LE FILM DU DIMANCHE : Hotarubi no Mori e

Hotarubi no Mori e : le film du dimanche, S01E06

Parce qu'il n'y a pas que les longs-métrages dans la vie, retour sur un petit film qui devrait illuminer votre week-end le temps d'une quarantaine de minutes. C'est toujours ça de gagné.

 

Comme souvent, tout part d'un manga. D'un one-shot dans le cas présent, un recueil de quatre histoires imaginées par Yuki Midorikawa. Celle des quatre qui nous intéresse ici concerne Hotaru, une fillette qui va faire la rencontre d'un esprit nommé Gin au beau milieu d'une forêt dans laquelle elle s'est égarée. Au fil des étés passés ensemble, une intime complicité va alors se créer entre eux alors même qu'une malédiction repose sur Gin : si un humain le touche, il disparaîtra à jamais.

Adapté au sein du studio Brain's Base par Takahiro Ômori, animateur-clé sur Nadia, le secret de l'eau bleue également connu pour sa série Natsume's Book of Friends (Natsume Yûjinchô), Hotarubi no Mori e a avant tout le mérite de n'exister que pour ce qu'il entend raconter. En cela, si son manque d'ambition ou d'originalité tend à le desservir à court terme, sa sincérité et sa simplicité parviennent à toucher en plein cœur. Il est avant tout une friandise à considérer comme telle, une petite parenthèse qui ne suscite l'envoûtement que le temps de sa dégustation. Tout l'inverse, hélas, d'un récit dont l'intérêt réside précisément dans son aisance à traduire la persistance et le poids d'un souvenir à travers le temps. 

 

La forêt de Miyori, Nijiiro Hotaru: Eien no Natsuyasumi, Un été avec Coo, Mai Mai Miracle : j'en passe et des meilleurs... Hotarubi no Mori e fait partie de cette liste, longue comme le bras, d'animés récents portant leur mélancolie en étendard et confrontant un enfant ou un adolescent à une manifestation à caractère fantastique, de préférence l'été – parce que c'est cool l'été –, et accompagnés d'éternels constats ou réflexions quant aux rapports conflictuels entre tradition et modernité.

 

L’exposition contemplative et l’usage d'une voix off ne laissent ainsi aucun doute sur l'orientation ouvertement nostalgique du film de Takahiro Ômori. Parce qu'il va s'intéresser aux souvenirs de Hotaru, le réalisateur opte pour une narration fondée sur les flash-back, consacrant le récit-cadre à la jeune adulte qu'elle est devenue. Un parti-pris certes convenu, mais cohérent eu égard à la durée du film n'excédant pas les 45 minutes, générique compris. Une manière, également, de renforcer la symbolique des souvenirs dépeints, donc leur importance pour Hotaru. En revanche, le choix est à double tranchant dans la mesure où le potentiel émotionnel du film va dépendre entièrement de cette symbolique, donc de la faculté d'Ômori à appuyer le sens profond qu'elle revêt pour son héroïne.

 

 

Gin est un être fragile, dont l'existence serait remise en question par un simple toucher. Le premier plan dans lequel il apparaît – on aperçoit son reflet dans l'eau – caractérise le personnage à la perfection : il est une image, une illusion condamnée à être simplement vue ou imaginée. Un esprit, un mythe, bref, une manifestation surnaturelle qui mourrait nécessairement s'il venait à transgresser sa nature : le toucher le rendrait naturel, donc le tuerait.

 

 

À ce constat, Ômori répond par une atmosphère incertaine, presque évanescente, dans chacune des séquences qui mettent l'esprit en scène. En raison de la structure de son histoire, étalée sur plusieurs années, le récit peut se permettre toutes les ellipses possibles, et ce à n'importe quel moment. Chaque moment que passent les deux amis ensemble peut s'arrêter brutalement, rappelant alors visuellement l'inexorable écoulement du temps autant que l'issue potentiellement tragique de cette relation. De même, les deux personnages sont peu écrits, à peine approfondis. De ce fait loin d'être rédhibitoire, il n'y aura pas d'évolution marquée, si ce n'est physique et sentimentale. En résulte un puissant sentiment de continuité qui élève cette relation principalement spirituelle – ce qui dans le cas présent est d'une logique assez imparable – au-delà de l'espace et du temps. Les moments les plus sublimes du film (la première fois où Hotaru enlève le masque de Gin, le baiser) doivent tout à ces pertinents choix d'écriture.

 

A contrario, il manque au film une vraie démarche cinématographique qui nous aurait permis de nous le remémorer sur la durée. Loin d'être laid, le travail sur le flou et la lumière conférant à certains plans une beauté immédiate, Hotarubi no Mori e est surtout impersonnel. C'est bien simple, rien n'étonne ou ne détonne dans cette direction artistique monocorde, sans saveur et purement fonctionnelle, que masque mal une mise en scène sans inspiration. Il manque au moyen-métrage cette magie, ici « simple » poésie, qui permettrait de transcender l'atmosphère dont nous parlions plus haut. Typiquement ce que réussissait à faire Makoto Shinkai dans The Garden of Words, lorsqu'un simple mouvement de caméra établissait l'univers des deux personnages, quand une ellipse signifiait leur isolement ou quand une mise au point exaltait la valeur d'un instant intime. Il n'y a rien de cela chez Ômori, qui limite le spectateur à une simple compréhension émotionnelle, quand elle atteint le ressenti chez Shinkai. Sans même évoquer le fait que, chez le réalisateur de 5 cm par seconde, les personnages ne passent pas leur temps à marcher dans une forêt...

 

 

On ne le répétera jamais assez : si le scénariste écrit une histoire, c'est bien le réalisateur qui la raconte. Qu'importent alors les quelques qualités d'écriture du film à l'aune de l'absence d'émotion qu'il provoque : Hotarubi no Mori e ne dépassera malheureusement jamais le stade de l'anecdote. Aussi jolie soit-elle.

 

Jehros est passé par ici, il repassera par là. Et peut-être ici aussi. À dans quinze jours, si vous le voulez bien.

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