sur l’évolution de la censure japonaise au cours des quinze dernières années !

 

 

En France, Excel Saga a eu la chance d’avoir été diffusé en clair sur Canal+ au cours de la saison 2004-2005 de la chaîne, dans le cadre de l’émission La Kaz. Il faut noter principalement une excellente version française, qui fait énormément d’efforts pour suivre le débit de la série tout en traduisant et adaptant avec merveille la quasi-totalité des blagues. La série étant disponible très facilement en coffret DVD, n’ayez pas honte de donner votre chance à cette version, qui est toute aussi drôle que la version originale. Car si au Japon, Excel Saga n’a peut-être pas eu un héritage énorme, il est important de signaler qu’il s’agit d’une série qui a su se faire énormément remarquer aux États-Unis et en France, se révélant très populaire auprès des publics de ces pays. L’humour japonais, qu’on croit par définition inexportable, connaissait ainsi ses premières rencontres positives avec un public international. Voilà un miracle qui n’arrive pas si souvent.

 

Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

Other Top News

0 Comments
Be the first to comment!
Sort by: