Animet'Eck #03 : Yamishibai & Kagewani

Préparez-vous à trembler, car les pires horreurs du folklore japonais sont prêtes à être lâchées dans la nature !

Retrouvez Eck chaque quinzaine pour la présentation d'une série du catalogue Crunchyroll. Spoiler : elle lui a plu, et il vous explique pourquoi. Un topic regroupant les chroniques est disponible sur le forum.


À l’heure où la saison 3 de Yamishibai se clôture et où la suite de Kagewani démarre, il serait diligent de se pencher avec soin sur ces deux séries et tout particulièrement ce qui les caractérise : l’horreur sous son visage le plus cinématographique.

 

Yami Shibai poster


Yamishibai (sous-titré Japanese Ghost Stories, soit « histoires de fantômes japonaises ») a ouvert les hostilités en 2013, et rien de tel que des sueurs froides pour survivre à un été bien chaud. Ce nom est directement inspiré du théâtre de papier, alias kamishibai. Cette pratique de rue fait recours à des personnages en papier utilisés comme des marionnettes et ils évoluent sur des décors dessinés, à la manière d’un court-métrage d’animation en direct. Le conteur narre alors l’histoire pour poser l’ambiance et insuffler la vie à ses personnages. Le principe est le même dans Yamishibai : un narrateur vient installer son petit théâtre ambulant et nous conte une histoire, courte, à chaque épisode de la série. Le concept est simple, concis, et rudement efficace. Sauf qu’il ne s’agit pas du tout d’un conte pour enfants mais d’une histoire de fantômes, à mi-chemin entre le folklore japonais et les légendes urbaines. La recette est terriblement bien ficelée et deux autres saisons lui feront suite.



Kagewani poster


Kagewani a commencé en 2015 et reprend certains codes du précédent : une animation basique, à la limite de l’inertie, avec le focus mis sur l’expression faciale, le ressenti des personnages… et de l’horreur, toujours. Ici nulle question de fantôme ou de terreur nocturne liée à des phobies, les personnages qui se succèdent sont des malheureuses victimes de créatures paranormales et autres légendes bien connues des amateurs de cryptozoologie comme le yeti ou le monstre du Loch Ness. C’est davantage la relation de proie et de chasseur qui est mise en avant et l’aspect de survie prend le dessus sur la peur, bien que ce soit difficile d’échapper à ces tueurs-nés sans pitié. Ici, contrairement à Yamishibai, un fil rouge suit les enquêtes de Sousuke Banba sur les traces d’une créature particulière : le Kagewani.


Au carrefour de l’horreur


Le sujet de l’horreur subit un réel traitement cinématographique : moins l’on en voit, mieux c’est. Jusqu’au moment fatal où on ne voit plus rien car le protagoniste n’est plus en moyen de témoigner et subit son triste destin. La caméra est souvent très voyeuse dans ses positions, on va suivre les vies de personnes sans histoires qui vont du jour au lendemain se trouver nez à nez avec l’inconnu et le danger qui y est lié. C’est à travers leurs réactions très basiques, animales même, que la réalisation traduit leur envie de vivre, ou parfois leur désespoir le plus total. Un gros plan sur une main tentant de se libérer d’une étreinte d’outre-tombe, des jambes luttant contre l’invincible, un regard apeuré mais cherchant néanmoins une solution, une inespérée lueur d’espoir… et la fin. Le rideau se ferme littéralement lors des chutes de chaque épisode. C’est-à-dire un poil après que l’on découvre que le mal a vaincu, car dans ces contes macabres, il n’y a pas de bonne fin.


Monstres contre fantômes


Il y a donc une principale différence de bestiaire entre les deux séries. Empruntant son bestiaire au folklore japonais, riche en esprits frappeurs et autres fantômes hantant des lieux ou objets, Yamishibai sait jouer sur nos peurs les plus profondes en titillant l’inconnu qui sommeille dans nos inconscients : et si les morts revenaient pour se venger ? et s’ils n’étaient pas vraiment partis pour mieux nous voir souffrir à notre tour ? et si, et si… Beaucoup de questions et quelques réponses, mais de mauvais augures. Chaque protagoniste se voit malmené par des apparitions, des sensations étranges qui caressent la nuque avant de disparaître, des mouvements flous au loin, ou des cauchemars devenus réalité. La suggestion est le pire ennemi, et lorsque les doutes se concrétisent en spectres ou autres créatures, le choc est tel qu’il n’y a plus de place pour penser. De la même manière, Kagewani fait apparaître des monstres liés aux légendes populaires et autres croyances locales, et transforme ce qui pourrait être un animal en sa version repoussante et généralement dangereuse. Le héros de la série va alors essayer de sauver les victimes, arrivant parfois à temps, parfois pas. Mais quoi qu’il en soit, le procédé d’effroi des malheureux sera souvent le même : sueurs le long de l’échine, cache-cache, dénouement tragique. Yamishibai, le théâtre de la fatalité, Kagewani, l’espoir au bout du tunnel enseveli ?


Visuel en carton et réalisation en or


C’est inspiré du théâtre de papier jusqu’à la réalisation. À savoir donc que c’est, en matière d’animation pure, un peu terne, mais pour l’exercice de style cinématographique, c’est plus que crédible ! Les personnages glissent souvent sur les décors, peu animés et assez figés dans leurs expressions. Mais celles-ci sont travaillées et le jeu d’acteur est très précis. Bien que les personnages ne bougent pas vraiment, l’interprétation est souvent supérieure à ce qu’il se fait, avec beaucoup d’emphase sur les respirations, les émotions véhiculées (la peur, les fausses joies, la stupéfaction) et le ressenti viscéral de toutes ces bonnes choses qui ne font que leur arriver. Dans Kagewani c’est la même chose : peu d’animation, beaucoup de décors de type réaliste et surtout une crédibilité permanente. On cherche à coller au mieux à la réalité et à y incruster les éléments fantastiques, ce qui permettra de créer une rupture suffisamment puissante entre les deux concepts pour choquer avec assez de force les personnages… comme les spectateurs. C’est l’essence même de ce fantastique surréaliste, créer un clivage total entre l’avant et l’après en nous laissant dans le doute jusqu’au dénouement.

 

Yami Shibai posterKagewani posterYami Shibai poster

 

Que doit-on retenir de ces deux séries ? Chacune possède son lot de caractéristiques propres, bien que le visuel navigue globalement sur les mêmes longueurs d’onde, et offre un spectacle de terreur et de suspense qui saura tenir en haleine les amateurs du genre. Retrouvez les trois saisons de Yamishibai et la première saison de Kagewani ainsi que le simulcast de sa seconde saison inédite dans le catalogue Crunchyroll.



Retrouvez Eck sur Crunchyroll toutes les deux semaines pour une chronique sur l’animation japonaise, ou chez votre marchand de journaux dans les pages d’AnimeLand, sur le web chez Nostroblog (où il fait en gros la même chose, mais en râlant) et pour les plus valeureux : suivez-le sur Twitter pour tout savoir sur lui… ou presque.

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