Interview : à la rencontre des auteurs de Dr. STONE

Une interview exclusive de BOICHI & Inagaki à Anime NYC

 

 

CR : Pour Inagaki, qu'est-ce que cela fait de voir des fans du monde entier tomber sous le charme de Dr. STONE ?


Inagaki : Je pense qu'il y a parfois des différences culturelles sur ce que les gens trouvent intéressant, mais si vous avez des thèmes simples, ils sont assez universels. Par exemple, les gentils contre les méchants. Je pense que les gens du monde entier trouvent cela intéressant, mais plus les thèmes sont spécialisés, plus il y a de différences culturelles en ce qui concerne ce que les gens trouvent intéressant. Pour moi, Dr. STONE est divertissant, mais je pense que le thème est niche. Si vous m'aviez demandé il y a quelques années ce que je penserais si je savais que les gens partout dans le monde aimeraient Dr. STONE, je n’aurais pas pu répondre. Mais regardez où nous en sommes maintenant. Je suis reconnaissant envers tous les fans du monde entier.

 

CR : Pour Boichi, vous avez l'air d'avoir une forte passion pour les décors ! Avez-vous déjà rêvé des lieux que vous avez créés dans Dr. STONE ?

 

Boichi : Quand j'ai commencé à travailler sur Dr. STONE, j'ai pensé aux différents décors que je pouvais créer et à ce qui aurait pu arriver à la nature du Japon après 3700 ans qui se sont écoulés sans les humains. Je voulais rendre justice à la nature du Japon après toutes ces années sans activité humaine. J'imaginais que si je pouvais créer des décors comme Princesse Mononoké, ce serait merveilleux. Mon préféré est le château de Tsukasa et il y a un secret. Dans mon studio, on l'appelle « Roppongi Hills ».

 

CR : Pensez-vous que la nature du Japon est plus belle dans Dr. STONE ou aujourd'hui ?


Boichi : Je pense que plus la nature est intacte, plus elle est belle. Moins l'être humain y touche, plus la nature est belle. Cependant, dans la société moderne, si nous ne gérons pas ou ne contrôlons pas la nature, cela peut être vraiment dangereux. Je pense que si nous pouvions gérer la nature de la bonne façon, ce serait mieux. Dans Dr. STONE, les arbres que je dessine sont énormes. Bien sûr, il n'y a aucune garantie que les arbres grandiront, mais sans l'influence des humains, je pense que la nature deviendrait magnifique et belle. C'est ce que je voulais montrer. C'est pour ça que j'ai dessiné les arbres si grands.

 

 

CR : Pour tous les deux, quelle est l'expérience la plus mémorable que vous avez vécue en travaillant sur ce manga ?


Inagaki : Bien sûr, je suis tenté de dire : avoir un anime sur Crunchyroll [rires] ! Je suis sûr que vous écrirez de bonnes choses sur moi [rires]. Je crois que lorsque vous écrirez ceci, vous direz que je ressemble beaucoup à Johnny Depp [rires].

 

Boichi : J'ai tellement de souvenirs, mais je pense à Blade Runner. La dernière phrase que Roy dit, c'est : « J'ai vu des choses que vous ne croiriez pas ». J'en ai déjà fait l'expérience. Par exemple, j'ai vu de grands mangaka disparaître instantanément. J'ai aussi fait l'expérience de rencontrer des artistes du manga extrêmement talentueux qui adorent mon travail. Bien sûr, le moment le plus mémorable est celui où le Shônen Jump m’a dit que je pouvais travailler avec M. Inagaki.

 

CR : Dans Dr. STONE, à votre avis, qu’est-ce qui a le plus surpris les fans ?


Inagaki : Cela remonte au moment de la planification de l’anime, mais je ne pense pas que les fans aient été surpris par la grande pétrification. Je pense que la plupart des fans s'attendaient à ce que cette pétrification se produise et qu'il y ait un héros ou quelqu'un venant de l'espace qui sauve tout le monde quelques instants ou semaines plus tard. Mais vous continuez à lire et il n'y a pas eu de sauveur, tandis que des milliers d'années passent ! Je pense que c'était quelque chose de surprenant pour les fans.

 

Boichi : Ainsi, dans le livre de Stephen Hawking « Une brève histoire du temps », il raconte que « s'il y a des chiffres qui apparaissent, les ventes diminuent de moitié ». Donc, si vous notre histoire s’appuie sur des chiffres, elle ne se vend pas. Mais le scénario de M.Inagaki est rempli de données chiffrées et les fans adorent ! Il écrit une si belle histoire et continue pourtant à vendre malgré tous ces chiffres !

 

Inagaki : Tu me flattes [rires] !

 

 

 

CR : Nous savons que l'équipe de production de l'anime a fabriqué de la verrerie et a testé une partie de la science évoquée dans votre histoire pour la retranscrire avec précision. Avez-vous fait quelque chose de similaire pour trouver l'inspiration ?


Inagaki : Nous avons fait beaucoup de recherches, comme aller dans une usine de soufflage de verre. Quand il s'agit de science pointue, un consultant scientifique nous aide. Mais la recherche est importante parce que l'expérience ne peut être enseignée. Donc, en obtenant nous-même cette expérience de première main, nous pouvons la transmettre aux personnages.

 

CR : Qui est meilleur pour écraser les raisins avec les pieds, alors ?


[Tous deux rient]

 

Inagaki : Je l'ai déjà fait avant. C'était une expérience dans un vignoble. J'ai piétiné et piétiné, mais je n'ai fait qu'un tout petit peu de jus de raisin. Ensuite, quelqu'un m'a donné une bouteille de vin, disant que c'était grâce aux raisins que j'avais écrasés. Mais c'était évidemment un mensonge [rires]...

 

Boichi : Je pense souvent que Dr. STONE est une récompense que la vie m'a donnée. J'ai beaucoup travaillé et vraiment beaucoup étudié en tant que mangaka, mais quand j'ai commencé Dr. STONE je travaillais aussi sur Origin, donc je réalisais deux manga hebdomadaires en même temps. Impossible de faire autre chose que de dessiner des mangas, donc je n'ai pas eu le temps de faire des recherches spécifiques. Mais quand j'ai réalisé qu'il allait y avoir une arme à feu dans Dr. STONE, j'ai lu beaucoup de livres à ce sujet [les armes]. Quand j'ai dû dessiner un peu de cuisine, j'avais déjà lu des livres sur la cuisine. Et quand j'ai dû dessiner Kamakura et Hakone, j'y étais déjà allé et j'avais pris beaucoup de photos. J'avais une base de données de 900 000 photos ! J'ai fini par utiliser tout ça. De là, j'ai appris que la recherche était importante pour des sujets que je ne connaissais pas. J'ai donc dû faire des recherches sur Soyouz. J'ai beaucoup lu sur le développement de l'espace américain, mais je ne savais pas grand-chose sur les Russes. Je suis allé en Russie et j'ai fini par rencontrer le seul astronaute coréen qui est allé dans l'espace. Elle est devenue ma consultante sur Byakuya dans Dr. STONE.

 

CR : Ouah ! Est-ce que d'autres personnes le savent ?


Boichi : Oui, ce n’est plus un secret.

 

 

 

CR : Vous avez l'air d'avoir une relation merveilleuse. Comment travaillez-vous ensemble ?


Inagaki : D'abord et avant tout, j'ai des thèmes que je veux montrer dans Dr. STONE. Dans les mangas, il est facile de montrer des super-héros, mais on ne voit pas les gens ordinaires faire les choses de façon persistante. Dans la vraie vie, c'est ce que les humains font et c'est une vertu. C'est ce que je voulais écrire. C'est un bon point de départ pour ma réponse à votre questionn non ?

 

Mon interrogation quand nous allions faire équipe était « Comment Boichi va-t-il exprimer mes storyboards à travers ses dessins ? ». Je connaissais déjà son travail et j'en étais fan. Je lui ai donc donné les story-boards, il commençait à travailler, puis nous allions et venions. Plus on fait des allers-retours, plus je le comprends en tant qu'artiste et plus je comprends son point de vue et ce qu'il est capable de faire. Donc, pour en revenir à ce que j'ai dit précédemment : comment faire en sorte que les gens qui travaillent avec persévérance aient l'air cool ? D'autres mangas ont des batailles qui durent des pages et des pages, beaucoup d'action, mais pour le thème que je voulais illustrer, je pense qu'il est important de le montrer dans une illustration complète en un seul cadre, ce qui est une chose difficile à faire. Même lorsque nous avons commencé à travailler, j'étais un peu hésitant et conservateur avec mes storyboards.

 

Plus précisément, avec l’histoire de la roue à aubes, vous ne faites que couper du bois et le remettre en place. Mais comment faire pour que ça ait l'air cool ? Je suis sûr qu'il y a plusieurs façons de l'exprimer, comme de faire couper le bois à grande vitesse, mais ce n'est pas vraiment ce que je cherchais. C'est pourquoi j'ai dit que je voulais l'exprimer avec Senku en disant « Acquisition d'une centrale hydroélectrique ! » avec une illustration d'une centrale hydroélectrique dans une pose froide comme une page complète de spread. C'est la partie importante.

 

Et Boichi a réalisé une illustration vraiment géniale. Une fois qu'elle a été publiée, les réactions des fans ont été très positives. Quand j'ai vu cela, j'ai décidé de laisser ce type de scène à Boichi et, à partir de là, nous avons commencé à utiliser plus d’illustrations de ce type, ce qui nous a aussi permis de former une équipe. Au fil des ans, nous avons tous les deux compris quelles étaient nos forces et nous les avons continuellement mises à profit.

 

Boichi : Travailler avec M. Inagaki est la meilleure chose au monde. Imaginez, si vous conduisez une voiture avec quelqu'un, c'est comme si vous aviez le meilleur pilote de Formule 1 du monde dans le siège du conducteur.

 

Inagaki : Il dit ne dit vraiment que ces choses cool !

 

Boichi : Quand je collabore avec M. Inagaki, la chose la plus importante est la façon dont je peux exprimer son monde et son histoire. Par exemple, quand je dessinais la roue à aubes, l'important était de savoir comment Senku et les personnages allaient la construire, ce qui se passait dans leur esprit et quelle direction la roue à aubes allait faire prendre à l'histoire. Je veux rendre justice à son histoire. Par exemple, il y a beaucoup de roches empilées de l'autre côté de la roue à aubes pour rendre le ruisseau plus rapide. Je pense aussi qu'au fur et à mesure que l'histoire se développe, je voulais rendre cette roue à eau plus puissante et plus fonctionnelle. C'est à ça que je pense quand je dessine.

 

 

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